Guerre en Ukraine : un séisme pour l'économie mondiale

Tensions dans le couple franco-allemand : quelles sont les raisons de la discorde ?

V. Fauroux
Publié le 20 octobre 2022 à 19h30
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

Les dirigeants de l'UE se sont retrouvés ce jeudi à Bruxelles pour tenter d'aboutir à une réponse commune face à la flambée de l'énergie.
Mais la fracture de plus en plus visible entre Paris et Berlin rend l'équation difficile.
Le malaise a grandi entre les deux dirigeants ces derniers mois, avec notamment des dissonances sur les réponses à apporter à la coopération militaire et aux projets communs d'armement.

Emmanuel Macron et Olaf Scholz vont-ils parvenir à enterrer la hache de guerre ?  Les deux dirigeants se sont entretenus ce jeudi avant le début d'un sommet européen, centré sur la flambée des prix de l'énergie, pour tenter d'aplanir les "divergences" entre les deux pays sur les moyens de faire baisser les prix du gaz et de l'électricité. Ces tensions ont conduit mercredi au report à janvier du Conseil des ministres franco-allemand prévu le 26 octobre à Fontainebleau, en France. 

"J'ai toujours considéré que mon devoir était de tout faire pour que nous trouvions les chemins d'accord entre l'Allemagne et la France, qui permettent ensuite de construire les accords européens", a insisté le président français. Joignant le geste à la parole, l'Élysée a annoncé dans l'après-midi qu'Emmanuel Macron recevra mercredi 26 octobre à Paris le chancelier allemand, sans les ministres franco-allemand.

Comment en est-on arrivé là ? Le président français a notamment estimé ce jeudi à Bruxelles que Berlin jouait une partition solitaire, semblant rejeter sur les Allemands la responsabilité des difficultés européennes. "Je pense que ce n'est pas bon ni pour l'Allemagne ni pour l'Europe qu'elle s'isole (...). Notre rôle est de tout faire pour qu'il y ait une unité européenne et que l'Allemagne en fasse partie", a-t-il dit. "Il est très clair que l'Allemagne a toujours agi de façon très solidaire", a répliqué Olaf Scholz.

Plan de soutien pour l'économie allemande

Cet égoïsme pointé par le président français fait suite au plan de soutien à 200 milliards d'euros pour l'économie allemande, annoncé fin septembre par le chancelier sans aucune concertation avec ses partenaires. Un plan qui trouve peu de précédents dans une Allemagne soucieuse de ses comptes publics et qui a agacé ses partenaires européens. La France en particulier n'a pas été mise dans la confidence malgré les contacts réguliers entre les deux dirigeants. Les pays de l'UE, eux, craignent que ce cavalier seul fragmente un peu plus une Europe à plusieurs vitesses. Ils goûtent en outre peu le double discours allemand : plaider l'austérité à Bruxelles et s'opposer à des dettes communes, tout en dépensant elle-même sans compter. Olaf Scholz souligne de son côté que son plan s'inspire d'autres dispositifs en vigueur en Europe, en France en particulier où l'État finance un plafonnement des prix de l'énergie.

Plafonnement européen du prix du gaz

Le couple franco-allemand se divise également sur la question d'un plafonnement du prix du gaz utilisé pour produire de l'électricité. Un dispositif de ce type est déjà appliqué en Espagne et au Portugal, où il a permis de faire chuter les prix.  Plusieurs pays, dont la France, demandent l'extension de ce mécanisme, dit "ibérique", à l'échelle de l'UE. Mais l'Allemagne, particulièrement énergivore, s'y oppose, ainsi que plusieurs pays nordiques, dont le Danemark et les Pays-Bas, rétifs aux interventions étatiques sur les marchés. Berlin estime que faire baisser artificiellement le prix du gaz nuirait à l'objectif de sobriété énergétique, en incitant à consommer plus.

La situation énergétique nourrit aussi d'autres tensions entre les deux pays, l'Allemagne n'hésitant pas par exemple à dénoncer en septembre l'état des centrales nucléaires françaises, qui obligerait Berlin à compenser les manques avec de l'électricité provenant de centrales au gaz.

Bouclier anti-missile

Une autre source de tensions pollue par ailleurs la relation franco-allemande. Olaf Scholz a annoncé cet été que l'Allemagne allait se doter d'un bouclier anti-missile et anti-aérien, assemblage de systèmes européen (Iris-T), américain (Patriot) et, potentiellement, israélien ("Dôme de fer", développé par l'entité Rafael). Ce futur "Bouclier du ciel européen" a depuis séduit 14 pays de l'Otan, dont le Royaume-Uni, les pays baltes ou encore la Belgique et les Pays-Bas, la Finlande et la Norvège. Mais si ce projet suscite l'enthousiasme de l'Alliance, il n'enchante guère l'Élysée, où un conseiller s'alarme d'une éventuelle "relance de la course aux armements en Europe". La France préfère continuer de miser sur son système de défense sol-air de moyenne portée MAMBA.

Lire aussi

Avion de combat européen

Enfin, un vieux serpent de mer continue de diviser le couple franco-allemand, il s'agit du Système de combat aérien du futur (Scaf), porté notamment par Paris et Berlin, qui stagne depuis un an. Ce projet, lancé en 2017 et censé remplacer en 2040 les Rafale français et Eurofighter allemands et espagnols, est victime de querelles sur le partage des tâches entre Paris, Berlin et Madrid. Les contrats permettant d'engager cette nouvelle phase n'ont toujours pas été passés, faute d'accord entre le Français Dassault Aviation et son partenaire principal Airbus, représentant les intérêts de l'Allemagne et de l'Espagne. "Politiquement, on est d'accord, ça coince au niveau des entreprises. Dassault a peur de perdre sa position sur le marché", décrypte un responsable français. Le gouvernement français a encore assuré en septembre que ce futur avion "se ferait". Mais il est devancé par le Tempest, un projet concurrent porté par la Grande-Bretagne.


V. Fauroux

Tout
TF1 Info