GPA : Valls "assume" son retournement de veste

Publié le 3 octobre 2014 à 13h18
GPA : Valls "assume" son retournement de veste

REVIREMENT - Dans une interview à la Croix vendredi, Manuel Valls affiche sa fermeté contre la Gestation pour autrui (GPA), assurant qu'elle restera interdite en France. Pourtant, le socialiste n'a pas toujours été de cet avis. Placé face à cette contradiction, il déclare "assumer" son changement de position sur "un sujet délicat".

Ni GPA, ni reconnaissance "automatique" des enfants nés à l'étranger de mères porteuses. Dans un entretien à La Croix vendredi, Manuel Valls durcit la ligne du gouvernement contre la Gestation pour autrui , "une pratique intolérable de commercialisation des êtres humains et de marchandisation du corps des femmes". Il annonce même que la France "entend promouvoir une initiative internationale qui pourrait aboutir, par exemple, à ce que les pays qui autorisent la GPA n'accordent pas le bénéfice de ce mode de procréation aux ressortissants des pays qui l'interdisent". Un message clair adressé à la Manif pour Tous, qui appelle à défiler dimanche sur ce thème .

"Une évolution incontournable"

Mais le Premier ministre, qui assure que "la France n'a jamais varié sur ce sujet", est loin d'avoir toujours eu un avis aussi tranché. Durant la primaire socialiste de 2011, celui qui était alors député de l'Essonne avait été interrogé comme tous les candidats par le magazine Têtu . Et il avait surpris ses camarades socialistes en défendant la légalisation en France de la GPA : "Si celle-ci est maîtrisée, elle est acceptable, et j'y suis donc favorable". A ceux qui y sont "par principe hostiles" car ils redoutent "une dérive vers une marchandisation des corps", le maire d'Evry répondait qu'il s'agissait d'une "évolution incontournable", se prononçant pour "une évolution législative".

De son côté, François Hollande a toujours affiché son opposition sur ce point (en février 2011, il avait ainsi signé un manifeste contre la GPA, "l'Appel contre le marché des ventres"). Mais durant la campagne présidentielle, il s'était montré ouvert sur la question de la reconnaissance des enfants nés à l’étranger par GPA. "Lorsque des enfants nés suite à une GPA légale à l'étranger reviennent en France avec leurs parents, il me semble nécessaire, au nom de l'intérêt supérieur de l'enfant, de permettre la transcription sur les registres de l'état-civil français de leur acte de naissance et de faciliter la reconnaissance du lien parent-enfant", avait-il déclaré en répondant à un questionnaire de l'association Homosexualité et Socialisme . Aujourd'hui, Manuel Valls "exclut totalement" d'autoriser "la transcription automatique" des actes de filiation d'enfants nés par mère porteuse à l'étranger... Les positions changent, mais les écrits restent.

"On peut changer"

Placé face à ses contradictions vendredi, Manuel Valls "assume". "C'est aussi l'honneur du débat public que de faire évoluer des positions", a-t-il fait valoir devant les journalistes qui l'interrogeaient à Matignon sur son revirement. "J'ai toujours dit que c'était un sujet délicat parce qu'il y a une demande d'enfant. Et j'avais souligné moi-même combien l'intérêt de l'enfant et la lutte contre la marchandisation doivent être des priorités".

Un candidat en campagne et un Premier ministre ne s'expriment pas de la même façon. "Je suis le chef du gouvernement et je m'exprime au nom de ce gouvernement, je m'exprime au nom de la France, a souligné Manuel Valls. Et puis moi-même j'ai réfléchi : on peut évoluer, on peut changer, on peut confronter les idées".


Gilles DANIEL

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