Lyon : des "skins" jugés pour la violente agression d'un couple

Publié le 22 septembre 2014 à 18h27
Lyon : des "skins" jugés pour la violente agression d'un couple

JUSTICE - Les faits remontent à janvier 2011. Ce soir-là à Villeurbanne, un groupe de skinheads agresse un jeune couple et le frappe à coups de batte de baseball et de barre de fer. Neuf personnes sont jugées à partir de ce mardi devant le tribunal correctionnel de Lyon.

Un véritable déchaînement de violences. Le 15 janvier 2011, un jeune couple rentre d'un concert donné dans une petite salle de Villeurbanne, fréquentée notamment par des sympathisants d'extrême gauche. Pour rejoindre plus rapidement le métro, les deux jeunes gens décident de passer par une station-service et le parking d'un grand magasin. Ils tombent alors sur une bande attroupée autour de deux voitures, dont deux des membres, armés d'une barre de fer et d'une batte de baseball, foncent subitement sur eux. Les agresseurs, des skinheads, font preuve d'une très grande violence.

La jeune femme est la première touchée, d'un coup à la tête, et s'effondre. Voulant la protéger, son petit ami se jette sur elle. Le groupe se déchaîne alors sur les deux victimes au sol. Sous la violence des coups portés, la batte se casse en deux. "C'est de la part des fafs (fachos, ndlr)", entend, encore conscient, le jeune homme, avant que les individus ne prennent la fuite en laissant le couple dans une flaque de sang.

"Donner une petite claque"

Transportée aux urgences dans un état grave, victime d'une entorse cervicale et d'une fracture du crâne, la jeune femme se voit prescrire une incapacité totale de travail (ITT) de 60 jours. Elle souffre ensuite d'un effondrement dépressif majeur, de phobie sociale et d'une perte de poids. Son compagnon a des crises d'épilepsie quelques jours après les faits et marche difficilement. Il a, lui aussi, été traumatisé par cette agression.

Pour expliquer une telle violence, plusieurs des jeunes agresseurs présumés, confondus par la vidéosurveillance du parking, ont affrimé qu'un des leurs, Anthony Tracanelli, avait voulu riposter à des jets de pierres d'"antifascistes" sur sa voiture, plus tôt ce soir-là. Le but était de "corriger", d'"humilier", voire de "donner une petite claque", diront d'ailleurs certains d'entre eux lors de leurs auditions. Ils avaient décidé de s'en prendre au hasard aux premières personnes croisées près du concert qui pouvaient s'apparenter à des "antifascistes". En garde à vue, tous ont reconnu s'être trouvés sur les lieux en revendiquant leur appartenance à des groupes identitaires ou nationalistes. Certains étaient déjà connus de la police comme interdits de stade à Gerland.

Séquelles

Dans le bar qu'ils avaient l'habitude de fréquenter à Lyon, on les surnommait "les skins". Quatre des prévenus, selon l'accusation, sont soupçonnés d'être plus impliqués que les autres dans le lynchage. Après un an de détention provisoire, ils comparaissent devant le tribunal correctionnel pour "violence aggravée par trois circonstances, suivie d'ITT supérieure à 8 jours", un délit passible de 10 ans d'emprisonnement. Parmi eux, Anthony Tracanelli, 24 ans, dit "Trakan", est défendu par Me Pierre-Marie Bonneau, l'avocat toulousain d'Yvan Benedetti et Alexandre Gabriac , anciens dirigeants de l'Oeuvre française et des Jeunesses nationalistes, deux groupuscules d'extrême droite radicale dissous à l'été 2013.

Jonathan Chatain, dit "Malko", 24 ans, fervent supporteur de l'Olympique Lyonnais, est lui connu comme "l'homme violent et le bras armé des identitaires" locaux, selon une source proche du dossier. Les cinq autres sont jugés pour ne pas avoir empêché "un crime ou un délit contre l'intégrité d'une personne", "non-assistance à personne en danger" et "participation à un groupement en vue de la préparation de violences". "Mes clients n'appartenaient ni l'un, ni l'autre à un groupe d'extrême gauche", souligne Me Bertrand Sayn, avocat des deux victimes qui souffrent toujours de séquelles et traumatismes importants. L'un des prévenus, au moins, a depuis quitté la mouvance identitaire, relève de son côté Me Jean-François Barre, qui défend David-Arnaud Mollaret. A 23 ans aujourd'hui, celui-ci "a su évoluer et quitter la mouvance qui était proche de lui à l'époque, et a l'intention d'exprimer ses regrets aux victimes", selon l'avocat.


La rédaction de TF1info

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