Violences, trafics de drogue: "ce n'est pas que ça le quartier Bellevue à Nantes"

Sibylle Laurent
Publié le 18 décembre 2014 à 12h32

HISTOIRE – Alors que Bellevue est un quartier de Nantes souvent associé aux agressions ou au trafic de drogue, un jeune d’origine turque témoigne de sa vie dans ce quartier, dans lequel il est né. Et raconte pourquoi il l'aime.

Bellevue. A Nantes, ce quartier est associé aux affrontements entre bandes rivales, aux trafics de drogue. Mehmet vit ici depuis  20 ans. Ce grand échalas brun qui traîne son allure nonchalante dans sa doudoune bleue, s'insurge contre cette vision réductrice de son quartier. 

"Mes parents sont des Kurdes de Turquie. Ils sont arrivés en France dans les années 90. Mon père est maçon, ma mère au foyer. Ici, c’est mon quartier. Les trois quarts des gens ont l’image d’une zone dangereuse, où il ne faut pas sortir le soir. Moi je vois surtout la convivialité et une solidarité qui n’existe pas ailleurs. Pourtant, c’est dommage, les médias ne parlent de nous que quand il y a des problèmes, comme ces affrontements en novembre et au début du mois . Il s'agit la plupart du temps de jeunes, qui s'excitent sur les réseaux sociaux, il suffit d’un regard et ça dérape… Mais ce n’est pas que ça Bellevue. 

"Si on part pessimiste, on n'arrive à rien !"

Pour les jeunes, la seule activité pour se distraire, c’est le foot. Il y a un mois, l’équipe de Bellevue est arrivée en 8e tour en Coupe de France. Tout le quartier était au stade et vibrait. C’était génial. Pour une fois, on parlait de nous en bien. 

L’an dernier, j’ai intégré une école de commerce à Nantes. 6.700 euros l’année. Pour ça, j’ai eu droit à des bourses, j’ai travaillé les week-ends. Cela m'a fait connaître un autre monde. Au début, j’ai flippé car j’étais le seul dans la classe d’origine étrangère. Les étudiants parlaient de surf et de leurs soirées en ville. Nous n'étions pas sur la même planète. Aujourd’hui, ce sont des amis. On rigole de ce décalage. Je sais que si je propose à un pote de venir à une soirée à Bellevue, il va me répondre "Ah non, je ne veux pas que ma voiture brûle !" Des petites blagues…

Mais je sais que pour trouver un stage ou un travail, quand on vient d’un quartier, qu’on a un prénom qui ne sonne pas français, le recruteur va te voir différemment. C’est plus dur de s’en sortir. A cause de ça, la plupart de mes amis ont lâché les études après le bac. Ils ne sortent plus du quartier, ils sont au chômage ou font des petits boulots. Pourtant ils ne sont pas plus bêtes que d’autres. Moi, ce sont mes parents qui m’ont poussé. Ils me disaient "En Turquie, on n’a pas eu l’occasion d’étudier. Il n’y avait rien. En France, tu as tout. Il faut utiliser ces moyens." C’est pour eux que j’ai repris les études, que j’en suis là. Mon objectif, ce serait de travailler dans une entreprise d’import-export, entre la France et la Turquie. Je parle très bien cette langue, je veux utiliser ça comme un avantage. J’ai plein de raisons d’être pessimiste dans ma vie, mais si on part comme ça, on n’arrive à rien !"
 


Sibylle Laurent

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