La justice américaine est sur le point de dévoiler une liste de quelque 180 noms liés au réseau de proxénétisme orchestré par Jeffrey Epstein.
Parmi eux, devraient figurer des victimes, des complices et des personnalités de premier plan comme le prince Andrew et Bill Clinton.
Si ce document ne devrait pas avoir de suites judiciaires, il pourrait permettre de mieux comprendre les activités de l'homme d'affaires qui s'est suicidé en prison en 2019, avant d'avoir pu être jugé.

Plus de quatre ans après s’être donné la mort avant d’avoir pu être jugé, Jeffrey Esptein continue de faire les gros titres de l’actualité américaine. Dans une décision en date du 18 décembre dernier, la magistrate fédérale de Manhattan Loretta Preska a en effet ordonné la révélation des noms de quelque 180 personnes – clients, complices, victimes - liées au réseau de proxénétisme orchestré par le sulfureux financier. Un document de cinquante pages qui devait être dévoilé sous les 14 jours au plus tard. Autant dire dans les heures qui viennent…

Pourquoi cette liste va-t-elle être dévoilée ?

La révélation de la liste s’inscrit dans le cadre d’une procédure en diffamation intentée en 2016 par Virginia Guiffre, une victime présumée du réseau, contre Ghislaine Maxwell, l’ex-maitresse et complice de Jeffrey Epstein qui purge actuellement une peine de 20 ans de prison pour trafic sexuel de mineures. À l’époque, la jeune femme lui reprochait de l’avoir publiquement traitée de "menteuse" en affirmant qu’elle avait été abusée par le couple à l’âge de 17 ans.

Cette affaire s’était soldée par un accord "à l’amiable" l’année suivante. Mais le quotidien Miami Herald avait alors intenté une action au civil pour avoir accès au dossier dans le cadre d’une enquête qui a entraîné l’arrestation du financier en 2019. Aujourd’hui, la justice estime qu’il n’y a plus lieu de garder cette liste secrète, estimant que plusieurs noms ont été dévoilés dans la presse, y compris dans le cadre d’interviews accordées par les principaux intéressés.

Quels sont les noms qui pourraient y figurer ?

Le plus célèbre, c’est sans doute le prince Andrew. S’il a toujours nié les faits, le frère de Charles III s’est évité un procès devant la justice américaine en passant un accord financier en février 2022 avec Virginia Giuffre, qui l’accusait d’agression sexuelle lorsqu’elle était mineure. D’après ABC News, le nom de Bill Clinton apparaît également dans la procédure intentée par Virginia Giuffre contre Ghislaine Maxwell. 

Si elle y affirme avoir croisé l’ex-président sur Little Saint James, l’île privée de Jeffrey Epstein dans les Îles Vierges, elle n’apporterait aucune preuve d’actes criminels de sa part. La liste contiendrait aussi des personnalités dont les noms ont été retrouvés dans les agendas personnels de l’homme d’affaires, sans qu'on sache de quelle manière ils sont impliqués. Parmi eux, ceux du fondateur d’une célèbre firme high tech, un ex-patron du FBI, une ex-avocate de la Maison-Blanche, d’anciens dirigeants étrangers ou encore un célèbre réalisateur de cinéma.

De nombreux collaborateurs de l’homme d’affaires et de sa complice apparaissent aussi sur la liste. Parmi eux, Miles et Cathy Alexander, un couple sud-africain qui était chargé de la gestion quotidienne de Little St. James pendant près de huit ans. On peut les voir témoigner dans le documentaire Ghislaine Maxwell – Pouvoir, Argent et Perversion, diffusé l’an dernier sur Netflix. S’ils expliquent avoir croisé nombreuses jeunes femmes nues sur les lieux, tous les deux assurent qu’ils n’étaient pas au courant que certaines étaient mineures. 

Quelles conséquences pour la suite de l’affaire ?

A priori, aucune nouvelle poursuite judiciaire ne devrait être engagée contre les différents protagonistes. Pour les plus médiatiques d’entre eux, c’est avant tout une question d’image, à l’instar du prince Andrew, déchu de ses titres militaires et de son rôle de parrains de plusieurs associations par Buckingham Palace, suite à la plainte de Virginia Giuffre. Au-delà, cette liste de noms pourrait permettre de mieux comprendre les rouages de l’affaire Epstein, déjà explicités lors du procès de Ghislaine Maxwell en 2022.

Les différents témoignages avaient permis de dresser le portrait d’une "prédatrice sophistiquée", chargée d’attirer des jeunes filles et de les livrer à Jeffrey Epstein dans ses différentes résidences de Floride, de Manhattan, du Nouveau-Mexique et des Îles Vierges. "Jane", "Kate", "Carolyn" et Annie Farmer, la seule à s'exprimer sans pseudonyme, avaient dévoilé au tribunal leurs vies abîmées par des relations sexuelles forcées avec l’homme d’affaires alors qu'elles avaient entre 14 et 17 ans. Souvent en présence de l’accusée.


Jérôme VERMELIN

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