La justice a publié le nom de plusieurs personnalités, liées de près ou de loin à Jeffrey Epstein, mort en 2019.
Des documents dévoilés dans le cadre d’une affaire opposant Ghislaine Maxwell à la plaignante Virginia Giuffre.

C'est une publication promise en décembre par la justice américaine, qui relance l’affaire Epstein, du nom de ce financier new-yorkais accusé de trafic sexuel de mineures et retrouvé mort en prison en 2019. Une "liste de noms", liés de près ou de loin à Jeffrey Epstein, a commencé à être publiée par une juge fédérale de New York, Loretta Preska. Voici ce que l’on sait de ces documents judiciaires. 

Existe-t-il vraiment une liste ?

Ce qui a été publié mercredi 3 janvier n’est pas une liste à proprement parler, et encore moins une liste de tous les clients ayant profité du système de trafic sexuel mis en place par Jeffrey Epstein. Il s’agit en réalité d’une compilation de documents judiciaires, que nous avons consultés et qui ont été publiés essentiellement sous la forme d’interrogatoires de Ghislaine Maxwell, ancienne complice du financier condamnée en 2022, ou bien de victimes présumées. 

Au total, 943 pages de documents sont désormais disponibles, dans lesquels près de 200 noms de personnalités répondant jusqu’ici au pseudonyme "J. Doe" sont cités. Par exemple, il est fait mention deux fois de Michael Jackson, quatre fois de Donald Trump, 73 fois de Bill Clinton, ou encore 76 fois du Prince Andrew. Un seul Français y figure, l’ancien directeur de mannequins Jean-Luc Brunel, accusé d’avoir mis des jeunes filles à disposition de Jeffrey Epstein et retrouvé pendu dans sa cellule de la prison de la Santé en 2022.

Ces noms sont-ils des clients d’Epstein ?

Contrairement à ce que l’on peut lire sur les réseaux sociaux, l’ensemble des personnalités figurant dans le dossier judiciaire ne sont pas soupçonnés d’avoir abusé de jeunes filles et d’adolescentes. En effet, leur degré d’implication dans cette affaire varie d'une personne à l'autre. S'agissant des noms les plus célèbres, Michael Jackson est mentionné pour sa présence dans la maison de Jeffrey Epstein à Palm Beach, Donald Trump est cité en tant que connaissance de l’homme d’affaires, tandis que le Prince Andrew est directement visé pour des faits répréhensibles. Par ailleurs, les accusations de viol à l’encontre du frère du roi Charles ne sont pas nouvelles, comme nous vous l’expliquions ici

L’apparition de ces quelque 200 noms dans ces documents ne constitue en rien des preuves d’une quelconque culpabilité : ils peuvent être cités comme témoins, victimes, brèves connaissances, proches ou complices présumés de Jeffrey Epstein. Il appartient à la justice de déceler le degré d’implication de chacun, bien que l’action publique à l’encontre du financier se soit éteinte après sa mort. Par ailleurs, les noms de victimes ont été anonymisés pour certains.

Ces documents judiciaires, présentés sous la forme d'interrogatoires, citent 73 fois le nom de Bill Clinton, historiquement un proche de Jeffrey Epstein
Ces documents judiciaires, présentés sous la forme d'interrogatoires, citent 73 fois le nom de Bill Clinton, historiquement un proche de Jeffrey Epstein - DR

Pourquoi cette liste sort-elle maintenant ?

La décision de publier ces documents a été prise le 18 décembre dernier par la juge Loretta Preska, dans le cadre de l’affaire Giuffre v. Maxwell, conduite par le tribunal fédéral de New York. Virginia Giuffre, victime présumée de Jeffrey Epstein, avait intenté un procès en diffamation contre Ghislaine Maxwell, qui s’est clos en 2017. La justice justifie leur publication par le fait que certaines de personnes évoquées dans ces documents ont déjà pu être identifiées aisément dans la presse, au cours de ces dernières années.

Y a-t-il d’autres noms attendus ?

Certains noms demeurent encore sous scellé. Comme l’explique CNN, trois personnes sont anonymisées dans le dossier puisque Virginia Giuffre raconte que Ghislaine Maxwell lui a ordonné d'avoir des relations sexuelles avec un "prince anonyme", le "propriétaire d'une grande chaîne d'hôtels" et un dernier nom qui a été retiré. De plus, des documents concernant deux "Does" n’ont pas encore été rendus publics, dont l’un devrait être révélé le 22 janvier prochain à la fin d’une procédure en appel.

Pourquoi l’affaire affole la complosphère ?

Sur le réseau social X, la publication de ces documents a agrégé 1,6 million de posts en seulement 48h. Ainsi, la complosphère est en ébullition après ces "révélations", y voyant les preuves irréfutables d’un vaste scandale impliquant les élites. Depuis ses débuts, l’affaire Epstein est le fruit de diverses théories conspirationnistes : elle reprend toutes les croyances de la mouvance QAnon, elle-même persuadée qu’un trafic sexuel d’enfants à l’échelle mondiale se déroule sous ses yeux. 

Par ailleurs, des fausses rumeurs ont largement circulé à l’aube de la publication de ces documents, et des personnalités ont été citées à tort comme y figurant. C’est le cas de Barack Obama, Bill Gates, Jimmy Kimmel, ou encore d’Elon Musk. 


Caroline QUEVRAIN

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