L'Afghanistan aux mains des talibans

Afghanistan : vingt ans après la destruction des Bouddhas géants, retour dans la vallée de Bâmiyân

La rédaction de LCI
Publié le 26 septembre 2021 à 20h36
JT Perso

Source : TF1 Info

L'essentiel

CULTURES - Classés au patrimoine mondial de l'humanité, les Bouddhas géants de Bâmiyân ont été détruits par les talibans en mars 2001. Vingt ans plus tard, les vestiges archéologiques sont toujours autant menacés.

Ils étaient des témoins de toute la richesse et de la diversité des différentes civilisations qui ont traversé l'Afghanistan. Aujourd'hui, il ne reste des Bouddhas géants de la vallée de Bâmiyân, taillés à même la falaise il y a 1500 ans, que deux gigantesques excavations rocheuses, vides. 

Le site archéologique de la première statue semble désormais à l'abandon et d'énormes fissures parcourent sa niche, témoignant de toute la fragilité de la voûte. "On essaie d’empêcher les gens d’y entrer avec des barrières, parce que c’est dangereux, des blocs de pierre peuvent tomber, tout peut s’effondrer", explique un des gardiens des Bouddhas. 

Un peu plus loin, le long de la façade vertigineuse truffée d’habitations troglodytes autrefois creusées par les moines et les ermites, un deuxième géant de pierre dominait la vallée. Ce site est, lui, mieux préservé. Des marches taillées à l’intérieur même de la falaise de grès permettent d'accéder au sommet. À 40 mètres de hauteur cependant, la niche présente aussi de dangereuses fractures. 

Des vestiges archéologiques pour le moment protégés par les talibans

Les Bouddhas de Bâmiyân étaient pourtant un inestimable vestige du patrimoine universel. Ces deux statues, de 55 et de 38 mètres de haut, dataient du Vᵉ siècle de notre ère. Mais pour les talibans, ces représentations humaines étaient insupportables. Ils les détruisirent en 2001 à coups de canons et d'explosifs. Vingt ans plus tard, le discours a changé, mais rien n'assure que les vestiges seront préservés, malgré l'espoir de l'Unesco de tenter de reconstituer les statues. 

"Le site, nous le protégeons pour l'instant. Par la suite, nous suivrons les ordres de nos chefs", déclare Moussa Nasrat, le commandant taliban devenu gouverneur de la province de Bâmiyân. Difficile, donc, de croire que les talibans vont se transformer en protecteurs des trésors culturels afghans, tant leur doctrine leur interdit toute ouverture vers des horizons non inspirés par l'islam fondamentaliste.

La population locale, les Hazaras, a d'ailleurs, elle aussi, eu à souffrir de la domination talibane. La statue d'un de ses leaders a été détruite le mois dernier et la confiance dans le nouveau régime est très limitée, comme le confirme un jeune résidant de la ville de Bâmiyân. 

"Certains leaders talibans disent de mauvaises choses sur les Hazaras, parce que nous sommes chiites. Certains disent par exemple que nous ne serions pas d’Afghanistan", témoigne-t-il, assurant avoir peur du nouveau régime. Autrefois située sur la route de la soie, la vallée de Bâmiyân reliait, fut un temps, les civilisations entre elles. Elle craint maintenant de voir s’abattre une nouvelle chape de plomb sur le pays.