Catalogne : comment l’extrême droite espagnole profite du conflit pour se montrer

Publié le 9 octobre 2017 à 17h14
Catalogne : comment l’extrême droite espagnole profite du conflit pour se montrer

Source : PAU BARRENA / AFP

ÉTALAGE – Réduite à peau de chagrin si l’on se fie aux résultats électoraux de ses principaux partis, l’extrême droite espagnole profite de la crise provoquée par le référendum sur l’indépendance de la Catalogne pour s'afficher au grand jour.

La crise catalane va-t-elle faire renaître l’extrême droite espagnole ? Alors qu’elle paraissait (quasiment) inexistante dans les urnes, l’idéologie nationaliste semble profiter des soubresauts provoqués par le référendum sur l’indépendance de la Catalogne pour s’afficher au grand jour. S’ils étaient largement minoritaires dans les cortèges ayant paradé dimanche contre le séparatisme et pour l’unité de l’Espagne (350.000 personnes rassemblées selon la police), les partisans des mouvements de droite dure se sont néanmoins fait remarquer.

Comme le signalaient dimanche nos confrères de L'Indépendant à propos des protestations du jour, nombre d'associations d'extrême droite et d'obédience franquiste – Phalange espagnole, Vox, Democracia Nacional, Plataforma per Catalunya – ont appelé leurs militants à défiler contre le sécessionnisme catalan. Des militants particulièrement visibles – à noter que plusieurs hoax, relevés par El Pais, ont été repris dans les médias et sur les réseaux sociaux – bien que peu nombreux. Saluts fascistes, slogans haineux, chants et drapeaux à la gloire du Caudillo : comme à Madrid lors de précédents rassemblements, quelques rares groupuscules mêlés à la foule n’ont pas manqué d’attirer l’attention dans les rues de Barcelone. 

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Une ostentation qui a de quoi surprendre si l’on se fie aux derniers résultats électoraux de ses principaux partis. Pour ne citer qu’eux, Vox et la Phalange espagnole n’ont recueilli, respectivement, que 0,2% et 0,04% des voix lors des élections générales de 2016. À peine 60.000 voix dans un pays de plus de 46 millions d’habitants. Un score famélique faisant de l’Espagne le pays d’Europe dans lequel ce type de mouvements peine le plus à exister. Faut-il y voir le résultat du traumatisme de la dictature de Francisco Franco

"S’il n’y a pas d’extrême droite espagnole dans les chiffres, c’est parce que l’extrême droite est dans la droite", note Carole Viñals, maîtresse de conférences et spécialiste de l’Espagne post-franquiste, expliquant qu’une partie de l’idéologie nationaliste a été absorbée par la droite après la mort du dictateur. Selon elle, le Parti populaire de Mariano Rajoy regroupe aujourd’hui aussi bien des représentants du centre-droit que de la droite dure. "Dans le PP, certains, comme Alberto Gallerdon, défendent toujours des idées tout ce qu’il y a de plus rétrograde, typiques de l’extrême droite." 

Il y a un inventaire qui n'a pas été fait

Carole Viñals, spécialiste de l'Espagne post-franquiste

Pour Carole Viñals, les citoyens espagnols, encore très marqués par le franquisme, fuient les mouvements nationalistes au moment de voter par peur de voir se (re)former une spirale infernale. Cela ne veut cependant pas dire que les thèses d’extrême droite n’impriment pas. Mais dans un pays ou s'opposent unionisme et régionalisme d'une part, monarchisme et républicanisme de l'autre, les symptômes habituels de l'extrême droite peuvent paraître difficiles à déceler. 

"Des chercheurs ont récemment parlé de franquisme sociologique. C’est-à-dire qu’il n’y aurait pas, en Espagne, de fascisme au sens classique du terme, comme on peut le voir avec l’extrême droite française, mais des modes de pensées qui auraient été intégrés dans la société", précise celle qui enseigne à l’université Lille 3. "Par exemple, on considère toujours officiellement que les républicains de la guerre civile sont des terroristes, et personne ne fait rien pour le changer", pousuit-elle. "Comme la France avec son histoire coloniale, il y a quelque chose qui n’est pas net. Il y a un inventaire qui n’a pas été fait."


Alexandre DECROIX

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