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VIDÉO - Après un an de conflit, l'Éthiopie toujours au bord de la guerre civile

TF1 | Reportage L. Hauben, M. Demarque
Publié le 28 novembre 2021 à 20h00
JT Perso

Source : JT 20h WE

MENACE - En Éthiopie, une guerre oubliée est peut-être sur le point de basculer : la capitale Addis-Abeba est menacée par les rebelles de la région du Tigré. Tandis que les ONG dénoncent des massacres, la France a demandé à ses ressortissants de quitter le pays.

Très peu d'images des violents combats qui se déroulent en Éthiopie ne circulent, mais les ONG alertent régulièrement sur des crimes contre l'humanité. Le rapport de force entre les forces gouvernementales et les factions dissidentes s'est inversé, un an après le début du conflit qui secoue ce pays de la Corne d'Afrique. 

La guerre a démarré au Tigré en novembre 2020 lorsque le Premier ministre éthiopien Ahmed Abiy y a envoyé l'armée fédérale pour destituer leurs autorités, accusées de défier son autorité. Mais désormais, des milliers de prisonniers éthiopiens, sûrement des soldats de l'armée régulière et du personnel de l'administration, seraient aux mains des rebelles tigréens.

C'est ce que laissent à penser en tout cas des images saisissantes tournées par le Front de Libération du Tigré, qui montrent des colonnes de milliers d'hommes assis dans une plaine, des rangées qui s'étendent à perte de vue. Il est impossible de savoir si ces personnes présentes dans la vidéo, reprise dans le reportage du 20H de TF1 en tête d'article, ont été maltraitées.  

La traque des Tigréens s'intensifie à Addis-Abeba

Les dissidents tigréens, venus du Nord du pays, avancent vers la capitale Addis-Abeba, au centre de l'Éthiopie. Ils en seraient aujourd'hui à moins de 200 kilomètres selon leurs déclarations, mais les communications sont coupées dans les zones de combats et l'accès des médias indépendants y est restreint, rendant difficile toute vérification de l'information. Selon la correspondante de TF1 sur place, Marie Demarque, l'ombre du conflit pèse toutefois sur la ville et le risque de guerre civile commence à se faire sentir. 

"Dans les rues d’Addis-Abeba, la vie semble suivre son cours normalement sauf pour les Éthiopiens d’origine tigréenne, ciblés par les forces de sécurité", rapporte la journaliste. "Amnesty International parle de centaines, voire de milliers de prisonniers." Dans les artères de la ville, les contrôles sont désormais effectués par des milices composées de simples citoyens volontaires. La menace est telle que les Tigréens se cachent : un nom, un lieu de naissance sur leur papier d’identité suffisent pour se faire identifier et arrêter. 

"Les gens sont capturés dans leur maison, dans la rue, au café, et même à l'église", raconte à visage couvert une jeune femme. Elle a déjà échappé de justesse à plusieurs arrestations. "Ce qui est terrible, c'est que des voisins, des amis, des proches qui ne sont pas Tigréens se sont mis à nous dénoncer à la police", glisse-t-elle.

"Personne ne sait ce qu'il peut se passer"

Les autorités gouvernementales s'apprêtent déjà à riposter si les rebelles venaient à marcher sur la ville. Le Premier ministre a déclaré samedi 27 novembre dans une vidéo, affirmant le montrer sur le champ de bataille, que l'armée allait "détruire" les dissidents tigréens. Son départ au front, annoncé cette semaine, avait suscité le soutien d'artistes et d'athlètes, dont le légendaire marathonien Haile Gebreselassie. "Vous êtes en train de complètement détruire l'ennemi, il n'y a pas de retour en arrière sans victoire", a déclaré Abiy Ahmed à l'attention de l'armée, dans une vidéo de 34 minutes postée sur Twitter. 

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Dans la capitale, la situation est de plus en plus tendue. La plupart des expatriés font désormais leur valise. "Personne ne sait ce qu'il peut se passer", confie l'un d'eux, un Français. La communauté internationale s'inquiète en effet de la récente escalade du conflit et plusieurs États, dont la France, les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne et l'Italie, ont appelé leurs citoyens à quitter l'Éthiopie.

Une guerre sans image donc, malgré ces milliers de morts, ces deux millions de déplacés et ces milliers de victimes d’une terrible famine, conséquence de ce conflit presque invisible pour le reste du monde. Selon l'ONU, 9,4 millions de personnes souffrent de la faim dans trois régions éthiopiennes, dont le Tigré.


TF1 | Reportage L. Hauben, M. Demarque

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