L'Afghanistan aux mains des talibans

Afghanistan : première exécution publique depuis le retour des talibans, l'ONU dit sa "profonde préoccupation"

F.R avec AFP
Publié le 7 décembre 2022 à 22h03
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

C'est la première exécution publique que le régime des talibans reconnaît depuis leur retour au pouvoir.
Le condamné était accusé d'avoir tué un homme, et d'avoir volé sa moto et son téléphone portable.
Le chef suprême des talibans a ordonné mi-novembre aux juges d'appliquer tous les aspects de la loi islamique.

Pour la première fois depuis leur retour au pouvoir en Afghanistan, les talibans ont procédé à une exécution publique ce mercredi 7 décembre, celle d'un homme condamné pour meurtre. La Cour suprême a été sommée de faire appliquer "cet ordre de 'qisas' lors d'un rassemblement public d'habitants" à Farah, dans l'ouest du pays, a déclaré dans un communiqué le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, faisant référence à la loi du talion qui figure dans la charia. 

Le condamné, prénommé Tajmir, fils de Ghulam Sarwar, était accusé d'avoir assassiné un homme et volé sa moto ainsi qu'un téléphone portable, en 2017. La sentence a été exécutée par le père de la victime qui a tiré à trois reprises sur le condamné avec un fusil d'assaut kalachnikov, a précisé dans la soirée le porte-parole des talibans.

Sous le premier régime des talibans, entre 1996 et 2001, les condamnés étaient majoritairement tués par balle ou par lapidation, selon les crimes reprochés. Le condamné à mort, qui résidait dans le district d'Anjil, dans la province d'Hérat, dans l'ouest de l'Afghanistan, a été "reconnu par les héritiers du défunt" et a admis sa culpabilité, a assuré la même source.

Les nouveaux dirigeants du pays ont assuré que l'affaire avait été examinée de manière approfondie par différents tribunaux, avant que leur chef suprême Hibatullah Akhundzada n'entérine la sentence. "Cette affaire a été examinée de manière très précise", a affirmé le porte-parole des talibans.

L'ONU est opposée à la peine de mort

Porte-parole d'Antonio Guterres

Mi-novembre, Hibatullah Akhundzada avait ordonné aux juges d'appliquer tous les aspects de la loi islamique, notamment les exécutions publiques, les lapidations et les flagellations, ainsi que l'amputation de membres pour les voleurs. "Examinez soigneusement les dossiers des voleurs, des kidnappeurs et des séditieux", avait écrit dans un tweet le porte-parole des talibans citant Hibatullah Akhundzada. Pour "ces dossiers dans lesquels toutes les conditions de la charia (...) ont été remplies, vous êtes obligés d'appliquer" l'ensemble des sanctions prévues, avait-il poursuivi.

Première exécution reconnue publiquement

Les talibans ont procédé à plusieurs flagellations publiques depuis leur accession au pouvoir en août 2021, mais l'exécution de mercredi est la première qu'ils ont reconnue. Des rapports font également état de flagellations pour adultère dans les zones rurales après la prière du vendredi, mais il est difficile de les vérifier de source indépendante.

À leur retour au pouvoir, les talibans avaient promis de se montrer plus souples dans l'application de la charia, mais ils sont largement revenus à l'interprétation ultra-rigoriste de l'islam qui avait marqué leur premier passage au pouvoir. Ils punissaient alors en public les auteurs de vols, d'enlèvements ou d'adultères, de peines telles que l'amputation d'un membre et la lapidation.

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En réaction, l'ONU a exprimé, par la voix d'une porte-parole du secrétaire général Antonio Guterres, sa "profonde préoccupation""Notre position n'a jamais changé, l'ONU est opposée à la peine de mort (...). Alors, nous appelons au retour au moratoire sur la peine capitale dans le pays", a ajouté Stéphanie Tremblay. 

De son côté, Washington a déploré que les talibans ne tiennent pas leurs promesses avec leur exécution publique "odieuse". "Cela montre, selon nous, que les talibans cherchent à revenir à leurs pratiques rétrogrades et violentes des années 1990", a déclaré le porte-parole du département d'Etat américain, Ned Price, lors d'une conférence de presse.


F.R avec AFP

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