Un train qui transportait des produits chimiques dangereux a déraillé le 3 février dans l'État de l'Ohio.
Un violent incendie a suivi, faisant craindre pour la santé des habitants et pour l'environnement.
Si des parallèles avec Tchernobyl sont parfois faits, y compris dans la presse, ces deux catastrophes restent toutefois difficilement comparables.

Le 3 février, un train déraille du côté d'East Palestine, une petite localité américaine située à l'est de l'État de l'Ohio. Il ne transporte pas de passagers, mais une cargaison de fret parmi laquelle se trouvent des produits chimiques. Une série d'explosions retentit, suivie d'un incendie massif. Les autorités locales, qui ne connaissent pas les causes de cet accident, ont fait le choix de procéder à des rejets "contrôlés" de chlorure de vinyle. Cette substance dangereuse, présente en grande quantité dans les wagons, s'est consumée durant plusieurs jours. Elle a généré des effluves toxiques qui font craindre pour l'environnement et les populations des alentours. 

Il s'agirait d'un événement d'une gravité majeure. Des parallèles sont d'ailleurs souvent dressés avec la catastrophe de Tchernobyl en 1986, que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les médias outre-Atlantique. Si certains éléments peuvent inciter à effectuer un rapprochement, des différences majeures entre ces deux incidents rendent les comparaisons hasardeuses.

Une substance cancérigène

Environ un tiers des 150 wagons ont été endommagés lors du déraillement et seule une partie contenait des produits jugés dangereux. L'Agence de protection de l’environnement des États-Unis a rapporté que du chlorure de vinyle, de l'acrylate de butyle, de l'acrylate de 2-éthylhexyle et des éthers monobutyliques d'éthylène glycol ont été rejetés dans l'air, le sol et les eaux de surface. 

Utilisé dans l'industrie plastique, le chlorure de vinyle a rapidement été identifié comme la substance la plus problématique, en raison notamment de son caractère cancérigène en cas d'ingestion ou d'inhalation. Les autorités ont procédé à une libération contrôlée des matières inflammables et ont opté pour leur combustion, un choix réalisé pour éviter que surviennent au contact de l'air des explosions susceptibles de causer encore davantage de dégâts. Dans le ciel, un nuage noir toxique était visible à des kilomètres à la ronde. Reste à déterminer quel sera l'impact futur pour les habitants du secteur, ainsi que pour la faune et la flore.

Des autorités qui se montrent rassurantes

Dans un premier temps, l'évacuation d'environ 2000 habitants a été décrétée, dans un rayon compris entre 1,5 et 3,2 km par rapport au lieu où l'accident est survenu. Les autorités ont toutefois indiqué le 8 février que la population pouvait retrouver "en toute sécurité" son domicile. Les analyses menées pour évaluer la qualité de l'air ont été jugées concluantes : les contaminants n'ont en effet pas été mesurés à des "niveaux préoccupants". 

La qualité de l'eau, elle aussi, a été évaluée. S'il était dans un premier temps demandé aux habitants de consommer de l'eau en bouteille, le gouverneur de l'Ohio a souligné ces derniers jours que les tests réalisés montraient que "l'eau municipale" pouvait "être bue sans risque". Ces messages ne convainquent néanmoins pas totalement la population. Des médias rapportent que des familles vivant à East Palestine font état de maux de tête persistants, et que les craintes demeurent. Les quelque 3.500 poissons (ainsi que d'autres animaux) retrouvés morts dans les jours qui ont suivi le déraillement du train et l'incendie contribuent à attiser les inquiétudes dans le secteur.

Le parallèle délicat avec Tchernobyl

Ces comparaisons qui n'ont pas tardé à être effectuées entre le déraillement à East Palestine et la catastrophe de Tchernobyl apparaissent exagérées. La première différence majeure vient des substances dangereuses qui se sont répandues. Dans l'Ohio, les produits chimiques tels que chlorure de vinyle affichent une dangerosité majeure, y compris en raison des fumées dégagées par leur combustion. Si les experts mettent en garde contre les conséquences de ces émanations, il ne s'agit pas de matières radioactives telles que celles qui ont contaminé l'Ukraine voilà près de quarante ans. Le plutonium, pour ne citer que lui, restera encore dangereux plusieurs dizaines de milliers d'années. 

L'impossible décontamination du site de Tchernobyl et de ses alentours a d'ailleurs conduit à l'évacuation d'une immense zone, grande comme le département des Yvelines. Il est aujourd'hui encore interdit d'y habiter, et l'on a recensé au total environ 200.000 personnes déplacées. Aux États-Unis, la population a rapidement été autorisée à reprendre le cours de son existence, sans que des restrictions significatives soient mises en place. Notons par ailleurs que contrairement au drame de 1986, aucun décès n'est à déplorer dans l'Ohio. 

Des raisons de se montrer vigilant à l'avenir

La gravité apparente de l'accident survenu début février semble à de multiples égards moins importante que celle de Tchernobyl, mais les experts s'accordent pour souligner que les conséquences devront être étudiées sur le long terme. Deux semaines à peine après le déraillement du train et la combustion des produits chimiques, les effets sur l'environnement ou la santé ne peuvent être pleinement mesurés. 

Cité par le New York Times, le responsable en charge de la santé et de l'alimentation pour l'ONG Natural Resources Defense Council a partagé ses craintes. "Certains officiels disent aux gens qu'à leur retour, ils doivent ouvrir leurs fenêtres et essuyer toutes leurs surfaces", a indiqué Erik D. Olson. "Cela signifie qu'ils savent qu'il reste une contamination dans la région." Les menaces resteront persistantes à moyen ou long terme, estime-t-il, notamment à cause de particules qui ont pu se déposer au sol et s'infiltrer dans les puits et les diverses sources d'eau potable. Les contaminants, dans les eaux souterraines, peuvent se vaporiser et migrer à travers les fissures dans le sol et dans les sous-sols et les maisons. "Les effets à long terme sont souvent négligés", a-t-il ajouté. 

Un expert en santé environnementale a quant à lui fait remarquer que les composés chimiques impliqués ici sont susceptibles d'interagir les uns avec les autres d'une manière complexe et pourraient persister après la combustion. Dès lors, "il pourrait y avoir des centaines de produits de dégradation différents qui subsistent, pour lesquels nous avons souvent des profils toxicologiques très médiocres.", glisse le Dr Poje. "Nous nous trouvons ici dans une zone grise, face à de multiples inconnues."

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Thomas DESZPOT

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