Coronavirus : l'impact économique de la pandémie

Avec le confinement, la pollution de l'air baisse dans plusieurs grandes villes d’Europe

Richard Duclos
Publié le 17 avril 2020 à 7h45, mis à jour le 17 avril 2020 à 11h52
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Source : JT 20h WE

ENVIRONNEMENT - A Paris, Madrid, Milan ou encore Rome, les concentrations de dioxyde d'azote, un gaz principalement émis par les véhicules et les centrales thermiques, et qui cause 68.000 décès prématurés par an dans l'Union européenne, ont chuté ce dernier mois. A l’origine de ce phénomène : le confinement mis en place pour lutter contre le coronavirus.

L’information est présentée partout comme l’une des bonnes nouvelles du coronavirus, l’un des quelques impacts positifs de la pandémie. En Europe, avec la mise en place de mesures de confinement dans tous les pays ou presque, les concentrations de dioxyde d’azote (NO2) ont baissé de façon spectaculaire. 

Du 13 mars au 13 avril 2020, les concentrations de ce gaz produit principalement par les véhicules et les centrales thermiques  ont reculé de 54% à Paris, de 49% à Rome, de 48% à Madrid et de 47% à Milan, selon l'Agence spatiale européenne, comparé aux moyennes enregistrées en mars/avril 2019 – à noter que ces données comportent une marge d'erreur de plus ou moins 15%. 

Ces fortes baisses "coïncident avec les mesures de quarantaine strictes mises en place à travers l'Europe", selon un communiqué de l’ASE. "Cette réduction est remarquable", relève Simonetta Cheli, experte de l'Agence spatiale européenne.

L'agence s'est concentrée dans un premier temps sur ces villes grâce à des données satellites "sans nuages et en général avec des impacts climatiques moins importants" que dans d'autres régions qui peuvent avoir un impact sur les mesures de NO2. Celui-ci, gaz entraînant une inflammation importante des voies respiratoires, est un polluant avec une durée de vie courte, ce qui en fait un bon indicateur de l'intensité des activités humaines.

Record de pureté à Paris

Les cartes publiées par l’ASE s'appuient sur les travaux de l'Institut météorologique royal des Pays-Bas, qui prévoit de publier d'autres données concernant des pays d'Europe du Nord. "Nous ne sommes pas certains que cela évoluera de la même manière dans les pays du Nord où le confinement a été géré différemment qu'en France, en Espagne et en Italie", indique Simonetta Cheli. "Les nuages et la météo peuvent aussi avoir un fort impact sur les mesures", ajoute-t-elle.

A Paris, une nette amélioration de la qualité de l’air avait pu être observée dès la première semaine après la mise en place du confinement, selon des données publiées le 25 mars par Airparif. L'organisme chargé d'évaluer la pollution atmosphérique dans la capitale notait alors une pureté record en 40 ans de mesures. 

En revanche, l’impact du confinement sur les particules fines était moindre, en partie parce que des activités comme les activités agricoles n’ont pas été interrompues. Trois semaines après, même constat : les particules fines sont toujours présentes, notamment parce que les températures sont plus élevées. Or, la météorologie joue un rôle dans la concentration de ces particules.

Pas d'impact à long terme

La diminution des concentrations de dioxyde d'azote, bien visible quant à elle, pourra-t-elle avoir un effet sur le long terme sur le changement climatique ? Malheureusement non, expliquent les experts. "Ce n'est pas une diminution temporaire des émissions qui compte, mais une diminution continue et durable", a ainsi expliqué à franceinfo Christian Cassou, climatologue au CNRS. 

Surtout, ce type de baisse est généralement éphémère, comme l’a rappelé sur Twitter François Gemenne, chercheur et membre du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). ”Les émissions ont toujours tendance à rebondir, après une crise. On le voit déjà en Chine, on l'a vu après la crise de 2008-2009”.  

En Chine en effet, où une baisse de la pollution similaire a rapidement pu être observée, la pollution au dioxyde d’azote repart déjà à la hausse. Les millions de tonnes d’émissions évitées pendant l’épidémie pourraient être regagnées en un clin d’œil une fois celle-ci derrière nous, précise de fait Sandrine Mathy, économiste de l’environnement au Laboratoire d’économie appliquée de Grenoble auprès de 20 Minutes. Les usines surtout, une fois la crise sanitaire passée et le confinement levé, pourrait bien mettre les bouchés doubles pour compenser au mieux les pertes après les fermetures prolongées.

Autre problème : la crise du coronavirus pourrait détourner l’attention de la crise climatique, surtout avec si l’on pense – à tort – que l’épidémie actuelle est une chance pour la planète. La ministre de la Transition écologique et solidaire, Elisabeth Borne, se veut à ce propos rassurante : "La crise que nous traversons, en dépit de sa violence, ne remet pas en cause les priorités du gouvernement en matière de transition écologique et de décarbonation des différents secteurs économiques", a-t-elle déclaré jeudi 16 avril devant la commission du développement durable de l'Assemblée nationale.


Richard Duclos

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