Séoul endeuillé par une bousculade géante

Bousculade mortelle à Séoul : comment se forme un mouvement de foule ?

par Maëlane LOAËC
Publié le 31 octobre 2022 à 18h32
JT Perso

Source : JT 20h WE

Au moins 154 personnes sont décédées samedi soir en Corée après un impressionnant mouvement de foule dans la capitale.
Qu'est-ce qui provoque ce type de phénomène, et comment expliquer un bilan aussi lourd ?
Trois spécialistes nous aident à comprendre.

En quelques minutes, la célébration festive d'Halloween a sombré dans le chaos samedi soir. Sur les réseaux sociaux, des images de scènes cauchemardesques ont circulé, montrant des dizaines de massages cardiaques réalisés sur des personnes couchées à même le sol, dans les rues animées du quartier d'Itaewon, à Séoul en Corée. Cette impressionnante bousculade, qui a fait au moins 154 morts, n'a été anticipée par les autorités, prises de court par l'affluence des plus de 100.000 personnes qui ont convergé dans le quartier pour ces fêtes. Cette surdensité, particulièrement dangereuse dans des lieux étroits, peut entraîner un phénomène de pression sur les corps, selon les spécialistes de l'analyse de la foule. 

Lorsque des centaines de personnes se retrouvent ainsi projetées les unes contre les autres, les pressions s'additionnent et "une force horizontale s’exerce sur elles de l’ordre de plusieurs centaines de kilos", décrit Bertrand Maury, mathématicien de l'université Paris-Saclay et spécialiste de modélisation des mouvements de foule. "C'est comme si elles étaient à plat ventre, écrasées par une petite voiture", poursuit-il.

Phénomène d'onde et effet domino

À cause de la force exercée sur elles, la cage thoracique est compressée, et dans le même temps l'air vient à manquer. Les personnes commencent donc à s'évanouir, et si la pression est maintenue encore quelques minutes supplémentaires, elles peuvent mourir asphyxiées. Celles au gabarit le plus petit sont naturellement les plus vulnérables : à Séoul, la plupart des victimes décédées étaient des jeunes filles âgées d'une vingtaine d'années. "Le seuil de bascule n'est pas le même pour tout le monde", souligne Julien Pettré, chercheur à l'Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria), qui travaille sur des modèles de simulation des mouvements de foule. 

Deux phénomènes physiques permettent d'expliquer ces situations de compression. Tout d'abord, un mécanisme d'onde, appelé "turbulence" : "La moindre pression, le moindre petit mouvement d'épaule se transmet d'une personne à l'autre et la vague va se propager à travers la foule", explique Mehdi Moussaïd, chercheur à l’institut Max Planck. Les forces s'additionnent et créent ainsi l'effet d'une onde de force. Les personnes peuvent être déplacées sans pouvoir bouger, même si elles sont situées à plusieurs dizaines de mètres de là.

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Second risque, l'"effet domino" : certaines personnes peuvent tomber, et représenter donc "des obstacles" pour les autres, qui vont à leur tour chuter sur elles en entraînant un "empilement des corps", comme ce fut le cas à Séoul, poursuit Mehdi Moussaïd. 

La congestion finit par se débloquer avec l'intervention des forces de l'ordre, qui dispersent les personnes situées en périphérie pour remonter vers "le centre de densité", où se situent souvent les victimes. Une opération "très délicate" à réaliser, qui peut intervenir trop tard pour de nombreuses personnes. Les proportions prises par le drame de Séoul ne surprennent donc pas les experts : une bousculade peut parfois faire jusqu'à des milliers de morts, par exemple à La Mecque en 2015.

Pas toujours de déclencheur à l'origine d'une bousculade

Ce phénomène n'est pas forcément provoqué par un déclencheur. Dans certains cas, une étincelle peut être à l'origine d'un mouvement de foule, le provoquer, comme un bruit d'explosion par exemple, qui peut entraîner une bousculade. "Ceux qui l'entendent de près commencent à fuir, ensuite cela se répercute sur leurs voisins qui les imitent, sans savoir quelle est la source de danger", pointe Julien Pettré. Mais ce n'est pas toujours le cas. 

En Corée par exemple, "plusieurs flux se sont concentrés en un même endroit, sans laisser de possibilité de sortie pour les gens qui étaient au cœur", ajoute l'expert. De manière générale, dès lors que le nombre de personnes par mètre carré grimpe à sept ou huit, "ça commence à devenir mortel", met en garde Mehdi Moussaïd, un danger qu'il schématise l'une des vidéos de sa chaîne YouTube de vulgarisation, "Fouloscopie". 

Bertrand Maury souligne aussi qu'il n'y a pas de responsable à chercher parmi la foule : "Il ne faut pas s’imaginer que c’est la faute de personnes plus costaudes que d’autres, qui auraient poussé leurs voisins. Tout le monde est dans une passivité forcée et perd le contrôle".

Si les équipes de sécurité de grands évènements surveillent de près ces risques, il est bien plus difficile de les anticiper en cas d'une affluence inattendue dans la rue, à l'instar des célébrations de Séoul. Pour plusieurs experts, le risque de débordement est par ailleurs particulièrement fort depuis la levée des restrictions sanitaires, qui entraîne parfois un relâchement des participants, heureux de retrouver festivals et célébrations après de longs mois de privations. 


Maëlane LOAËC

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