Affaire Maddie McCann : quinze ans de mystère

Publié le 23 avril 2022 à 17h30, mis à jour le 20 février 2023 à 17h36
Affaire Maddie McCann : quinze ans de mystère
Source : AFP

La petite Madeleine "Maddie" McCann a disparu le 3 mai 2007 alors qu'elle se trouvait en vacances en famille dans la station balnéaire de Praia da Luz au Portugal.
Depuis, la disparition mystérieuse de la fillette âgée de 3 ans défraie régulièrement la chronique.
Alors qu'un suspect a été mis en examen en Allemagne en avril 2022, une femme prétend être l'enfant disparu, retour sur un fait divers qui tient l'Europe en haleine.

De grands yeux clairs, des cheveux blonds, un carré long et une frange inégale. Les photos de la Madeleine McCann ont fait le tour du monde après sa disparition, en 2007.

Surnommée "Maddie", la petite Britannique a disparu le 3 mai, il y a quinze ans, à quelques jours de son quatrième anniversaire. Elle se trouvait dans sa chambre, dans l'appartement d'un complexe hôtelier loué par ses parents pour les vacances dans la petite station balnéaire de Praia da Luz, dans le sud du Portugal. Depuis, cette affaire toujours non résolue fait partie de celles qui hantent les esprits. Retour sur quinze ans de mystère.

3 mai 2007, un dîner, une disparition

Le soir de sa disparition, Maddie dort dans sa chambre avec son frère et sa soeur, des jumeaux de deux ans. Les parents, eux, dînent avec des amis dans un restaurant non loin de là. En rentrant, Kate et Gerry McCann réalisent que la petite Maddie n'est plus dans son lit. 

Très vite, les personnels d'hôtel et les forces de l'ordre sont alertés de la disparition. Le complexe hôtelier, les maisons avoisinantes, les plages, tout est fouillé et de nombreuses personnes sont interrogées, en vain. Aucune trace de l'enfant. Le 7 mai, la mère de Maddie lance un appel à témoins à la télévision. 

Des policiers britanniques arrivent sur place, le périmètre de recherche est étendu et des centaines de bénévoles participent aux recherches. Plusieurs personnes promettent également des récompenses de plusieurs milliers d'euros à qui permettra de localiser la petite fille ou d'aider les enquêteurs.

15 mai 2007, un Britannique mis en examen

Moins de quinze jours après la disparition de la petite fille, un Britannique de 32 ans, Robert Murat, résidant à cent mètres de l'appartement de Praia da Luz, est mis en examen, sans accusation formelle. La police judiciaire privilégie alors la thèse de l'enlèvement. 

Ce premier suspect, qui sera longuement interrogé, vit depuis plusieurs années dans une villa, Casa Liliana, avec sa mère de 79 ans. Divorcé, il travaille dans une agence immobilière de la région. Très actif dans les recherches de la petite Maddie depuis le début de l'enquête, Robert Murat a affirmé à plusieurs interlocuteurs dont des journalistes avoir été employé par la police comme traducteur pour interroger des témoins.Il avait alors éveillé les soupçons.

Septembre 2007, les parents eux aussi mis en examen

Trois mois après la disparition de Maddie, la police fait savoir que "la mort possible de la fillette est désormais l'hypothèse privilégiée". Quelques jours plus tôt, des traces de sang ont été retrouvées grâce à des techniques pointues dans la chambre des enfants de la famille McCann.

La police s'interroge sur le rôle éventuel des parents et les auditionne pendant de longues heures. Le 7 septembre, les époux McCann sont mis en examen, et laissés libres. Ils sont alors soupçonnés d'homicide involontaire et dissimulation de cadavre mais aucun chef d'accusation n'est retenu à leur encontre. Le couple quitte alors le Portugal pour le Royaume-Uni.

Revenus dans leur pays, les McCann engagent alors des détectives privés pour vérifier les témoignages de personnes affirmant avoir vu Maddie. Parallèlement, The Telegraph révèle que la police portugaise pense que Maddie serait morte après une chute dans les escaliers et que ses parents, paniqués, auraient caché le corps.

Le 1er décembre 2007, la presse portugaise annonce que les analyses d'ADN faites sur les indices trouvés dans l'appartement d'où a disparu la petite fille ne permettent pas de conclure à son décès. Les investigations se poursuivent.

