Explosion à Beyrouth : le Liban toujours meurtri

Beyrouth : qui était Jean-Marc Bonfils, l’architecte français décédé dans les explosions ?

Publié le 6 août 2020 à 0h54
JT Perso

Source : TF1 Info

VICTIME - L'architecte franco-libanais Jean-Marc Bonfils est mort dans les explosions à Beyrouth. L’un de ses proches témoigne pour LCI.

La première victime française de la tragédie de Beyrouth a été identifiée. Alors que subsistaient des doutes sur son sort, l’un de ses amis, Ghassan Hajjar, a confirmé ce mercredi soir sur LCI le décès de l'architecte Jean-Marc Bonfils, qui a perdu la vie lors des explosions meurtrières ayant endeuillé la capitale libanaise mardi 4 août. 

Né à Beyrouth en 1963, cet homme - également ressortissant du Pays du Cèdre - se trouvait chez lui lorsque sont survenues les détonations. Selon le quotidien L’Orient-Le Jour, Jean-Marc Bonfils filmait l’incendie en direct sur Facebook depuis le quartier de Mar Mikhaël, qualifié de cœur battant de la ville, lorsqu’il a été emporté par la deuxième explosion. 

"Une belle âme, un homme brillant"

"Il est décédé dans son appartement, dans un immeuble qu’il avait conçu lui-même et pour lequel il avait obtenu un prix international", raconte Ghassan Hajjar, ému, évoquant "une belle âme, un homme brillant, un architecte de renom au Liban". De fait, si son nom n'était pas forcément connu de tous, ses réalisations beyrouthines sont pour le moins réputée. 

La plus connue : l'"East Village Building" (voir ci-dessous), une résidence multi-récompensée située non loin de Gemmayzé - un autre quartier vivant de Beyrouth, tout près du port. Un édifice futuriste imaginé à la tête de son cabinet d'architecture, Jean-Marc Bonfils and Associates, dont le site recense l'essentiel des ouvrages depuis 2006, année de sa création. 

Prolifique, couronné de lauriers à la tête de sa propre société, le "quinqua" aux cheveux grisonnants fut par ailleurs conférencier à l'Académie libanaise des beaux-arts (Alba), mais aussi membre de la Fondation nationale pour le patrimoine. Un thème qui lui était cher.

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Signe de cette réputation dans le pays, Jean-Marc Bonfils fut un temps le conseiller d’un ancien ministre libanais de la Culture, rappelle le magazine L’Agenda Culturel, qui l’avait interviewé pour un portrait. Un entretien lors duquel celui qui étudia à Paris et à Londres parlait de Beyrouth comme "une ville de paradoxes et de paradigmes, de différentes réalités qui se rencontrent et se séparent".

La France et le Liban sont unis dans le chagrin de sa mort"

Roselyne Bachelot à propos de Jean-Marc Bonfils

Un amoureux de la capitale côtière dont la ministre française de la Culture, Roselyne Bachelot, a tenu à saluer la mémoire mercredi soir. "Je rends hommage à son œuvre majeure, telle  la restauration d’immeubles patrimoniaux détruits par la guerre du Liban", a-t-elle écrit sur Twitter."La France et le Liban sont unis dans le chagrin de sa mort."

Une issue tragique

Ce chagrin, Ghassan Hajjar a fini par le ressentir après des heures à tenter de ne pas perdre espoir. "J’ai essayé de le joindre, ma femme aussi, à plusieurs reprises, mais sa ligne était coupée", poursuit-il, détaillant ces derniers instants avant l'issue tragique. "J’ai décidé d’aller sur place avec un ami, de me rapprocher du lieu où se trouvait son appartement. On s’est approché à un kilomètre de son immeuble, on s’est garé plus loin, puis on a marché dans les décombres d’un paysage apocalyptique."

Explosions à Beyrouth : que s’est-il passé exactement ?Source : JT 20h Semaine

"Sur place, il y avait ce qu’on appelle ici la défense civile, qui sont en fait des pompiers", explique-t-il. "Je leur demande s’ils ont été dans cet immeuble et ils me disent avoir déjà 'ratissé'. J’insiste un peu et leur explique que nous sommes sans nouvelles, que sa ligne est coupée, et ils acceptent de remonter. Là, ils voient un chat sortir d’un endroit dans la cuisine et fouillent un peu plus, retirent quelques meubles et le trouvent gisant au sol. Il y avait encore un peu de vie. Ils l’ont récupéré et emmené à l’hôpital mais il était déjà bien mal en point, et on l’a perdu hier soir..."


Alexandre DECROIX

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