Crise migratoire à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne

12 morts, aide humanitaire bloquée... Le point sur la crise migratoire à la frontière entre la Pologne et le Bélarus

Thomas Guien
Publié le 3 décembre 2021 à 17h39
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

CRISE - Des milliers de personnes sont toujours coincées à la frontière du côté de la Biélorusie. Un drame humanitare qui a déjà coûté la vie au moins 12 d'entre eux.

Combien sont-ils à guetter une opportunité d'entrer sur le sol polonais en espérant ainsi rallier l'Europe occidentale ? Depuis l'été, des milliers de migrants se massent à la frontière biélorusse, attirés par la promesse du président Alexandre Loukachenko d'un passage ainsi facilité chez le pays voisin. En réalité, l'eldorado est devenu une impasse. Des centaines de familles errent dans des forêts glaciales, sans aide ni nourriture. Et leurs conditions de vie ne cessent de se dégrader.

Pour essayer de reprendre le contrôle sur son sol, la Pologne a construit ces dernières semaines une clôture de barbelés et massés des milliers de soldats le long de 400 kilomètres de frontière. Une frontière injoignable, pour les migrants mais également les journalistes et les ONG. L'accès à la zone est interdit à toute personne non résidente, selon des mesures adoptées mardi. Et ce, pour une durée de trois mois. Une situation intenable, jugent les ONG qui tentent d'accéder à la zone.

"De graves violations des droits de l'homme"

"Des hommes, des femmes et des enfants sont victimes de refoulement sous forme de ping-pong de part et d’autre de la frontière depuis des jours et des semaines par des températures glaciales, sans que puisse leur parvenir l’aide humanitaire bloquée des deux côtés et dont ils ont désespérément besoin", a dénoncé il y a une semaine Lydia Gall, chercheuse à Human Rights Watch. L'association, qui a enquêté dans les deux pays en octobre 2021, a recueilli de nombreux témoignages du calvaire enduré dans ces forêts, où des personnes marchent à travers les marais, marécages, et rivières par des températures glaciales. "Certaines ont dit avoir été contraintes de boire de l’eau des marais ou recueillie dans des feuilles", précise Human Rights Watch. Au moins une douzaine d'entre elles, pour la plupart Syriens, Irakiens ou Yéménites, sont mortes, selon les médias polonais.

Si le Bélarus est à l'origine de cette crise, la Pologne est, elle aussi, responsable selon l'ONG de "graves violations des droits de l'Homme" à l'égard des migrants. Trois personnes ont rapporté à Human Rights Watch que les gardes-frontières avaient séparé leur famille, y compris des parents de leurs enfants lorsqu’ils ont emmené à l’hôpital ceux qui avaient besoin de soins médicaux pendant qu’ils renvoyaient les autres membres de la famille vers le Bélarus.

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La Lituanie voisine, membre de l'UE et de l'OTAN, est elle aussi confrontée à un afflux sans précédent de migrants, notamment dans l'enclave de Dieveniskes. La Lituanie, qui compte 2,8 millions d'habitants, a accueilli 4.000 migrants cette année, contre 81 en 2020. Les chiffres ont fortement diminué depuis qu'elle a adopté une loi autorisant les gardes-frontières à renvoyer les migrants de l'autre côté de la frontière. Mais les gardes affirment que de petits groupes de migrants tentent encore régulièrement de traverser différentes parties de la frontière largement boisée de 580 kilomètres de long avec le Belarus.

Refoulés de part et d'autre, certains migrants n'ont d'autre choix que de faire demi-tour. Depuis le 18 novembre, des vols sont affrétés pour rapatrier en Irak des centaines d'individus. Plusieurs centaines d'entre eux ont accepté. La visite d'Alexandre Loukachenko le 26 novembre un hangar aménagé pour eux, situé non loin du point de passage de Brouzgui, a peut-être achevé de les convaincre. 

"Si certains d'entre vous veulent aller en Occident, c'est votre droit. Nous n'essaierons pas de vous arrêter, de vous frapper, de vous retenir derrière des fils de fer barbelé", a lancé le président. "Comprenez", a-t-il toutefois lancé, "nous ne pouvons pas lancer une guerre pour ouvrir un couloir vers l'Allemagne", où nombre d'entre eux veulent se rendre.


Thomas Guien

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