2008, affaire classée et levée de mise en examen

Après 14 mois d'investigations controversées, marquées notamment par la mise en examen des parents de la fillette, Gerry et Kate McCann, puis par le limogeage de l'inspecteur en charge de l'enquête, la police portugaise classe l'affaire en 2008 et lève la mise en examen "faute de preuves" des époux et de Robert Murat. 

La police portugaise rouvrira le dossier cinq ans plus tard, en 2013. Selon le quotidien populaire Correio da Manha, les enquêteurs souhaitaient reprendre l'enquête afin de suivre la piste d'un enlèvement organisé par un réseau pédophile.

Scotland Yard ouvrira cette même année sa propre enquête.

2017, un triste anniversaire

Le 3 mai 2017, dix ans après la disparition de la fillette britannique, un service religieux en sa mémoire est organisé  à l'église de Praia da Luz dans le sud du Portugal. Ses parents, qui avaient l'habitude de se recueillir dans cette église après le drame, n'y assistent pas. Pour ce triste anniversaire, le couple participe à un office religieux dans l'église de Rothley, bourgade du centre de l'Angleterre où ils résident.

Quelques jours avant cette date, les époux McCann avaient confié à la BBC avoir toujours "l'espoir" de retrouver vivante leur fille. 

Plusieurs portraits-robots diffusés

Au fil des ans, plusieurs portraits-robots ont été diffusés sur différents supports. En janvier 2008, Kate et Gerry McCann avaient diffusé celui d'un homme susceptible d'être lié à la disparition de leur fille. Le portrait, extrêmement précis, dépeignait un homme au visage émacié et aux traits rugueux, aux cheveux noirs mi-longs et touffus, aux sourcils broussailleux et à la longue moustache tombante. Un second croquis, dessiné par le même artiste certifié par le FBI et employé par l'équipe d'enquêteurs de la famille McCann, le montrait en train de marcher, dans un pantalon gris clair et une veste de safari couleur sable.

L'homme avait été décrit par le témoin qui a permis d'établir ces deux images, comme n'étant sans doute pas portugais, mais peut-être d'origine nord-africaine, marocaine ou tunisienne, voire espagnole. D'une quarantaine d'années, il parlait anglais avec un fort accent.

DR

En février 2014, deux nouveaux portraits-robots d'un autre homme sont diffusés dans les médias, suite au témoignage de deux témoins venus à la police portugaise peu après la disparition de Maddie. Cet homme, âgé de 20 à 40 ans, pourrait parler allemand et aurait été vu le soir de la disparition de la petite fille à proximité de l'appartement loué par les McCann. Il était décrit comme un homme blanc avec des cheveux châtains courts, rasé de près, et son audition par la police est considérée comme étant d'une "importance vitale" pour l'enquête.

Metropolitan police

Ces portraits-robots, comme les autres, n'ont rien donné.

Plusieurs suspects interrogés

En treize ans, outre les parents McCann et Robert Murat, les polices britannique et portugaise ont identifié plusieurs suspects. 

Douze ans après la disparition, le 6 mai 2019, la police portugaise a enquêté sur un nouveau personnage, dans le cadre de leurs investigations sur un potentiel enlèvement. D'après le Correio da Manha, et contrairement aux informations publiées dans la presse britannique, il ne s'agissait pas de l'Allemand Martin Ney, en prison à cette époque dans son pays pour avoir enlevé et tué trois petits garçons entre 1992 et 2001. 

Un Allemand au centre des soupçons

Il n'y a pas eu de suite, mais le 3 juin 2020, la police allemande a révélé enquêter sur un nouveau suspect, un pédophile multirécidiviste actuellement incarcéré en Allemagne, qu'elle soupçonne du meurtre de la fillette britannique. Le suspect serait un "délinquant sexuel déjà condamné à plusieurs reprises", notamment pour avoir abusé sexuellement de plusieurs enfants, a précisé la police. Identifié grâce à une "étroite collaboration" entre les polices allemande, britannique et portugaise après un renseignement reçu par les Britanniques aux environs du dixième anniversaire de la disparition, il aurait vécu pendant plusieurs années dans une maison située près de Praia da Luz et aurait travaillé dans la région. Tout semble alors désigner Christian B., un délinquant sexuel qui purge une peine de prison pour le viol d'une Américaine de 72 ans en 2005 dans le sud du Portugal.

