Les constructions de maisons individuelles ont chuté de 31% en 2022, celles en lotissement de 22,2%.
Pour beaucoup de ménages, c'est un rêve qui s'éloigne.
Le 20H de TF1 se penche sur ce phénomène.

En Haute-Garonne, Jérôme, Maeva et leurs deux enfants ont reçu les clés de leur pavillon flambant neuf il y a à peine huit semaines. "Nous qui avons toujours été locataires, pouvoir accéder à la propriété, c'était vraiment le rêve. C'était la maison individuelle qu'il nous fallait", souligne la mère de famille dans le reportage du 20H de TF1 ci-dessus. 

Il faut dire qu'elle coche toutes les cases : un terrain spacieux mais pas trop grand, de la place pour garer les deux voitures et l'école à deux rues seulement. Coût total de l'investissement : 220.000 euros. "Il nous tenait à cœur de pouvoir offrir aussi à nos enfants une sécurité matérielle", poursuit la jeune femme. 

Les matériaux ont augmenté de 20%

Ce couple a lancé son projet fin 2021, mais depuis, dans la construction, la machine s'enraye. En un an, les livraisons de pavillons neufs ont chuté d'un tiers. En cause notamment, la hausse des coûts de construction, aggravée par la guerre en Ukraine. D'ailleurs, quand on parle d'inflation avec le constructeur Bernard Jegou, il ne pense pas à son panier de courses, mais plutôt à tous ces matériaux, aluminium, laine de verre, bois, parpaings... qui ont augmenté de 20% en moyenne, en deux ans à peine. 

Et cela a une conséquence immédiate sur le prix des maisons individuelles. "Certaines se vendent à 260.000, 270.000 euros, alors qu'il y a deux ans en arrière, elles valaient peut-être 220.000 euros", explique-t-il. Alors, pour avoir leur maison, les clients sont prêts à faire des sacrifices avec une pièce en moins ou des matériaux moins chers. Ils sont même de plus en plus nombreux à se retrousser les manches. "L'exemple type, nous faisons l'ossature de la maison et le client se réserve le garage pour faire des économies", précise le directeur de Trecobat Midi-Pyrénées. 

Chaque mois, les banques augmentent leur taux. Mieux vaut y aller vite pour ne pas prendre le risque le lendemain de ne plus être finançable.
Amir Zebentout, courtier chez Meilleurtaux.com à Blagnac (Haute-Garonne)

Mais le prix n'est pas le seul frein à l'achat, car dans le même temps, les taux d'intérêts ont quasiment triplé en un an. Ainsi, un couple qui peut rembourser 1300 euros par mois pouvait emprunter l'année dernière 280.000 euros. Aujourd'hui, ce n'est plus que 240.000 euros. C'est ce qui est arrivé à Paolina et Alexis, que les équipes de TF1 ont également rencontrés. Leur projet de maison a pris du retard. Conséquence, plus les jours passaient et moins ils pouvaient emprunter. 

"Chaque mois, les banques augmentent leur taux. Dans certains établissements, c'est même chaque 15 jours. Mieux vaut y aller vite en effet pour ne pas prendre le risque le lendemain de ne plus être finançable", admet Amir Zebentout, courtier chez Meilleurtaux.com à Blagnac (Haute-Garonne). Actuellement, dans son agence, près d'un client sur deux voit son dossier retoqué. Un record et un crève-cœur, car la maison individuelle est bien plus qu'un toit. "Pour moi, l'achat de cette maison, c'est notre retraite à nous", reprend Paolina. "Un jour, on pourrait vendre et ne plus jeter de l'argent pour un loyer." 

Qui dit maison, dit aussi terrain à bâtir. Ces dix dernières années, partout en France, les lotissements ont poussé comme des champignons. Matthieu Roques est lotisseur. Il achète, aménage et revend des parcelles. En dix ans, il a observé deux changements : d'abord, le prix du m² constructible n'a cessé d'augmenter tandis que, dans le même temps, la surface de terrain n'a fait que diminuer. "Plus les parcelles sont grandes, plus elles sont chères et plus c'est difficile à vendre. Donc pour rentrer dans les budgets, il va falloir qu'on redensifie un peu."

Densifier, c'est ce qu'imposent aussi les nouvelles règles d'urbanisme, de plus en plus strictes. Des permis de construire sont refusés, les terrains se raréfient, et ça aussi, ça fait monter les prix. "On a peur que la maison individuelle sur un terrain à bâtir devienne un produit un peu de luxe et réservé à une seule partie de la population", se désole encore Matthieu Roques. 

À quoi ressembleront alors nos futurs quartiers ? Certains parient sur le retour de la maison mitoyenne qui prend moins de place et coûte moins cher. Peut-être aussi faudra-t-il encourager la rénovation des maisons anciennes, trop souvent boudées par les primo-accédants. Une seule certitude, dans un contexte économique qui inquiète, devenir propriétaire rassure les Français. 


V. F | Reportage : Matthieu Poissonnet, Florian Le Goïc et Florence Couturon

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