Depuis quelques mois, les plaintes se multiplient contre des propriétaires de locations de vacances, accusés d'avoir filmé à leur insu leurs locataires.
Une jeune femme qui en a été victime témoigne ainsi auprès de TF1.
Voici quelques réflexes qui peuvent vous aider à vérifier que votre location ne comporte aucune caméra suspecte.

Le fléau prend de l'ampleur : des vacanciers venus profiter d'une location saisonnière se retrouvent épiés à leur insu par les propriétaires, grâce à de discrètes caméras dissimulées dans le logement. Ces derniers mois, les plaintes s'accumulent, déposées majoritairement par des femmes, filmées contre leur gré et souvent dans leur intimité, dans la chambre ou la salle de bain, par des objectifs faciles à se procurer et vendus à quelques dizaines d'euros seulement. 

Une victime témoigne ainsi auprès de TF1 dans la vidéo en tête de cet article : Larissa a découvert par hasard, alors qu'elle prenait sa douche, qu'une caméra cachée la filmait dans la salle de bain, avant d'en trouver une autre dans sa chambre. "C'est vraiment très gênant. On me voit nue et franchement, je suis restée bloquée pendant des heures en me disant : 'il a vu ça'", confie la jeune femme, qui a porté plainte, disant avoir ressenti "un profond dégoût" et s'être sentie "salie".

Une telle pratique est évidemment interdite par les plateformes : dans le cas d'Airbnb - qui a pris des mesures dans celui de Larissa -, seuls les espaces publics, comme la porte d'entrée, et communs peuvent être filmés, à condition d'en informer les locataires, comme le stipule le règlement de la plateforme. Dans les pièces privées, aucune surveillance n'est tolérée. Quant à la loi, elle "punit d’un an d’emprisonnement et de 45.000 euros d’amende le fait de porter atteinte à l’intimité de la vie privée d’autrui", rappelle l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (Anssi)

Certains propriétaires continuent malgré tout de contourner ces réglementations. Alors, sans basculer dans la paranoïa, il peut être utile de procéder à une rapide vérification de la location à votre arrivée dans le logement. Si les techniques ne sont pas infaillibles, elles peuvent tout de même s'avérer bénéfiques. 

Repérer les zones stratégiques et les objets suspects

Les zones à inspecter en priorité sont les chambres et la salle de bain, où les propriétaires malintentionnés sont susceptibles de vouloir se ménager une vue sur le lit, la douche, un dressing... De minuscules caméras peuvent être intégrées à toute une série d'appareils. Dans la vidéo ci-dessous, devenue virale sur Tiktok en 2021, l'expert en cybersécurité britannique Marcus Hutchins explique comment repérer un objectif discrètement fondu dans une alarme incendie, un réveil électronique ou encore un chargeur, derrière une vitre sans teint. 

"L'un des moyens de vérifier si le dispositif est une caméra, c'est de l'éclairer avec une lumière vive", par exemple le flash de son téléphone, souligne le spécialiste. "Si c'est bien un objectif, vous obtiendrez un reflet bleuâtre", poursuit-il. Il est également possible de repérer les caméras infrarouges, capables de filmer dans l'obscurité, en utilisant là encore l'objectif de son téléphone, à condition que celui-ci ne soit pas équipé d'un filtre à infrarouge, auquel cas vous pouvez vous rabattre sur la caméra frontale qui, elle, n'en possède pas. Pour vérifier si vous êtes équipé de ce filtre, vous pouvez tester votre appareil photo face à la lumière de votre télécommande de télévision. 

De manière générale, il faut être vigilant lorsque la disposition de certains objets semble suspecte, par exemple deux détecteurs de fumée au plafond de la chambre, explique le Washington Post. Les objectifs peuvent aussi se nicher là où on les attend le moins : des jouets, des peluches, des lampes, des ventilateurs, des horloges, des thermostats et même des bouteilles. Certains sont si petits qu'ils peuvent aussi se glisser dans un trou dans le mur, souligne Marcus Hutchins. 

Interroger le réseau Wi-Fi

Il est également possible de regarder du côté du Wi-Fi du logement, pour vérifier qu'il n'y a pas d'appareils suspects connectés. Pour ce faire, des outils peuvent vous venir en aide, en scannant le réseau pour vous fournir une liste de périphériques. Après avoir lui-même découvert une caméra dissimulée dans une location Airbnb en Irlande, où il passait ses vacances en famille, le spécialiste de sécurité informatique Andrew Barker a détaillé dans un billet de blog des applications à portée de main pour identifier une caméra connectée, comme Network Scanner ou Fing. Pour plus d'efficacité, déconnectez vos propres appareils avant de lancer le scan.

Reste que les appareils ne sont pas forcément répertoriés comme "caméra", ce qui peut compliquer la recherche. Sans compter que l'objectif peut aussi être connecté à un autre réseau, ou enregistrer des images sur une carte-mémoire interne. 

Si malgré ces difficultés vous parvenez à identifier une caméra dans votre location, débrancher si possible l'appareil, ainsi que le routeur internet si la caméra est connectée. Vous pouvez également le couvrir d'une serviette ou obstruer l'objectif avec du ruban adhésif, mais sans l'endommager, pour ne pas perdre de précieuses informations d'identification qui vous serviront de preuves contre le propriétaire. Signalez directement la caméra auprès des plateformes de location, et portez plainte contre le propriétaire pour infraction à la vie privée.  


Maëlane LOAËC | Reportage TF1 Sophie Chevallereau, Stéphane Deperrois

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