Mali : la France met fin à une décennie de présence militaire

Mali : succès antijihadiste ou massacre de civils, que s'est-il passé à Moura ?

La rédaction de TF1info
Publié le 6 avril 2022 à 6h39
JT Perso

Source : TF1 Info

Human Rights Watch dénonce l'exécution sommaire de 300 civils par des soldats maliens.
Bamako dit avoir "nettoyé" une zone où sévissent des groupes proches d'Al-Qaïda.
La junte s'est récemment détournée de la France au profit de la Russie.

Haut fait de l'armée malienne en reconquête ou massacre de civils sans précédent au nom du combat antidjihadiste ? Deux versions diamétralement opposées s'affrontent sur les évènements survenus fin mars à Moura, dans le centre du Mali, l'un des principaux foyers des violences sahéliennes et un terrain privilégié de groupes affiliés à Al-Qaïda.

L'armée a mené, du 23 au 31 mars, une opération de "grande envergure" dans cette localité de plusieurs milliers d'habitants, tuant 203 djihadistes, a indiqué l'état-major dans un communiqué diffusé le 1er avril. Les forces maliennes déclarent avoir procédé "aux nettoyages systématiques de toute la zone" c'est-à-dire trié et identifié des "terroristes" dissimulés dans la population. Selon l'armée, 51 ont été capturés.

"Des militaires noirs et blancs"

Mais un rapport de Human Rights Watch (HRW) conteste cette version des faits. D'après l'ONG, l'armée malienne, aidée de combattants étrangers - présumément des mercenaires du groupe russe Wagner - est responsable de l'exécution sommaire de 300 civils. Les soldats maliens et des étrangers blancs seraient arrivés le 27 mars, jour de marché aux bestiaux. HRW, citant des témoins, rapporte que des djihadistes se trouvaient dans la foule pour leurs propres affaires, dans une localité quasiment passée, comme d'autres, sous leur coupe, quand les soldats ont fait leur apparition.

Un témoin direct a dit à l'Agence France-Presse avoir vu surgir quatre hélicoptères avec "plus d’une centaine de militaires noirs et blancs". "Il y a eu rapidement des exécutions", a-t-il dit, "presque tous des civils. Il n'y avait presque pas de djihadistes". Un combattant blanc passait en revue des hommes arrêtés et faisait sonner un appareil devant certains : "Dès que l’appareil faisait bip devant quelqu’un, on le tuait. Je n’ai jamais vu autant de morts. Il y en a eu plus de 350", a-t-il déclaré.

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Selon HRW, après les affrontements initiaux du 27 mars, les soldats ont capturé des centaines d'hommes et les jours suivants, ils auraient exécuté par balles et par petits groupes des dizaines de captifs. "Sur plusieurs jours, il y a eu des attaques, des tueries, des morts", a déclaré un aide-soignant d'un centre de santé local, "les civils sont les plus nombreux" à avoir été tués.

La France, les États-Unis et la Commission malienne des droits de l'Homme se sont dits préoccupés par ces révélations, appelant à une enquête indépendante sur ces exactions. L'état-major malien évoque, lui, des "allégations infondées" visant à "ternir l'image" de l'armée. Bamako a toujours démenti le recours aux mercenaires russes de Wagner et met en exergue le partenariat ancien avec l'armée russe, ravivé ces derniers mois à mesure que les tensions entre la junte et la France montaient jusqu'à l'annonce du retrait des forces françaises engagées au Mali dans le cadre de l'opération Barkhane, annoncé mi-février.


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