Avec des grèves en pagaille, la crainte d'un Noël chaotique au Royaume-Uni

TG
Publié le 15 décembre 2022 à 17h59

Source : Sujet TF1 Info

De nombreux mouvements sociaux, débutés dans le sillage de la hausse des prix, perturbent le mois de de décembre des Britanniques.
La situation pourrait empirer à l'approche des fêtes de fin d'année.

Du jamais vu en 106 ans d'existence. Pour la première fois de leur histoire ce jeudi, les infirmières britanniques se sont mises en grève. Un mouvement inédit, mais avant tout révélateur du contexte social au Royaume-Uni où, au fil des semaines, la grogne gagne du terrain face à l'inflation. Au point de faire peser un risque sur les fêtes de fin d'année. 

Infirmières, donc, mais aussi employés du train, de la logistique, agents de sécurité de l'Eurostar et de la police aux frontières… Pas un jour ne passe sans qu'un pan de l'économie britannique ne tourne au ralenti. Le calendrier jusqu'au 31 décembre ? Au moins une grève par jour. La secrétaire d'État à la Santé et ancienne infirmière Maria Caulfield a ainsi indiqué sur Sky News jeudi que quelque 70.000 rendez-vous médicaux et opérations allaient être perdus en Angleterre en raison du mouvement.

"Cela va avoir des répercussions négatives sur la vie des gens"

Au centre des débats : l'inflation. À plus de 11%, elle frappe de plein fouet le pouvoir d'achat des ménages, alimentée par les prix de l'énergie, notamment sous l'effet de l'invasion russe en Ukraine. Les infirmières réclament par exemple à l’État une hausse des salaires de plus de 17% pour rattraper des années de disette. Une demande jugée "inabordable" par le gouvernement. Dans les transports ferroviaires, le syndicat RMT a refusé une proposition d'augmentation de 8% sur deux ans, la jugeant insuffisante face à la hausse des prix.

Devant cette poudrière sociale, le gouvernement refuse de tendre la main aux syndicats, arguant de la situation délicate des finances publiques du pays et le risque de voir les augmentations de salaires nourrir l'inflation. Et il a mobilisé l'armée pour remplacer les grévistes dans certains secteurs. "Je pense que nous avons une approche juste et raisonnable", a estimé sur la BBC le Premier ministre Rishi Sunak, dont le gouvernement est en berne dans les sondages. "Je demanderais aux responsables syndicaux (...) de mettre fin aux perturbations, surtout en période de Noël. Cela va avoir des répercussions négatives sur la vie des gens".

Un nouvel "hiver du mécontentement" ?

Problème : Noël, justement, pourrait être un atout dans la manche des grévistes. Les trains Eurostar entre la Belgique, la France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni risquent en effet d'être perturbés par un débrayage d'agents de sécurité pendant les fêtes. Même crainte dans les airs, puisque le syndicat majoritaire a lancé un appel à la grève pour les agents de la police aux frontières de plusieurs aéroports britanniques, laissant augurer d'importantes perturbations à Heathrow et Gatwick pendant les vacances de fin d'année. Sans avion ni train, ceux qui auront recours à leur voiture pour rejoindre leur famille pourraient ne pas être épargnés : des agents autoroutiers vont en effet débrayer entre le 16 décembre et le 7 janvier, ce qui pourrait immobiliser le pays.

Pour tenter de combler les brèches, le gouvernement a d'ores et déjà prévenu que l'armée allait être appelée à la rescousse. "Ces grèves récurrentes vont perturber tout le monde, et cela inclut notre personnel militaire qui devra, malheureusement, se mobiliser et remplir certaines des fonctions vitales" du pays, a déclaré un porte-parole du Premier ministre Rishi Sunak.

Devant cette guerre d'usure entre le gouvernement et les syndicats, les médias britanniques, eux, évoquent déjà un nouvel "hiver du mécontentement". Une référence aux grèves massives qui avaient secoué le pays à la fin des années 1970 et fait perdre l'équivalent de plusieurs dizaines de millions de jours de travail à l'économie britannique. Environ 417.000 jours de travail ont d'ores et déjà été perdus sur le seul mois d'octobre en raison de conflits sociaux, soit le niveau "le plus élevé depuis novembre 2011", a indiqué cette semaine l'Office national des statistiques (ONS).


TG

Tout
TF1 Info