Annexions, mobilisation... Poutine choisit l'escalade

"Aucun de nous ne voulait de cette guerre" : des centaines de soldats russes auraient déserté

Frédéric Senneville
Publié le 3 juin 2022 à 11h25
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Source : TF1 Info

Selon le Wall Street Journal, des centaines de militaires russes ont refusé d'aller combattre en Ukraine.
Soldats ou sous-officiers, enrôlés ou appelés, ils ont préféré risquer la prison plutôt que la mort au front.
Si Moscou cherche à dissuader les désertions, les sanctionner trop durement serait risqué.

Des centaines de soldats auraient fui les combats ou auraient refusé d'y prendre part, dès le début de l'offensive, le 24 février dernier, selon des documents militaires russes consultés par le Wall Street Journal. Des situations de désertion ou d'insoumission, qui placent Moscou dans une position délicate. L'invasion de l'Ukraine étant présentée par le Kremlin comme une "opération spéciale" et non une guerre, difficile de sanctionner trop durement les soldats qui refusent d'y prendre part, ou d'attirer l'attention sur eux.

Albert Sakhibgareev, une jeune recrue de 24 ans, a été envoyé le 8 février dernier dans la région russe de Belgorod pour des exercices militaires. Juste après le discours de Vladimir Poutine du 21 février, prélude à l'invasion déclenchée trois jours plus tard, les téléphones portables de la plupart des soldats de sa base ont été confisqués, témoigne-t-il auprès du Wall Street Journal. À ce stade, ni lui, ni ses camarades, ne savent ce qui se prépare, lorsqu'on leur ordonne de porter des gilets pare-balles et qu'on leur fait décharger des camions chargés de munitions. 

C'est à l'aube du 24 février qu'Albert comprend : deux mortiers atterrissent près du camp, proche de la frontière ukrainienne, survolé par des appareils russes qui semblent partir pour la bataille. Il parvient à consulter l'application Telegram, qui lui confirme l'information qu'il redoute : "La Russie envahit l'Ukraine !" Effrayé, il s'enfuit de la base militaire et se cache. "Aucun d'entre nous ne voulait de cette guerre", témoigne maintenant le jeune homme, engagé volontaire un peu par patriotisme, et beaucoup parce qu'il n'y avait guère d'autre opportunité dans sa petite ville de la région d'Oufa. 

Tellement de gens ne veulent pas se battre

Mikhail Benyash, avocat

"Tellement de gens ne veulent pas se battre", estime l'avocat Mikhail Benyash, qui défend une dizaine de membres de la garde nationale russe pour des refus d'obéissance. Certains d'entre eux ont rejeté l'ordre de se rendre en Ukraine pour y réprimer les manifestations anti-russes dans les zones occupées, et contestent leurs licenciements en justice. Mikhail Benyash a constaté qu'en seulement un mois de conflit, un millier de fonctionnaires du ministère de l'Intérieur avaient sollicité une aide juridique, pour avoir désobéi aux ordres.

S'il est difficile de chiffrer les désertions ou les refus d'obéissance, les documents consultés par le Wall Street Journal en donnent des aperçus locaux. Tel commandant d'une base russe, près de la frontière ukrainienne, a ordonné le licenciement de plusieurs centaines de militaires. Tel juge militaire a rejeté l'appel de 115 membres de la garde nationale, renvoyés pour avoir refusé d'entrer en Ukraine en février dernier, et qui contestaient la décision en justice.

S'il fait trop de battage sur ces cas, le gouvernement risque d'amplifier l'échelle des désertions

Pavel Luzin, expert russe de la Défense

Car si les déserteurs de l'armée russe risquent en théorie 10 ans de prison, les sanctions prononcées jusqu'ici, s'en tiennent au pire au licenciement sans indemnités. "S'il fait trop de battage sur ces cas, le gouvernement risque d'amplifier l'échelle des désertions dont le pourcentage est encore faible, mais va continuer à progresser", estime le spécialiste russe de la Défense Pavel Luzin.

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Lors du conflit tchétchène, de 1994 à 1996, ce sont des milliers de soldats qui avaient fui les combats, un phénomène à l'origine du durcissement des sanctions légales contre la désertion et la désobéissance. Le régime russe est cependant tiraillé pour les appliquer littéralement, alors qu'il ne reconnaît en Ukraine qu'une "opération spéciale", et fait tout pour minimiser son offensive militaire auprès de son opinion nationale.


Frédéric Senneville

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