La Méditerranée à plus de 30 °C : quel impact sur la faune et la flore ?

Publié le 27 juillet 2022 à 10h22

Source : JT 20h Semaine

La mer Méditerranée enregistre cet été des pics de température, parfois au-dessus des 30 °C.
Une hausse initiée début juin, alimentée par les différentes vagues de chaleur.
Cette "canicule marine" risque d'avoir des conséquences sur la biodiversité.

Les vacanciers ont été surpris ces derniers jours en se baignant dans la mer Méditerranée. Des températures exceptionnellement hautes ont été enregistrées à certains endroits, accompagnant une augmentation généralisée de la chaleur de l'eau, enregistrée depuis juin. Si bien que les scientifiques parlent d'une nouvelle "canicule marine", potentiellement nocive pour la faune et la flore.

Des espèces disparaissent, d'autres migrent

La hausse des températures de la mer étant lente, augmentant progressivement sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois, les conséquences de cette vague de chaleur sur la biodiversité méditerranéenne ne sont pas visibles immédiatement. Ce n'est cependant pas un phénomène nouveau, si bien que des évolutions notables, héritées de précédentes canicules sous-marines, ont déjà été observées en mer Méditerranée, notamment par les professionnels de plongée.

Interrogée par TF1 dans le reportage ci-dessous, Claire Swoboda, directrice d'une école d'apnée dans le Var, partage son constat sur les plantes marines comme les posidonies, surnommées les poumons de la Méditerranée, qui risquent selon elle de dépérir. "La posidonie, aujourd'hui, elle est déjà comme si on était fin août début septembre. Il y a déjà énormément de micro-organismes qui se sont développés dessus, on a l'impression que la mer est en train d'étouffer", alerte-t-elle. De son côté, Clément Druilhe, gérant d'un autre centre du département, remarque que des espèces comme les barracudas sont présentes toute l'année au lieu de ne rester que l'été. Il note aussi que de nouvelles sortes de poissons font leur apparition.

Chaleur : la mer Méditerrannée à 28 degrésSource : JT 13h WE

Ces phénomènes de migrations d'espèces sont également constatés par les scientifiques. Chercheur du CNRS à l'Institut Méditerranée de biodiversité et d'écologie marine et continentale, Thierry Pérez remarque ainsi des "mouvements d'espèces méridionales, le plus souvent vers l'Ouest et le Nord", espèces qui se sont acclimatées aux nouvelles températures de la Méditerranée et qui sont désormais très présentes dans cet environnement. Si le chercheur note par ailleurs l'apparition d'espèces tropicales, provenant de la mer Rouge, leur présence est, selon lui, liée au canal de Suez et l'ouverture de l'accès entre les deux mers plus qu'au changement climatique. Leur progression pourrait cependant être favorisée par les évolutions thermiques en cours dans la grande bleue.

Depuis une vingtaine d'années, marquées par une récurrence de canicules sous-marines, le chercheur observe par ailleurs la disparition de certaines espèces, comme le sprat ou l'anchois, ou encore des modifications du cycle de vie d'autres, à l'instar du thon. "En Méditerranée, les vagues de chaleur provoquent le plus souvent des mortalités massives d'espèces coralliennes, de gorgones, d'éponges et de beaucoup d'autres animaux fixes. Ils vont subir directement les effets de ces vagues de chaleur", ajoute-t-il. 

Or la disparition de ces espèces peut contribuer à modifier le fonctionnement des écosystèmes, que seules des observations de long terme pourront prédire les effets sur les ressources marines. Déjà, l'actuelle vague de chaleur en cours promet d'avoir de forts effets pour le climatologue Fabio d'Andrea. "Ce qu'il se passe maintenant est comparable à ce qu'il s'est passé en 2003", nous explique-t-il. "Plus ça dure, plus la masse de chaleur plongera en profondeur et plus les conséquences seront catastrophiques", prédit de son côté Thierry Pérez.


Aurélie LOEK

Tout
TF1 Info