Le 20h

VIDÉO - Station de Villard-de-Lans : l'ambitieux projet de Tony Parker inquiète

Léa Tintillier | Reportage TF1 David de Araujo, Alexandra Poupon, Jean-Luc Perez
Publié le 8 novembre 2022 à 7h15, mis à jour le 8 novembre 2022 à 7h30
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Source : JT 20h Semaine

Dans la station de Villard-Corrençon, détenue par Tony Parker, des centaines de logements devraient sortir de terre dans trois ans.
Mais les locaux s’opposent au projet.

Une même région, le Vercors, mais deux visions diamétralement opposées de l’avenir. D’un côté, ceux qui veulent construire pour attirer les visiteurs. De l’autre, ceux qui s’opposent à ces grands complexes touristiques. 

Tout commence sur un parking de Villard-de-Lans. Face à une résidence des années 1970, un immense hôtel doit sortir de terre dans trois ans, 900 lits et un centre de loisirs couvert, pour accueillir une clientèle d’affaires. Coût de l’opération : 96 millions d’euros financés par le basketteur Tony Parker. "Je crois que la notoriété et les réseaux de monsieur Parker vont être de nature à porter un réel dynamisme, à renforcer l’attractivité du territoire. Ça, j’en suis convaincu", assure Arnaud Mathieu, maire de Villard-de-Lans. 

L’objectif est de multiplier les activités pour ne plus dépendre uniquement du ski et remplir l’hôtel dix mois sur douze. "C’est-à-dire sortir de cette spirale infernale des résidences secondaires qui viennent dix à douze semaines seulement fréquenter le territoire", explique l’édile. Doper le tourisme, y compris lorsqu’il ne neige pas, c’est le seul moyen, dit-il, de préserver la centaine d’emplois de la station. 

Mais tout le monde n’est pas de cet avis. À peine dix minutes d’interview suffisent pour avoir la preuve qu’ici le débat ne s’arrête jamais. "Le projet de Tony Parker, c’est hors du temps. Vous ne risquez pas de casser le côté familial ? Pour moi, vous n’êtes pas du tout le maire de l’avenir", interpelle un riverain. "Je dis simplement que ce projet-là, c’est aussi une façon de diversifier l’offre touristique du territoire. Est-ce qu’on a le choix ? Pour ma part, je considère que non. Très clairement, pour moi, on peut perdre notre investisseur et on peut accélérer la fermeture de la station. C’est ça le choix que nous avons", répond le maire. 

"Un projet, oui. Mais intelligemment"

L’appétit de Tony Parker aurait pu s’arrêter là. Mais non. À moins de cinq minutes de route, à Corrençon-en-Vercors, le sportif a de nouveau mis la main au portefeuille. Dans ce hameau réputé pour son cadre familial, les promoteurs imaginent un hôtel de 380 lits, un spa ouvert au public, des massages, une piscine chauffée, des commerces… De quoi faire vivre la station même si la neige manque ou que l’économie du ski vient à s’effondrer. "C’est une résidence qui peut vivre quatre saisons parce que c’est bien l’objet de cette résidence. Ce n’est pas une résidence pour vivre uniquement l’hiver. Ici, on est en moyenne altitude, on est encore plus dépendants de la météo que les autres stations, donc on a bien compris que notre avenir, c’est le quatre saisons et pas que l’hiver", affirme Ruben Jolly, président de Federaly, porteur du projet Le hameau des Arolles. 

Mais qu’en pense-t-on à Corrençon, hameau composé à 85% de résidences secondaires aux volets continuellement clos ? Seulement 350 habitants y vivent à l’année. Tous admettent qu’il faut se développer, mais ce qui agace, dans cet écrin naturel, c’est le gigantisme du projet. "Un projet, oui, mais intelligemment. Et humain. Il faut obligatoirement que ça se construise un peu sur Corrençon parce qu’il y a des commerces quand même", affirme un habitant. 

Partout les mêmes questions. Quel impact sur le paysage, sur l’environnement et plus généralement sur l’ambiance du village ? "Ça risque d’attirer beaucoup de monde. Ça va encombrer les pistes", craint un riverain. "Les gens n’ont pas forcément envie que dans ce village qui est un peu au bout du monde, il y ait des flots de voitures et qu’on construise toujours plus pour l’argent", ajoute un autre. 

Des inquiétudes pour se fournir en eau

Claude Gaillard tient l’une des trois fermes de Corrençon. Lui, redoute que les touristes arrivent par centaines pour piétiner les parcelles où viennent brouter ses vaches. Mais sa plus grande inquiétude, c’est le partage de l’eau. "Si on rajoute des lits, le golf à arroser, ça fait peut-être beaucoup. Si on continue à avoir moins de précipitations et des étés aussi secs, est-ce que nos réserves d’eau sous nos pieds pourront fournir le village ?", s'inquiète-t-il.

L’agriculteur a donc rejoint le collectif Pour un autre projet. On y trouve des juristes, des athlètes, des entrepreneurs… Ce soir-là, une partie du groupe est réunie pour élaborer des propositions et trouver une alternative. "Il faut rester authentique en faisant attention pour ce qu’on va laisser plus tard", affirme un membre. "C’est ce que les gens viennent chercher ici, un petit village et une station familiale", poursuit un autre. "C’est possible avec des choses à taille humaine. C’est-à-dire que tu es accueilli par une famille qui habite juste en dessous, qui gère son gîte, tu es accueilli dans un restaurant autonome qui recycle ses eaux, qui fabrique son électricité et tu vas vivre une expérience pour aller regarder un ciel étoilé", explique Tom Wallis, gérant du refuge Le Clariant. À ce jour, le chantier n’a pas démarré. Il est suspendu jusqu’au résultat d’une étude environnementale. Mais "l’effet Parker" se fait déjà sentir sur l’immobilier. Les prix ont bondi de 20% depuis l’annonce du projet. 


Léa Tintillier | Reportage TF1 David de Araujo, Alexandra Poupon, Jean-Luc Perez

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