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Guerre en Ukraine : attaquer une centrale nucléaire, "une première mondiale"

Charlotte Anglade
Publié le 4 mars 2022 à 14h35
JT Perso

Source : TF1 Info

Des chars russes ont tiré dans la nuit de jeudi à vendredi sur la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia.
Ludovic Dupin, porte-parole de la société française d'énergie nucléaire, a répondu à nos questions concernant la portée du risque de tels tirs.

La tension monte encore d'un cran. Dans la nuit de jeudi à vendredi, un incendie s'est déclaré dans la plus grande centrale nucléaire d'Europe, celle de Zaporijjia, en Ukraine, suite à des bombardements. Selon Kiev, des tirs de chars russes présents sur la centrale ont mis le feu à un bâtiment consacré aux formations et à un laboratoire. L'incendie a pu être maîtrisé et le risque de radiations écarté. Cependant, et alors que la situation sur place est toujours incertaine, les autorités nucléaires prennent cet incident très au sérieux.

Lors d'une conférence de presse organisée en urgence à Vienne (Autriche) ce vendredi, le directeur général de l'agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) Rafael Grossi a estimé que "cela aurait pu être dramatique". "Nous ne devons pas attendre qu’une catastrophe arrive avant d’essayer d’y répondre de manière efficace", a-t-il ajouté, se disant prêt à se rendre à Tchernobyl pour des discussions entre les deux parties. Une catastrophe nucléaire a-t-elle donc été évitée de peu ? Ludovic Dupin, porte-parole de la société française d'énergie nucléaire (SFEN) nous répond.

L'arrivée des soldats russes anticipée par la direction de la centrale

"Rafael Grossi a raison d'être alarmiste", estime Ludovic Dupin. "Tirer dans l’enceinte d’une centrale nucléaire est anormal. C'est une première mondiale", ajoute-t-il. "Cependant, nous étions en réalité très loin d'un accident nucléaire", assure le porte-parole de la SFEN. La centrale de Zaporijjia avait en effet été soumise à un dispositif de sûreté à l'approche des troupes russes. Tandis qu'un de ses 6 réacteurs était en maintenance, 4 ont été arrêtés par précaution et le dernier fonctionnait à 60% de ses capacités. "Dans les années 1990 en Yougoslavie, il y a eu une guerre où des centrales nucléaires ont été prises dans des zones de conflit. Depuis, on a mis en place des procédures qui consistent à arrêter les réacteurs ou à les mettre en fonctionnement très réduit" dans ces moments là,  explique Ludovic Dupin.

Des infrastructures pensées pour résister aux menaces extérieures

De plus, indique-t-il, "une centrale est conçue pour résister à des agressions externes". Le cœur du réacteur est contenu dans une cuve en acier de plusieurs centimètres d'épaisseurs, entourée d'épais murs de béton. En outre, de nombreux bâtiments auxiliaires protègent le réacteur dans la centrale en formant des obstacles.

"Dans les années 2000, après les attentats du World Trade Center, on s’est préoccupé de savoir si les réacteurs pouvaient résister à des chutes d’avions. Des audits ont été faits partout dans le monde et il s'est avéré que les centrales étaient assez robustes en Europe. Les technologies qui se trouvent en Ukraine sont des technologies russes. Ces réacteurs, des VVER, sont présents partout dans le monde et plutôt à la pointe de la technologie. Donc on peut imaginer qu’ils ont aussi une bonne résistance", affirme Ludovic Dupin.

Guerre, quels risques pour les centrales nucléairesSource : TF1 Info
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Un risque incomparable avec Tchernobyl

"Même si l’enceinte en béton avait été affectée, il y a tellement de mesures de sûreté qu’avant d’endommager le réacteur et d’avoir un incident grave, il y a encore des étapes", rebondit Ludovic Dupin. De plus, explique-t-il, alors que certains craignent "un nouveau Tchernobyl", "Tchernobyl et Zaporijjia ne sont pas comparables car ce sont deux technologies différentes". Quand l'une utilisait le graphite, qui a pour propriété d'être très inflammable, l'autre utilise, comme la quasi-totalité des centrales dans le monde désormais, une technologie utilisant de l'eau pressurisée. "La centrale de Zaporijjia ne peut pas exploser. Le cœur du réacteur peut éventuellement fondre s’il n’est plus alimenté en eau. Cela engendrerait alors un dégagement de matière radioactive dans l’atmosphère, mais pas une émission brutale de matière radioactives", assure le membre de la SFEN.

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Enfin, fait remarquer Ludovic Dupin, "la centrale est maintenant sous le contrôle des Russes, donc il n’y a plus de raison qu’ils tirent dessus". "Les Russes, si leur but est bien d’envahir l’Ukraine, ont besoin des infrastructures existantes. Ils ont besoin d'eau, d'électricité, de routes… Ils n’ont aucune raison de rendre cette centrale non opérationnelle", dit-il.


Charlotte Anglade

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