Le milliardaire Elon Musk s'offre le réseau social Twitter

Rachat avorté de Twitter par Elon Musk : les raisons qui ont conduit l'homme d'affaires à faire machine arrière

Matthieu DELACHARLERY
Publié le 9 juillet 2022 à 14h30
JT Perso

Source : Sujet JT LCI

C’est la fin d'un rêve pour les uns, d'un cauchemar pour les autres : ce samedi, Elon Musk a fait savoir qu'il renonçait à racheter le réseau social Twitter.
Depuis des semaines, les experts se demandaient si l'homme d'affaires cherchait à retirer son offre ou à renégocier le prix à la baisse.

De pompier à pyromane. Pendant des mois, Elon Musk a soufflé le chaud et le froid autour d'un éventuel rachat de Twitter. Dans une lettre publiée vendredi par le gendarme boursier américain, les avocats de l'homme d'affaires ont annoncé qu'il renonçait finalement à racheter le réseau social à l’oiseau bleu. 

"Twitter n’a pas respecté de multiples clauses de l’accord, et semble avoir des informations fausses et trompeuses sur lesquelles M. Musk s’est basé pour s’engager dans l’accord d’acquisition", écrivent les conseils de l’homme d'affaires dans leur lettre.

Depuis des semaines, les experts se demandaient si Elon Musk cherchait à retirer son offre ou à renégocier le prix à la baisse. Des observateurs de Wall Street prédisaient même cette issue : "Les frais en cas de rupture de l'accord ne sont que d'un milliard de dollars", expliquait Scott Galloway, professeur de marketing de la New York University

En mettant fin à son engagement de racheter Twitter, l'homme d'affaires s'expose néanmoins à des poursuites juridiques conséquentes. Le président de Twitter, Bret Taylor, a déclaré que l’entreprise allait engager une action en justice. "Le conseil d'administration de Twitter est déterminé à conclure la transaction au prix et aux termes convenus avec M. Musk", a-t-il assuré dans un tweet, précisant qu'ils étaient "confiants" dans leur chance de l'emporter devant les tribunaux. 

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Une volteface qui marque la fin possible d'une longue saga ponctuée de vives tensions, dont l'épilogue, selon certains spécialistes, était écrit d'avance. On rembobine. Début avril, Elon Musk avait créé la surprise en annonçant détenir 9,2% du capital de Twitter, avant de formuler, quelques jours plus tard, une offre de rachat de 43 milliards de dollars. A l'époque, l’homme d’affaires affichait son intention de racheter le réseau social pour en faire une plateforme plus libre, estimant que la modération des contenus était trop stricte.

"J'ai juste une forte intuition qu'avoir une plateforme publique, largement inclusive, en laquelle on puisse avoir confiance, est extrêmement important pour le futur de la civilisation", déclarait le milliardaire, lors de la conférence Ted2022, enfilant son habituel costume de "sauveur de l'humanité". Une OPA hostile, à laquelle le réseau social Twitter a d’abord résisté avant de finalement céder, le 25 avril, en signant un accord définitif de rachat avec le milliardaire américain. Mais l’affaire a rapidement pris rapidement une autre tournure, donnant le sentiment qu'Elon Musk allait faire machine arrière.

Un problème de "bot"

Le 13 mai, Elon Musk fait savoir qu'il suspend l'acquisition de Twitter, exprimant des inquiétudes quant au nombre réel de faux comptes sur la plateforme, que le réseau évalue comme étant inférieur à 5% parmi les 229 millions d'utilisateurs actifs. Mais le multimilliardaire estime que les responsables du réseau social mentent, et que cela affecte la viabilité et la valeur de la société.  Le 6 juin, après des échanges houleux avec les responsables du réseau (dont un emoji en forme de crotte tweeté à l’intention de Parag Agrawa, le patron de Twitter ), Elon Musk réitère sa menace.  

À l'entendre, le réseau social "résiste activement" à ses demandes d’informations sur les spams (comprendre les tweets publicitaires indésirables) et autres faux comptes, ce qu'a toujours démenti la plateforme. Jeudi dernier, des responsables de Twitter ont d'ailleurs indiqué qu’il supprimait quotidiennement pas moins d'un million de comptes contrôlés par des bots, rapporte le site de la BBC. Par ailleurs, la vision "libertarienne" du patron de Telsa et SpaceX se heurte à celle de nombreux employés de Twitter et d'observateurs, qui demandent au contraire aux réseaux sociaux de mieux lutter contre les discours haineux, le harcèlement et la désinformation, dans l'intérêt des utilisateurs et de la démocratie.

Le titre de Twitter a perdu un quart de sa valeur

Le 10 mai, Elon Musk avait fait savoir qu'il autorisait Donald Trump, qui avait été banni de la plateforme après l'assaut du Capitole le 6 janvier, de réintégrer le réseau social. Une annonce qui avait suscité l'ire d'une partie des utilisateurs du réseau. Mais surtout, Elon Musk n’a jamais été en mesure d’expliquer clairement comment il comptait modérer efficacement la plateforme. "Par liberté d’expression, j’entends simplement ce qui correspond à la loi", s'était-il justifié par la suite, mais sans vraiment convaincre. 

Depuis l'annonce du rachat, le titre de Twitter a perdu plus d'un quart de sa valeur. De quoi réfréner les ardeurs du magnat des nouvelles technologies. Dans le même temps, le cours de l'action de la marque de voiture de luxe électrique Tesla (dont Elon Musk est propriétaire) a dégringolé de près de 25% sur cette période. Et l'acquisition du réseau social à l'oiseau bleu n'est pas vue d'un très bon œil par les actionnaires du groupe, qui estiment que l’agenda du milliardaire est déjà bien rempli, entre Tesla, SpaceX, Starkink, The Boring Company ou encore Neuralink. La pression exercée par ses derniers a également pu peser dans la balance.

Une bataille juridique s'annonce à l'horizon

En mettant fin à son engagement de racheter Twitter, l'homme d'affaires s'expose cependant à des poursuites juridiques conséquentes. Les deux parties se sont engagées à verser une indemnité de rupture pouvant aller jusqu'à un milliard de dollars dans certaines circonstances. De ce fait, la décision affichée d'Elon Musk ne garantit pas que l'acquisition n'aura pas lieu. "Il a signé un accord qu'il est légalement obligé de respecter", a tweeté Ann Lipton, professeure de droit à l'université de Tulane. Théoriquement, l'homme d'affaires pourrait être contraint d'en faire l'acquisition, même à contrecœur.

"C'est un scénario désastreux pour Twitter et son CA, car l'entreprise va maintenant devoir affronter Musk dans une longue bataille judiciaire pour sauver la transaction et/ou récupérer au moins un milliard de dollars", a réagi de son côté l'analyste Dan Ives. "Twitter est en moins bon état que quand tout a commencé", relève auprès de l'AFP l'analyste et fondatrice de Heart of Tech Carolina Milanesi. "Des cadres sont partis, rien n'a avancé... Mais le pire serait que Twitter force l'acquisition à avoir lieu, ajoute-t-elle. Ils se retrouveraient avec un propriétaire qui ne veut pas de l'entreprise, et plein de ressentiment."


Matthieu DELACHARLERY

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