Chili : le pays rejette massivement la nouvelle Constitution

Benoit Leroy avec AFP
Publié le 5 septembre 2022 à 8h41

Source : Sujet TF1 Info

D'après des résultats définitifs, plus de 60% des électeurs ont dit non à la nouvelle Constitution chilienne, très progressiste.
Le texte actuellement en vigueur date du régime dictatorial d'Augusto Pinochet, des années 1970 à 1990.
Un nouveau texte doit désormais être rédigé.

C'est un non, franc et massif. Dimanche 4 septembre, les citoyens chiliens ont massivement rejeté la proposition de nouvelle Constitution. Le texte mis au vote visait à remplacer celui hérité de la dictature d'Augusto Pinochet, qui a régné sur le pays de 1973 à 1990. Le verdict de ce référendum à vote obligatoire est sans ambiguïté et dépasse toutes les prédictions des instituts de sondage. Quelque 61,9% des électeurs, soit plus de 7,8 millions de personnes, ont glissé le bulletin "je rejette", contre 4,8 millions (38,1%) favorables à la mention "j'approuve", selon les résultats définitifs.

En octobre 2020, pourtant, un premier référendum avait clairement appelé à la rédaction d'un nouveau texte fondamental (79%), l'actuelle Constitution étant alors considérée comme un frein à toute réforme sociale de fond. Force est de constater que le nouveau texte va peut-être trop loin pour le conservatisme d'une grande partie de la société du pays.

La proposition de constitution souhaitait établir une galerie de nouveaux droits sociaux dans une société ultralibérale, aux fortes inégalités sociales, et entendait garantir aux citoyens chiliens le droit à l'éducation, à la santé publique, à une retraite ainsi qu'à un logement décent. Le rejet de ce dimanche ne signifie pas pour autant le gel de toutes les réformes.

C'est une défaite pour la refondation du Chili
Javier Macaya, président du parti ultra-conservateur UDI

En effet, l'actuel président Gabriel Boric - de gauche - avait anticipé ce revers et annoncé qu'il demanderait au Parlement de lancer un nouveau processus constitutionnel repartant de "zéro", avec l'élection d'une nouvelle assemblée constituante pour rédiger un nouveau texte. 

"C'est une défaite pour la refondation du Chili", a déclaré Javier Macaya, président du parti ultraconservateur UDI lors d'une conférence de presse. "Nous allons continuer avec la volonté de poursuivre le processus constituant", comme s'y était engagée l'opposition. L'ancienne présidente Michelle Bachelet, qui vient de quitter son poste de Haute-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme à Genève, où elle a voté, avait prévenu qu'en cas de rejet, "les demandes de Chiliens resteront insatisfaites". La femme politique reste, encore aujourd'hui, très populaire dans son pays.

La volonté de changement perçue à l'étranger et dans la capitale Santiago, surtout dans la jeunesse, n'a pas suffi à renverser le sentiment de rejet qu'inspirait le texte. Un rejet exprimé "dans le sud et le nord du pays", selon Marta Lagos, sociologue et fondatrice de l'institut de sondage Mori. Ces deux régions connaissent de graves problèmes de violence et d'insécurité. Dans le sud, en raison de conflits autour de terres revendiquées par des groupes radicaux indigènes Mapuche et, dans le nord, en raison de l'afflux migratoire, des problèmes de pauvreté et de trafic d'êtres humains. Selon elle, les partisans du "non" forment un groupe "très hétérogène" avec une forte fibre "populiste" alimentée par la "peur" de se voir dépossédés.


Benoit Leroy avec AFP

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