DOCUMENT TF1 - Au plus près des travaux de maintenance d'une centrale nucléaire

F.R. | Reportage P. Gallaccio, L. Lassalle
Publié le 16 septembre 2022 à 20h16, mis à jour le 17 septembre 2022 à 19h49

Source : JT 20h WE

En pleine crise énergétique, 29 réacteurs français sur 56 sont à l'arrêt.
À la centrale nucléaire de Chinon, en Indre-et-Loire, un réacteur sur quatre est à l'arrêt, pour cause de maintenance.
Le 20H vous emmène dans les coulisses de cette opération au long cours.

Alors que la France se prépare à un hiver difficile sur le plan énergétique, EDF a annoncé ce vendredi 16 septembre que près de la moitié de son parc nucléaire était à l'arrêt. Précisément, ce sont 29 de ses 56 réacteurs qui sont arrêtés. En cause : le retard des maintenances décennales, dû au Covid-19, ainsi que la découverte l'hiver dernier de problèmes de corrosion, contraignant EDF à entreprendre un contrôle quasi général.

C'est le cas à la centrale nucléaire de Chinon, en Indre-et-Loire, où l'un des quatre réacteurs est à l'arrêt, pour une suspicion de corrosion. Le 20H a pu entrer dans la centrale, en zone dite nucléaire, au cœur de cette opération de maintenance hors-norme, dans le but de faire repartir le réacteur avant l'hiver.

Quinze réacteurs à l'arrêt pour des problèmes de corrosion

Située à quelques kilomètres au nord-ouest de Chinon, sur le territoire de la commune d'Avoine et sur la rive gauche de la Loire, la centrale nucléaire de Chinon est privée de l'un de ses réacteurs depuis le mois de février. Une opération de maintenance a été mise en place, dans l'une des zones les plus sensibles d'une centrale. Pour y accéder, il faut s'équiper. En raison des seuils de doses radioactives, les salariés ne peuvent pas y rester trop longtemps. "On y pénètre uniquement quand l'unité est arrêté pour faire des opérations de maintenance", détaille, au micro du 20H, Stéphane Lelong, directeur délégué de la maintenance de la centrale de Chinon. 

Actuellement, en France, quinze réacteurs sont arrêtés pour ce même problème de corrosion. Il y a un an, une nouvelle méthode d'analyse du métal a fait naître un doute sur certaines parties de la tuyauterie de la centrale de Chinon. Des microfissures - de petites entailles de l'ordre du millimètre - pourraient s'être formées, ce qui pourrait présenter d'importants problèmes de sécurité. La Sureté nucléaire a alors ordonné de découper les tuyaux en cause, pour les analyser en laboratoire.

Un réseau de tuyauterie essentiel

"Nous avons contrôlé deux soudures, sur lesquelles nous n'avons trouvé aucune trace de corrosion", explique Stéphane Lelong. Toutefois, sur un autre tuyau, une microfissure d'un millimètre a été découverte. Les tuyaux en question servent à acheminer de l'eau, environ une fois par an, pour refroidir le réacteur, quand celui-ci est à l'arrêt.

Pour boucher ces fissures, un important dispositif a été mis en place : six soudeurs vont se relayer tous les jours pour remplacer l'ultime pièce afin de pouvoir, à terme, redémarrer le réacteur. Des soudeurs rares et qui, pour ce type d'opération, s'entraînent très longtemps à l'avance. "Pour nous, c'est de la Formule 1. C'est la Rolls Royce de la soudure. Il faut environ deux mois de phase préparatoire pour arriver à cette qualité-là", souligne Julien Quintart, responsable du chantier des soudures. Les premiers millimètres vont être soudés à la main, avant qu'une machine ne finisse le travail.

Ce phénomène de corrosion touche davantage les réacteurs récents que les anciens à cause d'une conception différente. EDF est en train de tous les contrôler et assure qu'aujourd'hui, tout cela va bien plus vite. En effet, une nouvelle méthode de contrôle a été mise en place. Désormais, au lieu de devoir découper les tuyaux, des ultrasons sont utilisés pour scanner à 360 degrés le métal et constater, ou non, la présence de ces microfissures. La réparation peut intervenir plus vite, et permettre de ne pas prolonger l'arrêt d'un réacteur.

EDF s'est d'ailleurs engagé à faire repartir un maximum de réacteurs avant la fin février, soit pour le passage de l'hiver 2022, annoncé comme tendu sur le plan de la sécurité énergétique. Stéphane Rivas, directeur de la centrale nucléaire de Chinon, 

est "convaincu" que cette date sera "tenue". "On va redémarrer le réacteur le 20 novembre. On aura en fin d'année pour l'hiver, en pleine puissance", assure-t-il.

Une fois les soudures terminées, il faut compter un mois avant que le réacteur ne redémarre à sa puissance maximale, soit 900 mégawatts pour Chinon, ce qui représente la consommation de 400.000 foyers.


F.R. | Reportage P. Gallaccio, L. Lassalle

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