VIDÉO LCI PLAY - Affaire Maddie : la piste allemandeSource : Sujet TF1 Info

À cette époque déjà, la police allemande dit disposer d'éléments suggérant que le suspect gagnait également sa vie en "commettant des délits, notamment des cambriolages dans des complexes hôteliers et des appartements de vacances", ainsi que du trafic de drogue.

Une mise en examen... quinze ans après la disparition

Le ministère public portugais annonce le 22 avril 2022, l'inculpation, à sa demande, d'un suspect en Allemagne. Sans préciser son identité ou la nature des soupçons qui pèsent contre lui, on sait qu'elle intervient dans le cadre d'une enquête portant sur la disparition de Maddie et menée "en coopération avec les autorités anglaises et allemandes". "Même si la possibilité est peut-être mince, nous n'avons pas abandonné l'espoir que Madeleine soit toujours en vie et que nous la retrouverons", ont déclaré les parents de la petite Maddie dans une déclaration publiée sur le site internet dédié à leur enfant.

3 mai 2022 : quinzième anniversaire de la disparition

Quinze ans jour pour jours après la disparition de la Britannique Madeleine McCann au Portugal, ses parents ont jugé "essentiel" de savoir "la vérité" sur cette affaire ayant conduit à la mise en examen récente d'un suspect allemand.

"Quelle que soit l'issue, Madeleine sera toujours notre fille et un crime vraiment horrible a été commis", avaient alors écrit lundi Kate et Gerry McCann sur la page Facebook dédiée à la recherche de Madeleine, disparue depuis le 3 mai 2007.

"Notre besoin de réponses, de la vérité, est essentiel", ont-ils ajouté. Ils ont aussi souligné que ce quinzième anniversaire n'était "pas plus difficile que les autres, mais pas plus facile non plus". 

Le suspect allemand inculpé pour d'autres crimes sexuels

L'Allemand âgé de 45 ans, soupçonné du meurtre de la jeune Britannique Madeleine McCann, mis en examen en avril, fait à nouveau la Une de l'actualité en octobre 2022. A cette période, le parquet de Brunswick (Basse-Saxe) annonce que le quadragénaire a été inculpé en Allemagne pour cinq autres crimes et délits sexuels commis entre 2000 et 2017 au Portugal. Le suspect, en détention en Allemagne, est mis en accusation pour trois viols présumés et deux abus sexuels sur des enfants.

Il s'agit notamment du viol d'une femme âgée entre 70 et 80 ans, commis entre 2000 et 2006 et qu'il avait filmé. La victime, agressée dans sa résidence secondaire, avait été violée et fouettée. Il est aussi poursuivi pour avoir attaché, entre 2000 et 2006, une jeune Allemande de 14 ans nue à un poteau, avant de la fouetter et de lui imposer un rapport oral. Là aussi, la scène a été filmée.

La troisième inculpation concerne le viol le 16 juin 2004 à Praia da Rocha d'une Irlandaise de 20 ans chez qui il était parvenu à s’introduire par le balcon. Les deux dernières inculpations concernent des agressions sexuelles contre une fillette allemande de 10 ans, sur une plage du district de Faro le 7 avril 2007, et, le 11 juin 2017 à Bartolomeu de Messines, contre une jeune Portugaise de 11 ans.

Février 2023 : une jeune Allemande prétend être Maddie

Puis en février 2023, un nouvel épisode est venu s'ajouter à la déjà longue affaire. Une jeune femme d'origine allemande a l'intime conviction d'être Madeleine McCann, disparue le 3 mai 2007 à Praia da Luz, au Portugal. "Aidez-moi, j'ai besoin de parler à Kate et Gerry McCann. Je pense que je pourrais être Madeleine", écrit-elle en biographie sur son compte Instagram, ajoutant avoir "besoin d'un test ADN". 

C'est en effet sur les réseaux sociaux que l'Allemande de 21 ans domiciliée en Pologne sensibilise les internautes. Baptisée "iammadeleinemccan" (je suis Madeleine McCann, en français), sa page est suivie par près de 390.000 personnes. 

La jeune instagrameuse liste plusieurs concordances physiques avec la petite Anglaise disparue il y a seize ans. Elle expose notamment dans plusieurs publications des grains de beauté sur le visage et la cuisse, une marque dans l'œil droit, ou encore une fossette. "Même si je ne suis pas la vraie Madeleine, j'espère que la police va vérifier. Je ne peux pas être sûre à 100% sans un test ADN", implore-t-elle.


La rédaction de TF1info

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