Depuis l'année dernière, les taux des crédits immobiliers ont fortement augmenté.
Le marché de la transaction, comme celui de la location, se sont retrouvés bloqués.
Pour cette année 2024, les professionnels du secteur sont tout de même optimistes sur une éventuelle reprise de l'activité.

"Je ne compte plus mes candidatures, j'ai dû en déposer une soixantaine en quelques mois. Je ne parviens absolument pas à trouver une location. Pourtant, j'ai 26 ans, je suis en CDI depuis plus de deux ans et je gagne près de 45 000 euros par an. Je suis découragée", déplore Camille, ingénieure d'affaires dans une entreprise d'ingénierie informatique à Lyon. 

Un constat largement partagé par Jean-Yves Mano, président de l'association Consommation, Logement et Cadre de vie (CLCV). "Certains dorment dans leurs voitures, d'autres se réfugient dans des mobile-home dans les campings. Il y a une pénurie totale de logements. Voilà où on en est !"

Blocage de la transaction, tension sur la location

Depuis un an, l'état du marché immobilier s'est en effet dégradé. En cause, une hausse brutale des taux de crédit immobilier, multipliés par quatre en 18 mois. "Faute de projections, les acquéreurs se sont découragés, puis retirés de leurs projets", analyse Sacha Harosch, agent immobilier dans le réseau ORPI. 

Principal dommage collatéral du marché de la vente : la location. "Les primo-accédants ont été empêchés d'acheter et sont restés en location. Il n'y a donc pas eu de nouveaux biens en location sur le marché. Avec 66 % de demandes supplémentaires et 34 % d'offres en moins, il n'y a presque plus de turn-over", poursuit Delphine Herman, directrice des relations extérieures chez Guy Hocquet. "La pression locative ne ralentit pas. Il y a 150 à 200 demandes par appartement. Les loyers augmentent. En tant que professionnels, c'est difficile de répondre à cette demande. Les gens pensent que c’est leur dossier qui pose problème, mais c’est la concurrence. Ils nous supplient même. C’est mission impossible", renchérit Sacha Harosch.

La crise s'est aggravée avec la loi climat et résilience qui impose la rénovation énergétique des logements d'ici à 2025. "Malgré les aides pour les travaux, le reste à charge reste trop important, les petits propriétaires n’ont pas les moyens et enlèvent leur bien du marché locatif", ajoute Delphine Herman. Cerise sur le gâteau : peu de logements neufs ont été construits.

Immobilier : le nombre de biens à louer en chute libreSource : TF1 Info

"Une légère reprise"

"Notre activité se rééquilibre. On observe une légère reprise, un frémissement positif. Depuis la fin d’année dernière, les taux des crédits se sont stabilisés et ont commencé à baisser, et les banques les ont aussi rabaissés", constate Delphine Herman. Comme l'ajoute Michel Mouillart, professeur émérite d’économie et spécialiste de l’immobilier : "Le paysage immobilier est plus porteur d'espoirs. Les taux des crédits sont passés de 4,24 % en décembre dernier à 4,15 % aujourd'hui et probablement 3,25 % d'ici la fin de l'année." Un premier moteur donc, pour redynamiser le marché de l'immobilier. "La baisse des taux va rétablir la relation de confiance entre les Français et l'immobilier. Les ménages vont ainsi pouvoir repartir sur leurs projets", assure Sacha Harosch.

D'autres solutions à envisager

Mais pour les acteurs du secteur, la baisse des taux ne sera pas suffisante pour revenir à un marché fluide. Comme Delphine Herman, tous dénoncent l'inefficacité des mesures gouvernementales. "Avoir un toit sur la tête est un besoin fondamental. Les pouvoirs publics n'ont pas pris le problème à bras-le-corps." Celle-ci attend "un ministre du Logement qui impulsera une politique de la construction, concertée à l'échelle locale. Attal parle d'un choc d'offre, ce n'est pas 30 000 logements qu'il faut construire, mais bien 400 000 par an. Il faut aussi accompagner les Français dans l'achat, puis la mise en location". 

Relancer l'investissement locatif, Sacha Harosch est du même avis, mais il souhaite aussi un "assouplissement du mode de calcul du diagnostic de performance énergétique, un reclassement des biens et une plus grande clarté sur les aides à la rénovation". Les idées ne manquent pas. Le président de la CLCV suggère, quant à lui, que la part des revenus consacrés aux charges de logement soit de 25 % contre 40 % actuellement. Selon l'économiste Michel Mouillart, le taux d'effort maximal d'un crédit, qui s'élève à 35 %, devrait être allégé. "Les pouvoirs publics peuvent agir rapidement, il n'y a pas de coût budgétaire et c'est d'une grande efficacité." Dans tous les cas, rien n'est gagné pour les futurs locataires et propriétaires. Le chemin à parcourir est encore long. 


Emma FORTON

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