Xynthia : l’ancien élu se pose en "petit maire" à "l'intelligence" limitée

Le service METRONEWS
Publié le 8 octobre 2014 à 10h35
Xynthia : l’ancien élu se pose en "petit maire" à "l'intelligence" limitée
L'essentiel

JUSTICE - René Marratier, ancien maire de La Faute-sur-Mer comparaissait devant le tribunal des Sables d’Olonnes. En 2010, 29 personnes ont péri après le passage de la tempête Xynthia.

"A mon humble niveau". "Je suis un petit maire". "Je n'avais pas l'intelligence"… A la barre, René Marratier a affiché la couleur de sa ligne de défense : il n’avait pas les compétences pour faire face à cet évènement. L’ancien maire de de La Faute-sur-Mer (Vendée) comparaissait devant le tribunal des Sables d’Olonnes dans le cadre de l’affaire Xynthia : 29 personnes ont péri en février 2010 après le passage de la tempête.

Il n’a pas dévié d’un pouce de cette version. Interrogé pendant près de six heures par le tribunal correctionnel des Sables-d'Olonne sur sa connaissance du risque de submersion marine à La Faute-sur-Mer, il s’est défendu : "Comment voulez-vous qu'un petit maire, qui n'a pas systématiquement l'intelligence requise, puisse prévoir" le niveau d'eau atteint lors de la tempête Xynthia. Costume et cravate sombre sur une chemise blanche, semblant parfois hésitant, René Marratier a indiqué : "Moi-même, je n'avais pas la culture personnelle et l'intelligence personnelle pour diagnostiquer et anticiper une telle catastrophe."

"Je ne comprenais pas cette situation"

Il a répété, tout au long de l’après-midi : "Je n'arrêterai pas de m'excuser, mais à l'époque je ne comprenais pas cette situation, jamais je n'aurais pu imaginer une telle catastrophe".
Il lui est notamment reproché de ne pas avoir informé les habitants des risques d'inondation, dans cette commune située sur une presqu'île sablonneuse, où les lotissements ont poussé sur d'anciennes terres agricoles dans une zone qui aurait dû être classée inconstructible, au pied d'une digue rendue vulnérable par les risques de surverse.

A chaque fois, René Maratier indique "ne pas avoir eu connaissance du risque de submersion". Les services de la préfecture et de la Direction départementale de l'équipement (DDE) avaient pourtant "suffisamment insisté sur ce risque", a remarqué le président Pascal Almy, avant d'énumérer, chronologiquement, la "quarantaine" de courriers et de réunions en quinze ans, alertant le maire et lui demandant d'en informer la population de La Faute-sur-Mer.

"Tout fait pour sécuriser la population"

"Il apparaît dans le dossier que vous n'aviez pas vraiment pris au sérieux ce risque, relayé par la préfecture", a ainsi lancé le président du tribunal. "C'est vrai qu'il n'y a pas eu de réunion publique, mais il y a quand même eu des informations qui permettaient de connaître la dangerosité de ce secteur, notamment des "articles dans Ouest-France", a affirmé René Marratier. L'ancien maire a par ailleurs assuré avoir "tout fait" pour "sécuriser" la population, en décidant notamment des "travaux d'urgence" pour rehausser la digue, entamés le 4 février 2010, soit trois semaines avant Xynthia.

Il a aussi mis en avant le fait que sa "petite commune" avait des "moyens limités" et pointé du doigt le "gros déficit de communication" de la préfecture et des services de la DDE, qui auraient pu "apporter leur aide" car ils avaient "quand même des ingénieurs, des gens à la plus grande intelligence".
Mais pour le procureur de la République Gilbert Lafaye, "vous aviez une réelle connaissance du risque. Vous avez tout fait pour nier ce risque dans un objectif économique, démographique, immobilier. (...) Car ce risque dont vous avez parfaitement conscience est un épouvantail, à futur habitant et donc à futur électeur".

L'audience a été suspendue peu avant 20 h. L'interrogatoire de l'ancien maire se poursuit encore ce mercredi. Leur procès doit se terminer le 17 octobre. Le jugement est attendu le 12 décembre. Quatre personnes physiques, dont René Marratier et son ancienne adjointe à l'urbanisme, Françoise Babin, sont jugées depuis le 15 septembre, notamment pour "homicides involontaires".