VivaTech 2017 : des bidonvilles à la vie de millionnaire, l’étonnant parcours d’Ambarish Mitra, le patron de Blippar

Melinda DAVAN-SOULAS
Publié le 15 juin 2017 à 14h00
VivaTech 2017 : des bidonvilles à la vie de millionnaire, l’étonnant parcours d’Ambarish Mitra, le patron de Blippar

PORTRAIT – Ambarish Mitra a fait d’une idée d’appli de réalité augmentée une startup à succès. Difficile sans doute pour lui d’imaginer que Blippar deviendrait une des entreprises de pointe alors qu’il grandissait dans un taudis indien. Une belle histoire qu’il ne manquera pas de raconter lors de son passage sur le salon VivaTech pour une conférence le 16 juin.

Il pourrait bien être élu "Entrepreneur de l’année" par le cabinet Ernst & Young dans quelques mois et est en lice pour le "Young Global Leaders" qui distingue les personnalités de moins de 40 ans au parcours professionnel exceptionnel. Cofondateur de la startup de réalité augmentée Blippar, Ambarish Mitra est un homme à part. Affable, jovial, son histoire paraît tout droit sortie d’un conte de fée. Des plus belles qui entretiennent la légende. Venu des bas-fonds de New Delhi, il tutoie désormais les grands de ce monde 2.0.

Et pour y parvenir, le chef d’entreprise britannique a eu le droit à un sacré coup de pouce du destin sous la forme d'une petite annonce en anglais que l'adolescent féru d’informatique d'alors va transformer en coup gagnant. Il a alors près de 18 ans et vit dans un bidonville  d'Inde, son pays natal. 

Bill Gates, son modèle

Mitra vient d’une famille de la classe moyenne de Dhanbad. Un père inventeur, une mère femme au foyer et chanteuse à ses heures, et quatre soeurs. Une famille où l’éducation prime avant tout. Le petit Ambarish doit marcher dans les pas paternels et devenir lui aussi ingénieur. Ses lectures obligatoires comptent les magazines économiques Forbes et Businessweek. Il confiera que son père lui a offert dans sa vie deux livres essentiels pour lui : La chute d'IBM et un autre sur comment prendre son destin en main. Adolescent, ses amis ne jurent que par les boysband et starlettes des années 1990. Son idole à lui se nomme Bill Gates. Il possède même sur son bureau d'enfant une photo encadrée du fondateur de Microsoft et du milliardaire Warren Buffet. Le jeune garçon est fasciné par l’éclosion d’internet qui débarque dans le monde à la fin de la décennie et les deux hommes illustrent sa conception du succès.

Et un jour de 1997, il tombe sur une petite annonce pour un "concours d’e-business". Il a alors 18 ans et  a fui sa famille pour vivre sa propre vie. Ambarish Mitra ne se doute pas que son destin va basculer. Il a l’idée de permettre aux femmes de travailler plus facilement en leur offrant une connexion gratuite à internet, mais il n'en espère pas grand-chose depuis son logement de fortune dans un bidonville. Pour survivre, le garçon vit alors de la vente d’abonnements presse en faisant du porte-à-porte et en travaillant en parallèle dans un salon de thé. Il confiera que cela l'a endurci et lui a permis de mieux encaisser les rejets. Son projet lui permet de décrocher une bourse de 10.000 dollars et de le lancer. Un premier geste d’entrepreneur en herbe avec la création de WomenInfoline, un portail dédié aux femmes. En 2000, il quitte l’Inde et s’envole pour le Royaume-Uni afin d’y faire des études, de contribuer au succès – ou non- de plusieurs entreprises jusqu’à cofonder Blippar en 2010 et voir sa carrière décoler. 

Aujourd’hui, sa startup de réalité augmentée – qui permet d’obtenir des informations superposées à un objet pris en photo- pèse plus de 1,5 milliard de dollars. Ambarish Mitra pose aux côtés de la famille royale, de Buzz Aldrin, côtoie les plus grands du high-tech mondial et court les médias. Une vie sous les spotlights bien loin de son bidonville d’antan.

Une vie à la réalité augmentée ?

L’homme intrigue cependant autant qu’il fascine. Car tout ceci, c’est aussi l’histoire officielle qu’il aime raconter. Un peu en réalité augmentée aussi, à en croire une récente enquête du Financial Times. Car pour enjoliver son parcours, Mitra aurait quelque peu réécrit la réalité. Sa première entreprise WomenInfoline.com qui aurait donné le coup d’envoi de sa carrière professionnelle en Inde n’a aucune trace existentielle le concernant. Elle est même attribuée à un autre entrepreneur qui a assuré n’avoir jamais embauché Mitra. Ce dernier se justifie en expliquant qu’il était jeune, s’est un peu "fait rouler" au moment de céder sa création et donc de disparaître de son historique. 

Le flou demeure aussi sur son cursus universitaire anglais. La London School of Economics où il aurait étudié a déclaré ne jamais l’avoir eu comme étudiant. Et aucun rôle majeur le concernant n’est retrouvé dans les organigrammes de trois entreprises britanniques par lesquelles il serait passé, mais des postes éventuels de consultant ou directeur de l’innovation. La faute à des erreurs des médias, clame l’intéressé qui reconnaîtra cependant avoir besoin de "remettre ses profils et parcours à jour" au moment de modifier sa fiche LinkedIn avec également un changement dans les dates de son passage à l’University of London. Il faut dire qu’elles "empiétaient" sur celles de la création de sa première entreprise en Inde en 1999...

Mike Segar/AP/SIPA

Le marché publicitaire, nouvelle cible de Blippar

"Je ne prête pas attention à ce qui est écrit dans les médias. J’ai toujours voulu parler de Blippar,  mais (les) médias veulent à chaque fois faire du sensationnel avec mon passé", explique-t-il au Financial time. Pour le reste, Blippar, c’est bien lui et, avec son comparse, Omar Tayeb rencontré dans une précédente startup, il peut se targuer de son succès. L’idée leur est venue dans un pub, en regardant un billet de banque et en se disant que ce serait drôle de voir l’effigie de la reine d’Angleterre s’animer. Bingo ! Ils se lancent dans l’aventure de la réalité augmentée. Leur appli Blippar peut ainsi reconnaître un objet et lui ajouter des informations en surimpression. Et même vous permettre, depuis décembre dernier, de reconnaître une personne dont le nom ne vous revient pas. Il suffira de pointer l’appli vers elle. Si elle est dans la base, toutes les infos apparaîtront (acteurs, chanteurs, politiciens, inconnus...). 

Blippar

Une aubaine aussi pour le marché de la publicité qui a vu l’opportunité de la reconnaissance faciale et des objets pour ses produits. Des bannières publicitaires incitant au clic seraient d’ailleurs à l’essai et de nouveaux partenariats sont en vue pour la startup londonienne qui poursuit son impressionnante croissance vers de nouveaux horizons. 

Blippar est disponible sur iOS et Android


Melinda DAVAN-SOULAS

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