Animaux de compagnie

Bouledogues anglais et Cavaliers King Charles : pourquoi la Norvège interdit-elle leur élevage ?

Charlotte Anglade
Publié le 4 février 2022 à 9h14, mis à jour le 27 juin 2022 à 14h33
L'élevage de Cavaliers King Charles et de Bouledogues anglais a été interdit, sur décision de justice, en Norvège.

L'élevage de Cavaliers King Charles et de Bouledogues anglais a été interdit, sur décision de justice, en Norvège.

Source : iStock

Le tribunal d'Oslo a décidé lundi d'interdire l'élevage de Bouledogues anglais et de Cavaliers King Charles en Norvège.
Il a estimé que cela contrevenait à la loi norvégienne sur la protection des animaux.
Il avait été saisi quelques mois auparavant par une association de défense des animaux norvégienne.

Réputés pour être dociles et affectueux, ils seraient le produit de la cruauté humaine. La Norvège a interdit, suite à la décision du tribunal d'Oslo lundi, l'élevage sélectif de Bouledogues anglais et de Cavalier King Charles. Le juge a estimé que cela contrevenait à la loi norvégienne sur la protection des animaux, ces races de chiens étant toutes deux sujettes à des problèmes de santé dus à l'élevage sélectif.

Nos chiens [ont] été victimes de trahison systématique et organisée. Aujourd'hui, il a été confirmé que c'est illégal

Animal Protection Norway

L'affaire a été portée en novembre 2021 devant les tribunaux par le groupe de défense des droits des animaux Animal Protection Norway. "La loi sur la protection des animaux vise à protéger les animaux contre les actions irrationnelles des humains. Nous ne pouvons plus rester assis et regarder la loi norvégienne être enfreinte systématiquement", écrit-elle sur son site.

Les avocats représentant l'association ont plaidé cette interdiction en affirmant qu'en raison de l'histoire de l'élevage sélectif dans le pays, aucun des animaux vivant actuellement en Norvège ne peut être considéré comme "sain". Par conséquent, aucun ne peut selon eux être utilisé de manière éthique à des fins de reproduction.

À l'annonce de cette victoire, l'association a estimé dans un communiqué que cette décision historique était "d'abord et avant tout une victoire pour nos chiens". "Nos chiens [ont] été victimes de trahison systématique et organisée. Aujourd'hui, il a été confirmé que c'est illégal", a-t-elle ajouté.

La Norvège ferait mieux d'encourager les éleveurs sérieux, plutôt que de les pénaliser.

Roger Madec, président du Club des Épagneuls nains anglais

"C'est une ineptie. Il y a des pathologies dans toutes les races", réagit auprès de LCI Roger Madec, éleveur de Cavaliers King Charles depuis 30 ans et président du Club des Épagneuls nains anglais. "Nous sommes entièrement solidaires avec les éleveurs norvégiens. La Norvège ferait mieux d'encourager les éleveurs sérieux, plutôt que de les pénaliser", poursuit-il en affirmant que grâce aux efforts des éleveurs les plus scrupuleux, l'espérance de vie des Cavaliers est passée "de 6 à 7 ans" dans les années 80 à "14-15 ans" aujourd'hui. "Le club a, depuis les années 2000, une politique assez active en ce qui concerne la santé des Cavaliers. Il encourage les éleveurs à faire des échographies cardiaques, des dépistages oculaires..."

"Il faut faire une différence entre les éleveurs qui respectent leurs chiens et produisent correctement et ceux qui entassent les animaux dans des cages et les font se reproduire presque jusqu'à ce que mort s'en suive", insiste encore Roger Madec, qui regrette le manque de contrôles dans les élevages. "Pour être éleveur, il suffit de passer un examen qui n'est pas très compliqué à obtenir. Et une fois qu'il l'a obtenu, un éleveur fait un peu ce qu'il veut. Il y a encore du travail."

Le Cavalier King Charles, un chien à la tête trop pleine

Originaire de Grande-Bretagne, le Cavalier King Charles tient son nom du roi Charles II d’Angleterre, qui a régné au XVIIe siècle et dont il était l’animal de compagnie favori. Au fil du temps, il a été croisé avec des Pékinois et des Carlin, jusqu'à être reconnu comme une race à part entière en Grande-Bretagne en 1928.

À l'heure actuelle, le propriétaire d'un Cavalier King Charles peut espérer vivre en sa compagnie entre 10 et 14 ans... En comptant en général quelques passages en urgence chez le vétérinaire. Une majorité de chiens souffrent en effet de syringomyélie, liée à une inadéquation entre le volume de la boite crânienne et son contenu. Trop à l'étroit, le cervelet est repoussé au travers de l’orifice faisant la jonction entre la boite crânienne et la colonne vertébrale. Cela peut entraîner des démangeaisons, des pertes d'équilibres, voire une paralysie partielle.

Les Cavaliers sont aussi nombreux à souffrir d'otites et de sécheresse oculaire. Enfin, la race est aussi prédisposée à des pathologies cardiaques qui peuvent entraîner une insuffisance. L’endocardiose mitrale est ainsi une maladie cardiaque répandue chez le Cavalier King Charles. Elle peut entraîner une mort assez rapide.

Lire aussi

Les Bouledogues anglais, des molosses au cœur fragile

Aujourd'hui connu comme un chien d'appartement un peu pataud, le Bouledogue anglais était utilisé au Moyen-Âge lors de combats les opposants à des taureaux au Royaume-Uni. Ce chien trapu se devait à l'époque d'être robuste et féroce. Mais avec l'interdiction de ce "sport" à la fin du XIXe siècle, certains passionnés ont progressivement modifié génétiquement cette race pour adoucir son caractère et perfectionner son physique.

Aujourd'hui, les Bouledogues anglais sont des chiens particulièrement fragiles, dont l'espérance de vie est comprise entre 8 et 10 ans seulement. En raison de leur museau court et de la forme de leur crâne, ils sont notamment sujets à de graves problèmes respiratoires. Ces chiens sont aussi susceptibles d'être touchés par des anomalies du rythme cardiaque, pouvant mener à des syncopes à répétition. Les spécimens issus de cette race sont par ailleurs nombreux à souffrir de problèmes digestifs, parmi lesquels figurent flatulences et reflux.


Charlotte Anglade

Tout
TF1 Info