Birmanie : un coup d'État et une répression sanglante

Birmanie : la junte procède aux premières exécutions capitales depuis plus de 30 ans

Léa Prati avec AFP
Publié le 25 juillet 2022 à 10h02
Des protestataires au coup d'Etat birman lors d'une manifestation à Kale le 2 mars 2021.

Des protestataires au coup d'Etat birman lors d'une manifestation à Kale le 2 mars 2021.

Source : STR / AFP

La junte birmane a exécuté quatre prisonniers, dont un ancien député prodémocratie.
Ils avaient été condamnés pour des "actes de terreur brutaux et inhumains".
Il n'y avait pas eu d'exécution en Birmanie depuis 1988.

L'horreur continue en Birmanie. La junte birmane a exécuté quatre prisonniers condamnés pour des "actes de terreur brutaux et inhumains". Parmi eux se trouvaient un ancien député prodémocratie du parti d'Aung San Suu Kyi et un célèbre opposant, ont annoncé lundi 25 juillet les médias d'État, ce qui constitue la première application de la peine de mort en Birmanie depuis plus de trois décennies.

Phyo Zeya Thaw, 41 ans, ancien député de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), avait été arrêté en novembre et condamné en janvier pour avoir enfreint la loi antiterroriste. Ce pionnier du hip-hop en Birmanie, dont les paroles critiquaient déjà l'armée au début des années 2000, avait connu la prison en 2008 pour appartenance à une organisation illégale et possession de devises étrangères. Il avait obtenu un siège de député lors des élections de 2015, pendant la transition amorcée entre le pouvoir militaire et un gouvernement civil. La junte l'accusait d'avoir orchestré plusieurs attaques contre le régime, notamment une attaque contre un train dans laquelle cinq policiers avaient été tués en août dernier à Rangoun.

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De son côté, Jyaw Min Yu, 53 ans, dit "Jimmy", était un écrivain et opposant de longue date à l'armée. Il s'était rendu célèbre pour son implication dans le soulèvement étudiant de 1988 contre la junte de l'époque. Il avait été arrêté en octobre et condamné en janvier.

Une violation flagrante du droit à la vie

Des membres des familles des deux hommes se sont réunis devant la prison d'Insein à Rangoun, où ils étaient détenus, dans l'espoir de récupérer leurs corps. Les deux autres prisonniers exécutés sont deux hommes accusés d'avoir tué une femme qu'ils soupçonnaient d'être une informatrice de la junte.

Le mois dernier, la junte birmane avait fait savoir qu'elle entendait mener à bien ces exécutions, provoquant une pluie de condamnations internationales. Selon le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, ces exécutions constituent "une violation flagrante du droit à la vie, à la liberté et à la sécurité des personnes".

La dernière remontait à 1988, selon un rapport d'experts des Nations unies de juin, qui dénombrait 114 condamnations à mort depuis le coup d'Etat. Ces experts avaient souligné que la loi martiale accordait aux militaires la possibilité de prononcer la peine de mort pour 23 "infractions vagues et à la définition large", et en pratique pour toute critique contre le pouvoir. Ils avaient averti que les exécutions pourraient s'accélérer faute de réaction de la communauté internationale.


Léa Prati avec AFP

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