VIDÉO – Ces piscines publiques restent au chaud grâce... aux data centers

Mathilde Joris | Reportage : Olivier Santicchi, Vincent Lamhaut, Marie Simon Le Gall
Publié le 15 octobre 2022 à 19h15, mis à jour le 15 octobre 2022 à 19h25

Source : JT 20h WE

Des piscines municipales cherchent à s'affranchir des prix exorbitants du gaz et de l'électricité.
Utiliser l'énergie d'entreprises voisines est une solution pour chauffer les bassins.
Une méthode à la fois écologique et économique, que certains ont déjà testée.

L'inflation galopante n'a pas épargné les piscines municipales. Début septembre, des dizaines d'établissements ont fermé, à cause de l'explosion des prix du gaz et de l'électricité. Alors que les Français sont appelés à plus de sobriété énergétique, la question se pose de chauffer les bassins avec des méthodes moins chères et plus respectueuses de l'environnement. Le centre aquatique du Val d'Europe, à Bailly-Romainvilliers, n'a pas attendu la crise actuelle pour adapter ses infrastructures. Une équipe de TF1 s'est rendue dans cette piscine municipale de Seine-et-Marne, pour comprendre par quel miracle ses quatre bassins, soit 1,7 million de litres d'eau, se maintiennent à une température presque tropicale sans gaz, dont les tarifs ont été multipliés de cinq à huit fois ces derniers mois. Pour tout comprendre, il faut regarder de l'autre côté de la rue, en direction du data center de la banque Natixis.

Dès sa construction il a dix ans, le centre aquatique Val d'Europe a noué un partenariat avec le centre informatique voisin. Moyennant finance, la chaleur des serveurs est récupérée grâce à des conduites, qui vont réchauffer l'eau de la piscine, et ce, 24h/24. "Avec cette énergie de récupération, c'est 15 à 20 % moins cher qu'avec le gaz actuellement. Et en plus, c'est stable, pérenne sur le temps parce qu'il n'est pas impacté par les énergies fossiles", affirme Jean-Marc Solari, directeur de la communication Dalkia Île-de-France. Quel que soit le tarif du mégawattheure de gaz, les bassins conservent leur température idéale de baignade. D'autres bâtiments de la commune utilisent l'énergie des serveurs pour se chauffer. À la clé : une économie d'argent public, mais aussi de 5.800 tonnes de CO2 par an. 

La chaleur "fatale", cette énergie trop souvent rejetée inutilement dans l'atmosphère

Envoyer des mails, télécharger des vidéos, enregistrer des documents… Toutes ses petites actions du quotidien génèrent des millions de données transitant par des "data-centers", des "fermes numériques" en bon français. Ces dernières sont très énergivores et donc néfastes pour l'environnement. Pour autant, la chaleur qu'elles produisent peut être exploitée par ricochet, au lieu d'être inutilement rejetée. Dans le jargon, on qualifie cette énergie de "chaleur fatale", un terme qui traduit ses calories dont personne ne profite. 

A Desvres (Pas-de-Calais), le centre aquatique Naturéo évite la douche froide grâce à un partenariat avec le site industriel d'ArcelorMittal. Coût de l'opération de mise en réseau : 1,3 million d'euros. "On prévoit un retour sur investissement sur sept ans. Mais avec l'augmentation (des prix de l'énergie, ndlr), ce sera beaucoup moins", se réjouit de son côté Claude Prudhomme, président de la Communauté de communes de Desvres-Samer.

Chauffer ses infrastructures grâce à la récupération de chaleur excédentaire est une solution intéressante toutefois marginale en France. Pour maintenir la température de l'eau à 26° des piscines publiques se tournent vers des énergies "positives", grâce à des panneaux photovoltaïques par exemple. Une manière de limiter la facture pour les collectivités locales. Et quand les bassins ne peuvent plus être chauffés à un niveau acceptable, comme à Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne), exit le maillot de bain, place… à la combinaison thermique. Alors que son chauffage au gaz représente 50% de la consommation énergétique de la ville, cette piscine olympique a dû limiter sa température à 19°C début octobre, avec obligation de se couvrir intégralement pour faire trempette. 


Mathilde Joris | Reportage : Olivier Santicchi, Vincent Lamhaut, Marie Simon Le Gall

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