Une enquête a été ouverte après qu'un golf de la Vienne a été dégradé dimanche.
La préfecture a mis en cause les participants au "Convoi de l'eau", un mouvement d'opposants aux "bassines" de rétention d'eau, et en particulier l'un de leurs organisateurs, le collectif des Soulèvements de la Terre.
Le cortège a été contrôlé par les gendarmes, qui l'ont ensuite laissé repartir.

Alors que le mercure grimpe vertigineusement sur une large partie du pays, les ressources en eau se retrouvent à nouveau au cœur des tensions. Une enquête a été ouverte dimanche après des dégradations commises dans un golf de la Vienne en marge du "Convoi de l'eau", a appris l'AFP de source proche des investigations. Ce cortège à vélo, parti vendredi des Deux-Sèvres pour rallier Orléans puis Paris, regroupe des opposants aux "bassines", ces réserves controversées d'irrigation agricole

À la mi-journée, une quinzaine d'individus, certains cagoulés, ont pénétré dans ce golf situé à Beaumont-Saint-Cyr, à 20 km au nord-est de Poitiers, et ont détérioré le green, selon des images de vidéosurveillance consultées par les enquêteurs. Après des contrôles, les gendarmes ont laissé repartir le convoi, qui devait bivouaquer dimanche soir à Coussay-Les-Bois, toujours dans la Vienne, à une trentaine de kilomètres du golf.

Sur X (ex-Twitter), la préfecture de la Vienne a mis en cause directement les participants au "Convoi de l'eau", en particulier le coorganisateur du cortège, le collectif des Soulèvements de la Terre, dont la dissolution prononcée par le gouvernement a été suspendue en justice. Le logo du groupe a été tracé sur le sol en arrachant de la pelouse, a-t-elle déploré, photos à l'appui. "Le préfet dénonce une dégradation intolérable", a-t-elle signalé.

Sur les clichés partagés, on aperçoit également une vanne d'eau ouverte et des mots tagués sur le gazon du green, notamment "#ConvoiDeL'Eau" et "100 jours pour vous sécher", du nom d'une campagne d'actions soutenue par le collectif. 

Bras de fer

Lancée au 13 juin et courant jusqu'au 21 septembre, celle-ci a pour objectif de "dénoncer toutes les institutions et entreprises ayant une politique ou des activités accaparatrices de l'eau" en réalisant des "actions de désobéissance civile", précise le site des Soulèvements de la Terre. Les militants sont entre autres appelés à "boucher les trous des 107 terrains de golfs du pays avec du ciment à prise rapide, arracher et abîmer les greens fluos et les systèmes d'arrosage des pelouses". Plusieurs golfs, sport décrié pour son impact environnemental, avaient déjà été dégradés en France lors de la sécheresse de l'été 2022.

Dans un message publié sur X, le ministre de l'Agriculture Marc Fesneau a fustigé dimanche ceux qui "dégradent, détruisent, saccagent". "Il n'y aura jamais de dialogue possible avec ceux qui entendent imposer leur loi par la violence", a-t-il écrit. "L'écologie politique doit se positionner clairement face à la radicalité et l'utilisation de la violence", a également réagi Arnaud Rousseau, président de la FNSEA. 

"Le mot 'dégradations' me paraît assez fort, c'étaient plutôt des gens entrés dans le golf qui ont pu utiliser l'eau pour se rafraîchir", sur fond de fortes chaleurs, a rétorqué auprès de l'AFP une porte-parole du collectif "Bassines Non Merci", qui coorganise le convoi. De son côté, le collectif des "Soulèvements de la Terre" n'a pas réagi aux détériorations, mais sur le réseau X, il a accusé dimanche le préfet de la Vienne, Jean-Marie Girier, d'avoir notamment "signé pour (la construction de) 30 bassines avant de se rendre compte qu'il n'y aurait pas assez d'eau pour les remplir" et d'avoir "torpillé" une étude réalisée sur les réserves en eau dans le cadre de ce projet de construction, "trop critique des mégabassines"

Le "Convoi de l'eau", doit mener plusieurs centaines de manifestants à vélo jusqu'à Orléans vendredi prochain, puis Paris le lendemain, pour réclamer un moratoire sur les projets de "bassines", cinq mois après les violents affrontements survenus entre manifestants et forces de l'ordre autour du chantier de Sainte-Soline. Cette réserve est la deuxième des seize en projet dans le Marais poitevin. Ses promoteurs, 450 agriculteurs soutenus par l'État, défendent une assurance-récolte indispensable à leur survie face aux sécheresses à répétition. Leurs opposants dénoncent eux une "fuite en avant" du modèle agricole "productiviste", à l'heure du changement climatique qui accroît la tension sur les ressources en eau.


M.L (avec AFP)

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