REPORTAGE - Inde : ces petites mains qui nourrissent les algorithmes de l'IA

par T.A. | Reportage TF1 : Marion LAOUAMEN, Khansa JUNED et Akash GHAI
Publié le 28 novembre 2023 à 10h06

Source : TF1 Info

Pour faire fonctionner ses logiciels, l'intelligence artificielle doit être entraînée par des milliers de travailleurs postés devant un ordinateur.
Le plus souvent, cette tâche est accomplie en Inde, dans des centres géants.
Regardez cet étonnant reportage du 20H de TF1.

Assistants vocaux, voitures autonomes, reconnaissance faciale, ChatGPT... Dans l'ombre de ces intelligences artificielles (IA), il y a des milliers de petites mains qui nourrissent les algorithmes, et la plupart d'entre elles se trouvent en Inde. Dans l'entreprise de la capitale New Delhi où se rend notre équipe dans le reportage ci-dessus, 1500 employés occupent la fonction d'"annotateur de données". Sur des centaines d'images, Monu Komar, un de ces travailleurs, tâche de délimiter le plus précisément possible les contours d'un fruit exotique. "Je démarque les contours de la grenade, explique-t-il devant son logiciel. Je fais tout le tour du fruit, puis j'y ajoute une légende."

Concrètement, il apprend à un système à reconnaître les fruits. Ces données vont ensuite permettre aux ingénieurs de développer une intelligence artificielle. Celle-ci sera plus tard implantée dans un robot, capable de reconnaître et de récolter lui-même les grenades mûres. "Il faut identifier uniquement les fruits mûrs, indique Monu Komar. Les fruits verts, on ne les touche pas. Si on n'apprend pas à la machine à les reconnaître, elle cueillera tous les fruits, et ce sera un problème."

Un travail essentiel dans la création d'un système d'IA

Photos de champs, de trafic routier, imagerie médicale... Toutes sortes de documents sont traités dans ce grand centre. Des fichiers audios sont eux aussi retranscrits par les employés. "Par exemple, ici, l'orateur a bégayé sur un mot, montre sur son écran Gaurav Puri, un autre annotateur de données. À l'écrit, je vais rajouter cette hésitation, car je dois exactement écrire ce qui dit l'orateur. Ça va permettre d'améliorer la génération automatique de sous-titres.

Ce travail sur les données est en fait la première étape dans la création d'un système d'intelligence artificielle. "L'IA, c'est un peu comme un enfant à l'école, tente d'imager Rohan Agrawal, le fondateur de l'entreprise qui traite ces informations. Vous allez apprendre à une machine les basiques. Grâce à toutes ces données, elle développera une compréhension." Pour qu'un système soit performant, il nécessite un maximum de données, ce qui implique une véritable armée d'annotateurs. C'est pourquoi les grandes entreprises du secteur délocalisent ce service dans des pays où la main d'œuvre est moins chère, comme en Inde.

Des micro-missions rétribuées quelques centimes

Dans le pays, la plupart de ces annotateurs sont des étudiants. L'un d'eux, Omprakash Pali, est inscrit sur une plateforme en ligne qui propose des micromissions, rétribuées pour seulement quelques centimes. "Je travaille quatre à cinq heures par jour, cela me rapporte cent euros par mois et me permet de payer mes frais de scolarité", assure le jeune homme, attablé à la terrasse d'un café. Cela représente 1,20 euro de l'heure, soit plus que ce que gagne la majorité de la population indienne.

Certains jeunes, attirés par ce secteur porteur, n'hésitent pas à créer leur propre entreprise. Issus, dans 80% des cas, de milieux ruraux, ils voient dans l'IA une opportunité de créer de l'emploi dans leur région. "Au début, j'ai commencé tout seul à annoter, dans le garage de mes parents, précise Mujeeb Kolasseri, l'un de ces jeunes entrepreneurs. Aujourd'hui, on est 600. Avant, les jeunes d'ici, une fois diplômés, devaient se rendre dans les grandes villes pour trouver un bon emploi. Grâce à cette société, ils peuvent rester ici."

En Inde, le nombre d'entreprises d'annotation de données devrait doubler d'ici à 2028. Au total, ce nouveau métier pourrait concerner environ un million de personnes dans le pays.


T.A. | Reportage TF1 : Marion LAOUAMEN, Khansa JUNED et Akash GHAI

Sur le
même thème

Tout
TF1 Info