Les deux Corées traversent une période parmi les plus tendues depuis des années.
Après l'envoi par Pyongyang de centaines de ballons lestés de déchets, des soldats nord-coréens ont franchi brièvement la frontière avec la Corée du Sud, dont les militaires ont effectué des tirs de sommation.

Dimanche 9 juin, des soldats nord-coréens ont brièvement franchi la frontière avec la Corée du Sud, dont des militaires ont effectué des tirs de sommation, a annoncé l'état-major sud-coréen (JCS). "Des soldats nord-coréens travaillant à l'intérieur de la DMZ sur le front central ont brièvement franchi la ligne de démarcation militaire", a déclaré le JCS dans un communiqué, faisant référence à la zone démilitarisée (DMZ) qui sépare les deux Etats ennemis depuis 1953.

"Après que notre armée a diffusé des messages d'avertissement et effectué des tirs de sommation, ils se sont repliés vers le nord", a-t-il poursuivi. "Hormis la retraite immédiate des soldats nord-coréens après nos tirs d'avertissement, aucun mouvement inhabituel n'a été observé".

Les côtés nord-coréen et sud-coréen de la DMZ, large de 4 km, sont lourdement fortifiés mais la ligne de démarcation elle-même, située au milieu de la zone, n'est matérialisée que par de simples panneaux plantés tous les 100 mètres et qui n'ont pas été remplacés en plus de 70 ans. Les soldats des deux camps patrouillent régulièrement à l'intérieur de la DMZ, ce qui donne parfois lieu à des accrochages.

Selon le porte-parole du JCS, il s'agissait vraisemblablement d'une incursion accidentelle. "La situation ce jour-là était que la DMZ était envahie par la végétation et que le signalement de la ligne de démarcation militaire n'était pas clairement visible", a-t-il expliqué à la presse. Les soldats nord-coréens "se déplaçaient à travers les buissons, et nous les observions avant même qu'ils ne s'approchent de la ligne de démarcation", a-t-il poursuivi. "Nous pensons qu'ils n'avaient pas l'intention d'envahir, étant donné qu'ils se sont immédiatement repliés vers le nord après les messages et les tirs d'avertissement".

Des relations particulièrement tendues

L'incident est survenu alors que les relations entre le Nord et le Sud traversent une période parmi les plus tendues depuis des années. Le conflit qui les a opposés de 1950 à 1953 s'étant terminé par un armistice et non un traité de paix, les deux pays sont encore techniquement en guerre. L'incursion de dimanche pourrait ainsi être une "petite provocation" destinée à tester l'armée sud-coréenne, a estimé Ahn Chan-il, un ancien transfuge qui dirige le World Institute for North Korean Studies. 

Ces dernières semaines, Pyongyang a innové dans ses méthodes pour importuner Séoul en envoyant vers la Corée du Sud des centaines de ballons lestés d'immondices telles que mégots de cigarettes, papier hygiénique, et jusqu'à des excréments d'animaux. Selon l'armée sud-coréenne, le Nord est actuellement en train d'installer lui aussi des haut-parleurs de son côté de la frontière, laissant présager d'intenses duels de propagande hurlante. 

Début juin, le gouvernement sud-coréen a totalement suspendu un accord militaire conclu en 2018 pour réduire les tensions et a recommencé à émettre de la propagande par haut-parleur le long de la frontière, en représailles aux ballons d'ordures. La Corée du Nord, qui avait pour sa part déjà jeté l'accord de 2018 aux oubliettes l'an dernier, a mis en garde Séoul contre "une nouvelle crise". L'abandon de cet accord signifie également que l'armée sud-coréenne peut reprendre les exercices à munitions réelles près de la frontière.


M.T avec AFP

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