La fondation Jean-Jaurès publie ce vendredi une "carte du web conspirationniste" francophone.En tout, 126 sites et leurs interactions ont été analysés.Une cartographie qui démontre l'ampleur des réseaux entre chaque sphère complotiste.
Deux cercles qui n'ont rien à voir à première vue. Et qui, pourtant, s'alimentent. C'est ce que dépeint la cartographie publiée ce vendredi 1ᵉʳ décembre par le site Conspiracy Watch en partenariat avec la fondation Jean-Jaurès. À partir des 126 sites principaux qui diffusent de fausses informations sur le web francophone, cette cartographie dévoile les liens tissés entre chaque sphère pour créer une immense toile d'araignée conspirationniste.
Chaque famille est intriquée dans la voisine
Les sites, sélectionnés par Conspiracy Watch, représentent l'ensemble de la complosphère francophone. Classifiés en six sphères différentes, ils ont été rangés à partir de leur théorie dominante. On a par exemple la sphère covido-sceptique, qui diffuse majoritairement des discours anti-masque, anti-vaccin et plus largement anti-restrictions, ou la sphère pro-Kremlin, qui critique l'aide de l'Occident en Ukraine
Pour réaliser cette carte, les interactions entre chaque site ont été analysées et représentées par un lien afin d'en obtenir une interprétation graphique. Une carte étonnante, tant elle permet de visualiser à quel point chaque membre de cet écosystème à première vue très hétéroclite est en réalité relié. Une structure "en patate", pour reprendre l'expression de Rudy Reichstadt, fondateur du site Conspiracy Watch.
Auprès de TF1info, il souligne qu'il "est difficile de faire des distinctions très nettes" entre chaque famille. "Toutes sont intégrées, intriquées, se citent les unes les autres." L'outil permet donc non seulement d'informer le plus complètement possible sur les principaux sites de cette mouvance, mais aussi de prendre conscience du maillage qui l'unit.
À titre d'exemple, on y voit, un peu sans surprise, que la sphère qui défend les pseudo-sciences, comme le jeûne intermittent ou le crudivorisme, est voisine de la sphère covido-sceptique. Rien d'étonnant quand on se remémore la manière dont certaines figures de la santé alternative ont pu devenir des fers de lance de la désinformation sur l'épidémie. À l'instar du YouTubeur Thierry Casasnovas, dont le succès a explosé avec la crise sanitaire.
D'ailleurs, on aperçoit aussi sur cette cartographie combien la sphère covido-sceptique et anti-masque est parfaitement implantée dans l'écosystème complotiste. Et s'abreuve de chacune des différentes familles. Un constat que nous avions déjà établi dans cet article. Avec la fin de l'épidémie, de nombreuses figures de la désinformation ont transféré leur discours vers d'autres thèmes, anti-gouvernement ou pro-Kremlin, afin de garder une force de tractation et une influence auprès d'internautes convertis à leur vérité alternative.

Surtout, ce qui apparait de manière flagrante, c'est la diffusion des discours sur "l'État profond", cette théorie selon laquelle il existerait dans le monde une entité supérieure qui détiendrait le pouvoir décisionnel sur la société. Elle est présente dans la totalité des familles, ce qui s'explique par la contagion qui peut s'opérer dans ce milieu. "L'idée selon laquelle un acteur opère dans les coulisses, c'est ce qui constitue par essence la pensée et la vision d'un monde conspirationniste", résume Rudy Reichstadt. En somme, le complot appelle le complot. Et cela, les auteurs de ces blogs l'ont très bien intégré.
