REPORTAGE - Ces (nombreux) Français qui renoncent à leur rêve de maison avec jardin

par Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Nathalie Pellerin, Joséphine De Francqueville, Caroline Blanquart
Publié le 19 février 2024 à 11h28, mis à jour le 19 février 2024 à 12h12

Source : JT 20h WE

Le Premier ministre Gabriel Attal a promis de relancer la construction des zones pavillonnaires.
Mais ce défi considérable se heurte à la crise du secteur, qui contraint de nombreux Français à renoncer au rêve d’une maison individuelle.
Reportage de TF1 en Gironde pour comprendre ce qu’il se passe.

C’est toujours le rêve de huit Français sur dix : quitter les immeubles, vivre dehors dans son bout de jardin, garer sa voiture devant son garage... Pourtant, le nombre de ventes de maisons individuelles connaît une chute vertigineuse, passant de 122.000 par an en moyenne ces quinze dernières années, à 68.000 l’an dernier, selon le Pôle habitat de la Fédération française du bâtiment (FFB). Son président, Grégory Monod, déclarait, le 24 novembre sur France Info : "On est en train d'arriver à un niveau de crise aussi important que celle des années 1990, mais pas pour les mêmes raisons. À l’époque, on avait trop construit par rapport aux besoins. Aujourd'hui, on a un besoin qui est là, mais on ne construit plus."

Tout le secteur immobilier tourne au ralenti. "La hausse des taux bloque beaucoup de ménages" candidats à la propriété, explique à TF1 Pierrick Léopold, conseiller financier à l'agence Artémis Courtage, à Biganos (Gironde), qui a refusé "deux dossiers sur trois depuis un an". Caroline Caro, professeure d’anglais, s’est retrouvée dans ce cas. Le couple qu’elle forme avec son compagnon gagne pourtant 4.000 euros par mois, et bénéficiait d’un apport conséquent. "Quand c’est arrivé, je me suis demandé qui aujourd’hui pouvait se permettre d’acheter une maison. Pourquoi est-ce si compliqué ? Pourquoi est-ce que nos parents pouvaient y accéder et pas nous, qui travaillons tous les deux ? Ça me semble un peu injuste", témoigne-t-elle.

Avec l’envolée des taux, ce couple a perdu 80.000 euros de pouvoir d’achat, ce qui correspond à la perte moyenne de 25% à l’échelle de l’ensemble des acquéreurs. En parallèle, le coût des maisons neuves, lui, ne baisse pas. Nombre de chantiers sont à l’arrêt. Dans un lotissement de Mérignac (Gironde), en périphérie de Bordeaux, cinq maisons sur quinze sortent de terre. "Les dix autres terrains ne sont pas vendus, soupire William Thiriet, gérant de l’agence Immo Construction. Avant, on aurait tout vendu en sept ou huit mois maximum. Là, c’est vide depuis un an et demi. Depuis qu’on est constructeurs, on n’a jamais vu ça."

"Ça fait mal au cœur"

En cause : le coût des matières premières, qui a explosé avec l’inflation. Par exemple, 50% de plus pour les briques, 40% pour les tuiles... Une maison de 100 mètres carrés coûte ainsi 30.000 euros de plus qu'en 2023. Ce qui la rend désormais inaccessible aux primo-accédants. "Ça fait mal au cœur et je ne vous cache pas que c’est aussi un peu angoissant", confie encore le constructeur, dont l’activité a été réduite de presque moitié, à l’image de ce qu’il se passe au niveau national. En 2023, 80.000 maisons ont été construites. Là encore, c’est deux fois moins qu’il y a quinze ans. Et la tendance risque de se poursuivre. "Je dirige une entreprise familiale depuis 1999 et sur une année normale, on est, en gros, sur 120-150 logements en chantier, indiquait pour sa part le président de la FFB. En 2024, on va tomber autour des 40-45 logements mis en chantier."


Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Nathalie Pellerin, Joséphine De Francqueville, Caroline Blanquart

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