Les concurrents de ChatGPT débarquent : la guerre des chatbots ne fait que commencer

Publié le 7 février 2023 à 17h53

Source : JT 20h WE

Depuis son lancement, en novembre dernier, le robot conversationnel ChatGPT déchaîne les passions.
Cette semaine, Google et le chinois Baidu ont annoncé le lancement prochain de leurs propres logiciels.
Les géants du web se lancent tour à tour dans la bataille pour développer le moteur de recherche du futur.

Le robot conversationnel, nouveau cheval de bataille des géants de la tech.  Alphabet, la maison mère de Google, a annoncé lundi 6 février le lancement, en phase de test, de son propre programme d’intelligence artificielle (IA), baptisé Bard, quelques mois après l'arrivée de ChatGPT, le logiciel de la startup américaine OpenAI, développé en partenariat avec Microsoft. Moins de 24 heures plus tard, l’entreprise chinoise Baidu révélait à son tour l’existence de "Ernie Bot", son logiciel maison, dont la phase de test doit prendre fin en mars prochain. L’intérêt grandissant porté à ces technologies ne doit rien au hasard. Pour bien comprendre, il faut remonter un peu en arrière.

Dix ans après la revanche des chatbots

La première génération d’agents conversationnels (ou "chatbot", en anglais) se limitait principalement à la relation client ou à des expériences de conciergerie digitale, en générant des réponses automatiques à partir d’un modèle préétabli. Commander un taxi, fournir un renseignement ou guider l’internaute vers un service en particulier. Sauf que, bien souvent, l’expérience se révélait déceptive pour l’utilisateur, si bien qu’on entendait souvent dire que ces logiciels d’intelligence artificielle étaient "stupides". Mais ça, c’était avant l’arrivée de ChatGPT. Depuis son lancement, en novembre dernier, ce programme informatique, dopé à l’IA, révolutionne la manière d’utiliser les ressources disponibles en ligne.

Accessible gratuitement, il est capable de répondre à n'importe quelle question en seulement quelques secondes, au point de ringardiser le modèle du moteur de recherche tel que nous le connaissons depuis le début des années 2000. Ce qui explique son succès phénoménal : 100 millions d'utilisateurs en deux mois, du jamais-vu ! De quoi expliquer l’engouement soudain des géants de la tech pour cette technologie amenée à révolutionner la manière d’accéder à l'information et d'interagir avec les machines.

Fin janvier, Microsoft a investi 3 milliards (et pourrait y injecter 10 milliards de plus) dans la startup OpenAI, dans l’espoir de relancer Bing, son moteur de recherche, auquel le robot ChatGPT doit être intégré prochainement. De quoi venir concurrencer Google et son moteur de recherche, par lequel transitent aujourd’hui plus de 90% des recherches dans le monde. Mais le combat s’annonce plus acharné que jamais. D'où sa volonté de déployer rapidement cette technologie dans ses produits. Microsoft a lancé d’ailleurs ce lundi une version, plus chère, de son logiciel de communication Teams, avec des fonctionnalités de ChatGPT, par exemple pour générer des résumés de réunion.

Google riposte en dévoilant Bard

Car la firme de Mountain View ne compte pas laisser passer le train en marche. Si aucune date n’a été communiquée par l’entreprise américaine, le directeur général d'Alphabet, Sundar Pichai, affirme que son futur robot est entré en "beta", autrement dit la dernière phase de test. "Aujourd'hui, nous franchissons une nouvelle étape en l'ouvrant à des testeurs de confiance avant de le rendre plus largement disponible au public dans les semaines à venir", écrit, dans une note de blog publiée ce lundi, le patron de Google. Bard "s’appuie[ra] sur des informations provenant du web pour fournir des réponses actualisées et de haute qualité", promet-il. 

Présenté comme "un exutoire pour la créativité" et "une rampe de lancement pour la curiosité", Bard vous aidera, entre autres, "à expliquer les nouvelles découvertes du télescope spatial James Webb de la NASA à un enfant de 9 ans, ou à en savoir plus sur les meilleurs attaquants de football du moment, puis à obtenir des exercices pour développer vos compétences", peut-on lire dans un article en ligne qui lui est consacré. Craignant de voir les utilisateurs migrer vers le moteur de recherche de Microsoft, Google a, selon la presse américaine, aussitôt allumé un "code rouge" afin de conserver sa place de leader, conscient que ce type de robot à questions-réponses pouvait tuer la recherche telle qu'on la connaît depuis vingt ans. Et il n'est pas le seul !

Ce mardi 7 février, dans la foulée, un autre géant du web, chinois cette fois, a fait savoir qu’il s’apprêtait lui aussi à lancer un logiciel semblable. En l’occurrence, Baidu, l’alter ego de Google en Asie, avec ses 643 millions d'utilisateurs actifs chaque mois.  Le géant de l'internet chinois est déjà présent dans l'intelligence artificielle, avec la mise au point de voitures autonomes, mais aussi dans l'informatique dématérialisée ("cloud"). Son robot conversationnel, baptisé "Ernie Bot", devrait terminer sa phase de test en mars et sera ensuite mis "à la disposition du grand public" à une date non précisée, indique l’entreprise. Cette annonce a fait bondir en matinée de plus de 15% son action à la Bourse de Hong Kong, où le groupe est coté.

Une révolution qui pose question

À la clé, pour tous ces géants du web, de potentiels revenus publicitaires accrus sur ce marché extrêmement lucratif et très convoité. La génération par une IA de textes ou d'images pourrait en effet révolutionner la recherche sur internet, avec des réponses en langage naturel et non plus une liste de documents. D’ici peu, "on n'aura plus besoin des moteurs", prédit ainsi Claude de Loupy, dirigeant de Syllabs, entreprise française spécialisée dans la génération automatique de texte, interrogé par l’AFP. "Mieux que trouver une source, l'IA pourra trouver une réponse détaillée. Comme l'illusion d'un être omniscient qui aurait tout lu", poursuit-il. Mais les IA conversationnelles comme ChatGPT "donnent aussi des mauvaises réponses, ce qui est gênant pour un moteur de recherche", rappelle toutefois le chercheur du CNRS Thierry Poibeau à l’AFP. 

"Avec le risque que l'internaute s'en contente, malgré les possibles biais ou contrôle de cette unique réponse", reprend Claude de Loupy. "Mais c'est terrifiant, car cette réponse est contrôlable. Et ce sera contrôlé", avertit le patron de Syllabs. Et pour un site, "la seule manière d'arriver en tête sera des annonces payantes, qui seront donc encore plus nombreuses", analyse-t-il. 

Également pionnier dans le domaine de l'IA, Meta, la maison mère de Facebook en a d'ailleurs subi les revers. Juste avant la sortie de ChatGPT, le 15 novembre, le groupe sortait Galactica, modèle de langage censé résumer des articles scientifiques.  Sauf que ce dernier générait trop d'absurdités et pouvait écrire des commentaires racistes si on lui posait des questions en ce sens. Meta, pourtant parti le premier, a dû retirer sa démo trois jours plus tard.


Matthieu DELACHARLERY

Sur le
même thème

Tout
TF1 Info