Les passagers d'un vol Londres-Singapour ont connu de violentes turbulences, tuant l'un d'entre eux et blessant 30 personnes.
Ces incidents ont fortement augmenté ces dernières décennies en raison du réchauffement climatique.
Ils pourraient s'intensifier ces prochaines années dans l'hémisphère nord, selon le chercheur Mohamed Foudad.

Un phénomène d'une violence rare. Les turbulences rencontrées par un avion de la compagnie aérienne Singapore Airlines reliant Londres à Singapour ont été telles ce mardi 20 mai qu'un passager est mort et que 20 autres sont toujours en soins intensifs ce mercredi. Il s'agissait de turbulences en "air-clair", selon un communiqué de l'Association of Flight Attendants-CWA, c'est-à-dire des changements de vents "soudains et importants", peu prévisibles pour les pilotes. Si ce phénomène est étudié depuis plusieurs années par les scientifiques, il tend à s'intensifier avec le réchauffement climatique. 

Pour comprendre le lien entre les deux, il faut se pencher sur le jet stream. Ces vents circulent en altitude autour de la Terre au niveau où volent les avions et sont modulés par les températures des tropiques et des pôles froids, selon Mohamed Foudad, chercheur-doctorant au Cerfacs-CECI (Centre européen de recherche et de formation avancée en calcul scientifique). "Avec le réchauffement climatique, l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre, on a un réchauffement des températures dans les tropiques et un refroidissement dans les pôles froids. Le gradient (ndlr : le taux de variation)  de températures entre eux s'intensifie, ce qui intensifie les cisaillements de vents (zones où s'opèrent des changements soudains de vent), qui créent les turbulences" explique le chercheur à TF1info. "Plus on augmente le gradient, plus les cisaillements augmentent, et les turbulences aussi"

"Une intensification de ces turbulences, en fréquence et en intensité"

Ces turbulences en "air clair" ont fortement augmenté au cours des dernières décennies sous l'effet du changement climatique, selon une étude publiée par des chercheurs britanniques dans la revue Geophysical Research Letters en juin dernier. En quatre décennies, les fortes turbulences de ce type ont augmenté de 55% au-dessus de l'Atlantique Nord, passant d'une durée annuelle de 17,7h en 1979 à 27,4h en 2020, indique l'étude. Sur la même période, les turbulences modérées ont aussi augmenté de 37%. 

Paul D. Williams, professeur en sciences atmosphériques à l'université de Reading au Royaume-Uni et principal auteur de l'étude, a indiqué ce mardi dans un communiqué que les "dernières projections indiquent un doublement ou un triplement des turbulences sévères dans le jet stream au cours des prochaines décennies, si le climat continue à changer comme nous le prévoyons".

Cette tendance a aussi été observée par Mohamed Foudad qui a cherché à caractériser les turbulences à venir dans l'hémisphère nord en fonction du niveau du réchauffement climatique et dont les conclusions ont été publiées en octobre. "On a pris beaucoup de modèles de climat et plusieurs degrés de réchauffement, +1°C, +2°C, +3°C, et à chaque fois on voit une intensification de ces turbulences, en fréquence et en intensité" avance le chercheur. 

Cette intensification pourrait notamment être observée dans plusieurs régions, dont l'Asie où s'est produit l'incident mardi, mais aussi au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Amérique du Nord. Si ces turbulences peuvent occasionner des blessés, voire des morts, les avions sont "construits pour résister aux pires turbulences qu'on peut rencontrer aujourd'hui et dans le futur (...) c'est très rare, voire impossible qu'un avion crash à cause de turbulences", assure Mohamed Foudad. 

Pour le chercheur, l'intensification des turbulences doit être l'occasion de renforcer les systèmes de prévision de ces turbulences qui ne "sont pas aujourd'hui efficaces à 100%". 


Emilie ROUSSEY

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