Le jour où...

Le jour où... on a envoyé un SMS pour la première fois de l’histoire

par Matthieu DELACHARLERY
Publié le 2 décembre 2022 à 17h08, mis à jour le 3 décembre 2022 à 11h50
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

Ce samedi 3 décembre, le SMS fête ses trente ans d'existence.
Un format qui fait aujourd'hui figure d'espèce numérique en déclin.
Découvrez l'histoire de cette invention européenne qui a changé nos vies.

Il y a fort longtemps, bien avant Facebook, Twitter et WhatsApp, lorsque des cabines téléphoniques ornaient encore les trottoirs des villes, un informaticien britannique, du nom de Neil Paworth, envoyait le tout premier SMS (Short Message Service, de son vrai nom) de l’histoire. C’était le 3 décembre 1992, il y a tout juste trente ans. Le message était un simple "Merry Christmas" (en français, "Joyeux Noël"), transmis depuis un ordinateur sur le téléphone portable de Richard Jarvis, un ingénieur de Vodaphone. Depuis son apparition, le SMS a sauvé des vies, brisé des mariages, créé un dialecte et surtout révolutionné la manière de communiquer grâce à sa simplicité d’utilisation.

Le SMS n'a pas été inventé dans la Silicon Valley

Une fois n’est pas coutume, le SMS n’a pas été inventé dans la Silicon Valley mais bel et bien ici, sur le Vieux-Continent. À l’époque, les premiers téléphones cellulaires utilisaient des technologies et des protocoles incompatibles. Les entreprises de télécommunications décident alors d’établir une norme, le GSM, un réseau mobile unifié (2G). L’idée d’y intégrer un système permettant l’envoi de message sous forme de texte voit rapidement le jour. Seule contrainte, le message doit être court – 160 caractères tout au plus – pour éviter un coût supplémentaire. L’idée est révolutionnaire, et pourtant, personne ou presque n’y prête attention au début. Les e-mails sont déjà là et le format court ne séduit pas. 

Ce n’est qu’à partir du milieu des années 1990 que le SMS s’impose comme un moyen de communication à part entière. L’une des explications tient au fait que les téléphones portables ont pendant longtemps été réservés aux adultes – il fallait avoir 18 ans ou plus pour en acheter. En 1996, tout bascule avec l’introduction des cartes SIM prépayées. Les ventes de téléphones portables s’envolent et les jeunes générations s’emparent alors de cette technologie naissante, notamment pour souhaiter ses meilleurs vœux le soir du Nouvel An. À l'époque, en France, "un SMS coûtait 1 franc. C'est comme si chaque tweet aujourd'hui coûtait 15 centimes d'euros", rappelle Jean-Michel Huet, spécialiste des télécoms au sein du cabinet BearingPoint.

Le SMS se ringardise avec l'arrivée des messageries

Les premiers forfaits intégrant des SMS les soirs et les week-ends ou une partie de la semaine font leur apparition à partir de 2004. Puis, à partir de 2010, l’illimité devient la norme, avec l’arrivée de l’opérateur Free Mobile sur le marché français. Cette année-là, quelque 6000 milliards de SMS auraient été envoyés dans le monde, soit plus du triple qu’en 2007, rapporte le site américain The Atlantic. Mais la "hype" du SMS va rapidement s’essouffler au cours la dernière décennie. Rien qu'au Royaume-Uni, le chiffre a été divisé par quatre en dix ans, passant sous la barre des 10 milliards au premier semestre 2022, selon l'Ofcom, le régulateur britannique des télécoms. 

Principale cause, l'essor des réseaux sociaux (Facebook, Snapchat, Instagram) et surtout des messageries en ligne comme WhatsApp, Messenger, iMessage, Viber ou Telegram, qui évitent le "roaming" (frais d'itinérance à l'étranger) en transitant par internet. Pour la tranche d'âge 16-24 ans, l'usage des messageries en ligne est en hausse de 53,73% sur un an, tandis que l'usage des SMS chute de 29%, selon une étude de l'Organe des régulateurs européens des communications électroniques parue en 2021. Le SMS ne s'avoue pas pour autant vaincu dans certaines régions du monde, comme au Nigeria, le pays le plus peuplé d'Afrique. 

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En 2021, près de 10 milliards de SMS y ont été envoyés, soit 15% de plus que l'année précédente, selon un rapport de la Commission nigériane des communications. Si l'immense majorité des Nigérians disposent d'un téléphone portable, seulement 44% d'entre eux avaient un accès à internet en 2021. Et le coût d'un SMS, 4 nairas (0,008 euro) comparé à celui d'une connexion à internet (environ 1 euro pour 2 GB), reste toujours compétitif dans ce pays où près d'un habitant sur deux vit avec moins de 2 dollars par jour.  Autre indice de sa vitalité : l'explosion des SMS d'applications à visée publicitaire et "transactionnels", qui devraient dépasser la barre des 50 milliards de dollars de revenus en 2023 dans le monde.


Matthieu DELACHARLERY

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