Soupçons de corruption à Bruxelles : que sait-on de l'enquête qui secoue le Parlement européen ?

TD avec AFP
Publié le 10 décembre 2022 à 15h26, mis à jour le 11 décembre 2022 à 17h12

Source : TF1 Info

Des soupçons de corruption en lien avec le Qatar suscitent la polémique au sein du Parlement européen.
La vice-présidente grecque du Parlement européen ainsi que trois autres personnes ont été inculpées et écrouées ce dimanche en Belgique.
Voici ce que l'on sait de l'affaire à ce stade.

Vaste coup de filet à Bruxelles. Après une série d'arrestations et diverses perquisitions vendredi dans la capitale belge pour des soupçons de corruption au sein des instances européennes, quatre personnes ont été inculpées et écrouées ce dimanche 11 décembre, a indiqué le parquet fédéral. Parmi elles, la vice-présidente grecque du Parlement européen, Eva Kaili, plongeant toute l'institution dans la tourmente. Si la justice belge ne l'a pas confirmé officiellement, les regards se tournent vers le Qatar, où la Coupe du monde de football se déroule en ce moment. Le pays du Golfe aurait cherché à influencer les décisions économiques et politiques prises au Parlement européen. 

Qu'ont découvert les policiers ?

Dans la soirée de vendredi, l'eurodéputée socialiste grecque Eva Kaili a été interpellée à son domicile à Bruxelles. Une arrestation qui fait suite à celles observées plus tôt dans la journée. Ont été visés : le compagnon de Mme Kaili, Francesco Giorgi, qui s'avère par ailleurs être son assistant parlementaire, mais aussi un directeur d'ONG, ainsi que le dirigeant syndical italien Luca Visentini et l'ancien eurodéputé Pier-Antonio Panzeri. Ce dernier, qui n'est désormais plus en poste à Bruxelles, a siégé au sein de l'institution une quinzaine d'années, entre 2004 et 2019.

Dimanche, sans dévoiler le moindre nom, le parquet fédéral a fait savoir que quatre des six personnes interpellées ces dernières 48 heures avaient été inculpées et placées en détention provisoire. Elles sont accusées d'appartenance à une organisation criminelle, blanchiment d'argent et corruption. Selon une source judiciaire proche du dossier, s'exprimant sous couvert d'anonymat, Eva Kaili compte parmi ces quatre personnes écrouées, n'ayant pu bénéficier de son immunité parlementaire car l'infraction qui lui est reprochée a été constatée "en flagrant délit". Toujours selon cette source, l'élue grecque était en possession de "sacs de billets" lorsque la police l'a interpellée.

Les enquêteurs ont d'ailleurs mis la main sur d'importantes sommes d'argent, près d'un million d'euros en liquide selon nos informations. À cela s'ajoutent "du matériel informatique et des téléphones portables" dont les contenus vont faire l'objet d'analyses approfondies.

Le Qatar directement visé ?

La justice enquête sur des soupçons de versements d'argent "conséquents", réalisés par un pays du Golfe afin d'exercer une influence sur les décisions prises par les eurodéputés. Le parquet fédéral s'est refusé à dévoiler le nom de l'État visé, mais des sources judiciaires n'ont pas tardé à confirmé les éléments avancés par la presse. S'il n'est pas officiellement nommé, c'est bel et bien le Qatar qui la cible de ces accusations.

Dans cette affaire, les liens d'Eva Kaili avec Doha sont aujourd'hui scrutés de près. Certains ne manquent pas de rappeler que l'eurodéputée grecque s'est rendue début novembre au Qatar. Là-bas, elle avait salué les réformes de l'émirat relatives aux droits des travailleurs. Une sortie effectuée en présence du ministre qatari du Travail. Un peu plus tôt, le 22 novembre, c'est à la tribune du Parlement européen que l'élue avait tenu des propos controversé. "Le Qatar est un chef de file en matière de droits du travail", avait-elle assuré, suscitant sans surprise des remous au sein de la gauche.

Un Parlement déstabilisé ?

Si les soupçons de la justice viennent à se confirmer, cette affaire pourrait ternir l'image du Parlement, déjà fragilisé par les courants eurosceptiques qui se développent au sein de l'UE. Les réactions, en tout cas, se sont rapidement multipliées. "Il ne s'agit pas d'un incident isolé", a déploré l'organisation Transparency international. "Depuis plusieurs décennies, le Parlement a laissé se développer une culture de l'impunité (...) et une absence totale de contrôle éthique indépendant". D'autres voix mettent en avant un contrôle "défectueux" au sein de l'institution, appelant à de vastes réformes internes.

L'eurodéputée française Manon Aubry (LFI), a pour sa part mise en cause "le lobbying agressif du Qatar", et réclamé qu'un débat soit initié sur le sujet dès la semaine prochaine à Strasbourg. Le Parlement doit s'y réunir en session plénière. Sa présidente, la Maltaise Roberta Metsolala, a de son côté pris la parole au nom des eurodéputés, assurant que "nous ferons tout ce qui est notre pouvoir pour coopérer avec la justice".


TD avec AFP

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