Israël a mené, dans la nuit de jeudi à vendredi, des frappes contre la bande de Gaza et le sud du Liban, en riposte à des tirs de roquettes.
Sur le front israélo-libanais, cette escalade est sans équivalent depuis 2006.
TF1info rembobine le fil de ces derniers jours.

L'escalade se poursuit. Dans la nuit de jeudi à vendredi, Israël a mené des frappes sur le sud du Liban et la bande de Gaza, une offensive lancée en riposte à des tirs de roquettes visant l'État hébreu. La tension reste à son comble ce vendredi : dans la matinée, deux Israéliennes ont été tuées et une autre blessée en Cisjordanie occupée dans une attaque par balles contre leur véhicule, selon les services de secours et l'armée israélienne. Le même jour dans la soirée, une personne a été tuée dans une fusillade dans le centre de Tel-Aviv. Un épisode supplémentaire dans cette nouvelle poussée de fièvre débutée mercredi 5 avril, et qui suscite les craintes de la communauté internationale.

Qu'est-ce qui a mis le feu aux poudres ?

La spirale des violences a débuté dans la nuit de mardi à mercredi, lorsque des policiers israéliens ont fait irruption dans la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, troisième lieu saint de l'Islam, pour arrêter plus de 350 personnes qui s'y étaient barricadées, qualifiées d'"émeutiers" par la police israélienne et d'"extrémistes" par le Premier ministre, Benjamin Netanyahu. Une scène filmée à retrouver en tête de cet article, survenue au moment où les musulmans ont atteint le milieu du mois de ramadan et où les juifs célèbrent la Pâque depuis mercredi soir. 

"La période de ramadan est toujours plus propice à la tension", explique auprès de TF1info Frédéric Encel, géopolitologue et maître de conférences à Sciences Po, qui vient de publier Atlas géopolitique d'Israël (Autrement). Au sein de la nouvelle coalition arrivée au pouvoir dans l'État hébreu en janvier, l'une des plus à droite de l'histoire du pays, "certains ministres poussent au feu et appellent à des gestes violents", ajoute le spécialiste. Parmi eux, le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême-droite israélienne, qui avait notamment essuyé une vague de condamnations lors d'un bref déplacement sur l'esplanade des Mosquées le 3 janvier dernier. Un geste vécu comme une "provocation" par plusieurs pays arabes.

Pourquoi une riposte vers le Liban ?

Depuis le début de l'année, le conflit israélo-palestinien semble se raviver, avec des violences qui ont fait près de 110 morts. Après l'irruption de la police israélienne dans la mosquée, le mouvement palestinien du Hamas, au pouvoir à Gaza depuis 2007 et qui gouverne sans coordination avec l'Autorité palestinienne, basée en Cisjordanie, a dénoncé un "crime sans précédent". Le mouvement islamiste libanais du Hezbollah - pro-Iran et maître de fait du sud du pays - a quant à lui annoncé soutenir "toutes les mesures" que prendraient les organisations palestiniennes contre Israël. 

Dès jeudi, jour de la Pâque juive, une trentaine de roquettes ont été tirées du pays du Cèdre vers son voisin hébreu. Des tirs "palestiniens" selon les autorités israéliennes qui ont accusé le Hamas ou le Jihad islamique, un autre mouvement palestinien, d'en être responsable. "Le Hamas se fait fort de libérer bientôt Jérusalem, il a besoin de montrer vis-à-vis de ses troupes qu'il n'est pas indifférent lorsque des violences y éclatent", commente Frédéric Encel. "Pour sa propagande, les tirs de roquettes sont incontournables, même s'ils relèvent davantage d'un geste symbolique que d'une vraie offensive." 

La riposte israélienne ne s'est pas fait attendre : son armée a mené jeudi soir des raids aériens sur Gaza et le sud du Liban. Pour la première fois depuis avril 2022, l'État hébreu a confirmé avoir attaqué le territoire libanais, en se félicitant d'avoir frappé trois "infrastructures" appartenant au Hamas. Une escalade sans équivalent depuis 2006, date de la dernière grande confrontation entre Israël et le Hezbollah qui avait fait plus de 1200 morts côté libanais, en majorité des civils, et 160 côté israélien, pour la plupart des militaires. Actuellement, les deux voisins sont techniquement en état de guerre, et la ligne de cessez-le-feu est contrôlée par la Force intérimaire des Nations unies (Finul). 

L'armée libanaise a annoncé vendredi avoir démantelé dans le sud du pays une nouvelle rampe de lancement de roquettes susceptibles d'être tirées sur Israël, et le ministère libanais des Affaires étrangères a assuré que Beyrouth voulait préserver "le calme" dans le sud du pays. Des déclarations n'ayant malheureusement "strictement aucun poids" : "L'État libanais est extrêmement faible, le Hezbollah est infiniment plus puissant que son armée", souligne Frédéric Encel.

Le Hamas a quant à lui condamné la riposte israélienne, la qualifiant "d'agression épouvantable". En réponse, il a tiré des dizaines de roquettes depuis la bande de Gaza. Par ailleurs, aux côtés du Jihad islamique, les responsables du mouvement extrémiste ont prévenu que "les factions palestiniennes poursuivront les tirs de roquettes si Israël continue ses agressions et raids aériens".

Les puissances internationales inquiètes

Cette situation inflammable suscite les craintes de la communauté internationale. Pour cause, en mai 2021, après des violences sur l'esplanade des mosquées et à Jérusalem-Est, le Hamas avait tiré des roquettes sur Israël, entraînant une guerre de onze jours. Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a condamné les tirs du Liban vers Israël, invitant "tous les acteurs" à "la plus grande retenue"

Le Royaume-Uni, les États-Unis et la France ont aussi appelé à la désescalade, tout en défendant le droit d'Israël à "se défendre". Paris a notamment rappelé ce vendredi "son attachement indéfectible à la sécurité d'Israël et à la stabilité et la souveraineté du Liban", en exhortant "toutes les parties à la retenue maximale". Moscou a aussi appelé Israël et les Palestiniens à stopper l'"escalade" de la violence et à trouver un compromis.

Des déclarations d'autant plus remarquées qu'en temps normal, "les grandes chancelleries mondiales, y compris américaines, montrent une relative indifférence quant à ce conflit", note Frédéric Encel. "En ajoutant à cela la coloration idéologique de la coalition à la tête d'Israël et l'absence de leadership palestinien, on obtient une absence totale de perspective politique en vue d'un vrai processus de paix", relève le géopolitologue. Dans les jours à venir, "il est impossible de prédire un nouveau regain de tensions ou non, mais ce qui est sûr, c'est que le terreau est défavorable", estime le spécialiste. 


Maëlane LOAËC

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