Invasion russe en Ukraine : Poutine s'obstine

Accords de Minsk, territoires du Donbass, Nord Stream 2... Cinq points-clés pour comprendre la crise ukrainienne

La rédaction de TF1info
Publié le 22 février 2022 à 15h42, mis à jour le 22 février 2022 à 15h52

Source : JT 20h WE

La crise ukrainienne domine plus que jamais l'actualité après la reconnaissance lundi soir par Vladimir Poutine de l'indépendance des régions séparatistes prorusses de l'Est du pays.
On vous l'explique en revenant sur plusieurs points-clés.

Les mouvements de troupes russes à la frontière ukrainienne ont ravivé ces dernières semaines les tensions entre les Occidentaux et Vladimir Poutines, et son annonce reconnaissant l'indépendance des territoires séparatistes du Donbass, lundi soir, marque une nouvelle escalade dans la crise.

Des Accords de Minsk à l'OSCE, en passant par Nord Stream 2, la "maskirovska" ou les territoires séparatistes du Donbass, TF1info revient sur ces expressions et concepts au cœur de la crise et qui permettent de mieux la comprendre.

Les territoires séparatistes du Donbass

Les deux territoires séparatistes du Donbass sont au cœur des discussions, alors que Vladimir Poutine a reconnu lundi leur indépendance. Donetsk et Lougansk sont les deux principales villes du bassin minier du Donbass, frontalier de la Russie, sur la rive septentrionale de la Mer Noire. Elles comptent respectivement deux millions et 1,5 million d'habitants. 

Or, depuis 2014, les territoires de Donetsk et de Lougansk sont déchirés par des affrontements entre les autorités ukrainiennes et des forces séparatistes. Ceux-ci ont proclamé leur indépendance à l'issue de référendums, non reconnus par la communauté internationale, réalisés à la suite de l'annexion de la Crimée par la Russie. La guerre qui oppose depuis cette date les séparatistes aux autorités de Kiev a fait plus de 14.000 morts. 

Kiev et les Occidentaux accusent la Russie de soutenir militairement et financièrement les séparatistes prorusses. De son côté, Moscou soutient que le Donbass, de même qu'une large partie de l'Est ukrainien, est peuplée de russophones et doit donc être protégés du nationalisme ukrainien. La présence de russophones est notamment liée à l'envoi de nombreux travailleurs russes après la Seconde Guerre mondiale lors de la période soviétique.

Accords de Minsk

Les accords de Minsk font référence à des textes censés mettre fin au conflit entre Kiev et les séparatistes ukrainiens prorusses dans le Donbass. En déclarant reconnaître les deux territoires du Donbass comme des républiques indépendantes, Vladimir Poutine rejette le format censé mettre en place ces accords, semblant plutôt se diriger vers une escalade militaire. 

Un premier protocole de Minsk avait été signé le 5 septembre 2014, sous les auspices de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), par les représentants de l’Ukraine, de la Russie, de la République populaire de Donetsk et de la République populaire de Lougansk. Quelques mois plus tard, en février 2015, les dirigeants de l’Ukraine, de la Russie, de la France et de l’Allemagne s'étaient accordés sur des mesures : le retrait de toutes les forces armées étrangères, des équipements militaires et des mercenaires du territoire ukrainien sous la supervision de l’OSCE ainsi que le désarmement de tous les groupes illégaux. La région est alors coupée par une ligne de cessez-le-feu, qui sépare les territoires restés sous le contrôle du gouvernement de Kiev et les républiques autoproclamées de Donetsk et Lougansk, tenues par des groupes séparatistes soutenus par Moscou. 

Si ces accords ont permis une diminution substantielle des violences, ils n'ont pas mis fin à la guerre qui oppose depuis 2014 séparatistes prorusses parrainés par Moscou et forces de Kiev. Le volet politique de ces accords n'a notamment jamais été respecté, les deux camps se rejetant la responsabilité de cet échec.

OSCE

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe organisation (OSCE) a été créée à l’issue de la guerre froide, en 1995, pour permettre le dialogue entre les pays de l’ancien bloc soviétique, les Européens et les Américains. Elle compte 57 pays participants.

Depuis 2014, cette organisation est chargée de contrôler le respect des accords de paix de Minsk dans la partie orientale de l'Ukraine. En pratique, cela consiste pour 678 observateurs non-armés de 43 nationalités différentes (dont 16 Français) à recenser les violations de la trêve et surveiller les conditions de vie des civils dans l’Est de l’Ukraine, où Kiev affronte des insurgés pro-russes équipés et financés par Moscou. Le rapport hebdomadaire du 12 janvier témoignait, entre autres, de la dégradation récente de la situation : en une semaine, 302 violations avaient été recensées dont 197 dans le Donbass, contre moins de 200 la semaine précédente.

Au niveau de la diplomatie, l’OSCE est aussi le médiateur d’un groupe de contact trilatéral entre la Russie et l’Ukraine qui se rencontre en ligne toutes les deux semaines pour tenter de négocier des trêves. 

La "maskirovska"

Ce concept, signifiant "camouflage", "tromperie" ou encore "désinformation" en russe, est une stratégie militaire dont Vladimir Poutine ferait souvent usage, et notamment durant cette crise qui oppose la Russie à l'Ukraine et aux Occidentaux. 

Cette technique militaire vise à laisser son ennemi dans l'incertitude. Il s'agit d'"un ensemble de mesures prises pour cacher un certain nombre d'informations ou d'installations, tromper l'ennemi sur ses plans et augmenter sa capacité d'agir, ce qui inclut tout à fait le camouflage d'un tank par exemple, mais aussi, la désinformation", définit ainsi Sophie Coeuré, professeur d'histoire à l'Université de Paris et spécialiste de la Russie. 

Ainsi, en plus de rejeter tout projet d'invasion alors même que les États-Unis notamment dénonçaient une arrivée massive de soldats à la frontière entre l'Ukraine et la Russie, Moscou a mené en parallèle une intense campagne de désinformation. Les Ukrainiens comme les Occidentaux craignaient d'ailleurs qu'elle soit utilisée pour créer un prétexte en vue d'une offensive russe.

Nord Stream 2

Achevé en septembre dernier mais toujours pas entré en activité, Nord Stream 2 est un gazoduc de 1230 kilomètres de long reliant Oust-Luga, en Russie au terminal de Lubmin en Allemagne, via la mer Baltique. C'est surtout un enjeu dans la crise qui oppose depuis plusieurs semaines le camp occidental à Vladimir Poutine, qui a massé plus de 100.000 soldats à proximité de l'Ukraine.

Fin janvier, les États-Unis, qui considèrent que ce projet dote Moscou d'un levier énergétique et stratégique trop important, ont prévenu que "si la Russie envahit l'Ukraine d'une manière ou d'une autre, Nord Stream 2 sera bloqué". Cette menace visait à faire infléchir la Russie tant son économie est dépendante des exportations de gaz, mais n'était pas forcément au goût de l'Allemagne, principal promoteur du projet et pour lequel le gazoduc était censé doubler l'apport du gaz russe. 

Mettant la menace à exécution, le chancelier allemand Olaf Scholz s'est finalement résigné ce mardi à annoncer la suspension de la certification du gazoduc, indispensable à "sa mise en service". "Bienvenue dans un monde nouveau, où les Européens vont bientôt payer 2000 euros pour 1000m³ de gaz", a déclaré ironiquement l'ancien président russe Dmitri Medvedev. De son côté, la Maison blanche a, elle, "salué", par la voix de la porte-parole Jen Psaki, la suspension de Nord Stream 2.


La rédaction de TF1info