Arabie Saoudite : qui est Loujain al-Hathloul, cette militante féministe libérée après trois ans de prison ?

Thomas Guien
Publié le 11 février 2021 à 14h10, mis à jour le 11 février 2021 à 17h37
JT Perso

Source : JT 20h WE

PORTRAIT - La militante saoudienne des droits humains Loujain al-Hathloul a été libérée mercredi après quasiment trois années passées en prison. La fin d'un long calvaire pour cette militante de longue date.

"Loujain est à la maison !!!". C'est sur Twitter que Lina al-Hathloul a annoncé mercredi la fin du calvaire en Arabie Saoudite de sa sœur, la militante Loujain al-Hathloul. Après "1.001 jours passés en prison", cette dernière a été libérée par les autorités. Une décision saluée par plusieurs chancelleries, tant le sort de cette féministe avait ému il y a trois ans. 

Âgée de 31 ans, Loujain al-Hathloul est en effet une figure bien connue de la défense des droits de la femme dans le royaume ultraconservateur. Et ce, depuis de longues années. Déjà en 2014, cette Saoudienne familière des réseaux sociaux avait déjà été arrêtée et placée en détention pour avoir tenté d'entrer en Arabie saoudite au volant d'une voiture en provenance des Émirats Arabes Unis. Elle en était sortie 73 jours plus tard, après une campagne internationale. Un premier fait d'arme guère surprenant : à l'époque, la jeune femme est de retour au pays après plusieurs années en Occident, où est né son désir de changement.

Des études en France

Elle n'a en effet que 5 ans quand elle arrive à Toulon, dans le Var. Son père, militaire, supervise alors un projet entre la marine française et la marine saoudienne. La fillette découvre alors l'école française, où elle est scolarisée en primaire. Après son lycée, elle s'envole au Canada pour étudier la littérature française à Vancouver. En parallèle, son activisme lui prend de plus en plus de temps : elle est élue présidente de l’organisation des étudiants arabes, et milite dans des associations caritatives. Sur Internet, elle publie des vidéos humoristiques pour critiquer le sort réservé aux femmes en Arabie Saoudite, où les hommes ont un droit de tutelle sur leurs épouses.

En 2013, alors que de nombreuses saoudiennes plaident pour une autorisation de conduire elles-mêmes leurs voitures, Loujain al-Hathloul rentre à Ryad. Et se laisse filmer par son père, volant en main, au retour de l'aéroport. La vidéo n'est pas du goût des autorités, qui la convoquent… Dans la foulée, elle part travailler aux Émirats. Jusqu'à son retour en 2014 au volant, et ses 73 jours de détention. Après avoir tenté de se présenter aux municipales en 2015 et des pétitions pour demander la fin de la tutelle masculine en 2016, elle retourne en France pour un master en sociologie à la Sorbonne. Jusqu'à ce 13 mars 2018, où elle est kidnappée et rentre via un jet privé à Ryad. Elle est d'abord assignée à résidence. Puis débute un nouveau chapitre, derrière les barreaux : elle est arrêtée, avec d'autres militantes, en mai 2018, peu avant la levée de l'interdiction de conduire faite aux Saoudiennes, pour "tentative de déstabilisation du royaume".

Grève de la faim et harcèlement sexuel

Au fil des mois, sa famille affirme qu'elle est victime en détention de harcèlement sexuel et de torture. La militante a raconté, selon sa famille, que l'ancien conseiller royal, Saoud al-Qahtani, avait menacé de la violer et de la tuer, ce qui nient vigoureusement les autorités. Celles-ci avaient proposé de libérer la militante en échange d'un témoignage vidéo dans lequel elle nierait avoir été torturée et victime de harcèlement sexuel en prison, selon sa famille, précisant qu'elle avait refusé ce "marché". En 2020, elle avait observé une grève de la faim après s'être vue refuser le droit d'appeler ou de rencontrer ses proches pendant des mois, selon son entourage. Elle y avait mis fin après que ses parents ont pu finalement lui rendre visite. Loujain al-Hathloul a obtenu le Prix Liberté décerné par un jury international de 5.500 jeunes, en octobre 2020 à Paris. Une récompense qu'elle pourra récupérer ces prochains jours, elle qui est désormais libre. À la grande satisfaction des Occidentaux.

Le Canada, qui avait déclenché une crise diplomatique avec l'Arabie saoudite après avoir dénoncé des arrestations de défenseurs saoudiens des droits humains en 2018, s'est dit de son côté "très soulagé" de cette libération. À Washington, le président Joe Biden s'est félicité de cette nouvelle, déclarant : "Elle était une importante militante des droits des femmes et la libérer était la chose à faire". L'élection du nouveau président américain a "beaucoup contribué" à cette libération, selon l'entourage de la jeune femme. En France, le président Emmanuel Macron a tweeté : "Je me réjouis de la libération de Loujain al-Hathloul et partage le soulagement de sa famille". Il avait appelé à sa libération le 8 mars 2019. Pour autant, la jeune femme n'est pas totalement tirée d'affaires: "Loujain est à la maison, mais elle n'est pas libre. Le combat n'est pas terminé", a affirmé mercredi sa sœur. Elle reste en liberté conditionnelle pour trois ans et ne peut quitter l'Arabie saoudite pendant cinq ans.


Thomas Guien

Tout
TF1 Info