Coup de bluff ou coup de maître ? Kim Jong-un vante les révélations de son satellite espion

Publié le 25 novembre 2023 à 11h23

Source : Sujet TF1 Info

Le dirigeant a pu consulter des images prises par son nouveau satellite espion montrant la base militaire américaine de Pearl Harbor.
Pour Séoul, il s'agit d'une mise en scène, car il est trop tôt pour affirmer, comme le prétend Pyongyang, qu'il fonctionne.

À peine lancé, déjà opérationnel ? Kim Jong-un a examiné samedi des images de "régions cibles" prises par son nouveau satellite espion au-dessus de l'État américain d'Hawaï vers 5H00 (21H00 en France, vendredi), dont celles "d'une base navale à Pearl Harbor" et "de la base aérienne de Hickam à Honolulu", a déclaré l'agence d'État nord-coréenne KCNA. D'après le média d'État, le dirigeant nord-coréen a aussi consulté des images satellites prises au-dessus de la cité portuaire sud-coréenne de Busan, où était visible le porte-avions à propulsion nucléaire américain USS Carl Vinson. Il a également passé en revue les "principales zones cibles dans la région ennemie", en référence au Sud, a indiqué KCNA.

De son côté, Séoul a estimé jeudi qu'il était trop tôt pour affirmer, comme le prétend Pyongyang, qu'il fonctionne. Le ministre sud-coréen de la Défense, Shin Won-sik, a déclaré jeudi que les satellites espions ne pouvaient pas produire de photographies dès le premier jour du lancement, mettant en doute les affirmations de Pyongyang, indique l'agence de presse sud-coréenne Yonhap. "Même si le satellite entre en orbite (avec succès), il faut un temps considérable pour effectuer une mission de reconnaissance normale", a-t-il expliqué sur une station de radio. La mise en orbite du satellite nord-coréen a entraîné la suspension, partielle par le Sud et totale par le Nord, d'un accord militaire conclu, il y a cinq ans, pour apaiser les tensions. 

Les bases américaines en ligne de mire

KCNA a également rapporté que le dirigeant nord-coréen avait examiné vendredi des images des "principales régions cibles" du sud de la péninsule coréenne, en particulier Séoul et Pyeongtaek, où se trouvent des bases militaires sud-coréennes et américaines. Pyeongtaek, qui se trouve à environ 60 kilomètres de Séoul, abrite Camp Humphreys, la plus grande installation militaire américaine à l'étranger. S'y trouve aussi la base aérienne d'Osan, qui abrite le commandement des opérations de l'armée de l'air de Séoul et une base de l'US Air Force. Le jour même, plusieurs hauts responsables en Corée du Sud, au Japon et aux États-Unis ont "fermement condamné le lancement" et "son effet déstabilisateur sur la région".

En début de semaine, la Corée du Nord a déclaré être parvenue à placer en orbite le satellite militaire espion, baptisé "Malligyong-1". Après deux tentatives infructueuses, Pyongyang a reçu l'aide de Moscou, selon les services de renseignement de Séoul. "Si la Russie avait fourni à la Corée du Nord une caméra satellite de reconnaissance cette fois-ci, je pense qu'il serait possible d'identifier des objets dans un rayon d'au moins 2 mètres au sol", a déclaré Ahn Chan-il, un transfuge nord-coréen devenu résident de l'Union européenne. Quelques heures après la mise en orbite mardi, Pyongyang avait affirmé que Kim avait observé des images de bases militaires américaines à Guam. 

Pyongyang "a eu recours à la technologie des missiles balistiques en violation de plusieurs résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies", a déclaré vendredi le Département d'État américain, dans un communiqué. Pyongyang s'est vu interdire, par des séries successives de résolutions de l'Onu, de procéder à des essais utilisant la technologie balistique. Selon les analystes, il existe une concordance technologique importante entre les capacités de lancement dans l'espace et le développement de missiles balistiques. Maintenant que Pyongyang a son satellite espion, la prochaine étape sera probablement de poursuivre le développement de ses armes nucléaires stratégiques, mais cette fois-ci en utilisant des capacités de lancement dans l'espace.


Matthieu DELACHARLERY avec AFP

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