Covid-19 : le défi de la vaccination

L'Autriche confine les non-vaccinés, une première dans l'UE : comment fonctionne la mesure ?

Maëlane LOAËC (avec AFP)
Publié le 15 novembre 2021 à 16h31, mis à jour le 16 novembre 2021 à 0h02
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Source : JT 20h Semaine

RECONFINEMENT CIBLÉ - Face à une recrudescence des cas de Covid-19, le gouvernement autrichien a décidé de confiner uniquement les non-vaccinés, qui n'ont dorénavant plus accès aux commerces non-essentiels, mais sont autorisés à aller travailler.

C'est une mesure inédite en Europe : l'Autriche confine dès ce lundi 15 novembre les personnes non vaccinées ou qui n'ont pas contracté récemment le Covid-19, une stratégie drastique adoptée face à un nombre record de nouveaux cas. "La situation est grave", a déclaré le chancelier Alexander Schallenberg, lors d'une conférence de presse dimanche 15 novembre à Vienne. "Nous ne prenons pas cette mesure le cœur léger, mais malheureusement elle est nécessaire."

Plus de 13.000 nouveaux cas ont été enregistrés samedi dans ce pays de 9,8 millions d’habitants, un record encore jamais atteint depuis le début de l'épidémie, faisant bondir le nombre d'admissions en soins intensifs. Jeudi, la commission scientifique du gouvernement a mis en garde sur le fait que ces services de soins risquaient déjà d'être débordés à compte du "24 novembre", exigeant "des mesures supplémentaires immédiates", relate Le Monde.

Autre point d'inquiétude pour les autorités autrichiennes : la lenteur de la campagne vaccinale. Le chancelier s'inquiète en effet d'un taux de vaccination qu'il a qualifié de "honteusement bas" vendredi. Environ 65% des Autrichiens ont un schéma vaccinal complet, soit 2% de plus seulement que la moyenne européenne, largement devancée par des pays comme l'Espagne ou la France, où respectivement 79% et 75% de la population est vaccinée.

Sorties limitées aux commerces essentiels et aux soins, contrôles renforcés

Pour doper cette campagne vaccinale et convaincre les réticents, le gouvernement a donc mis en place un confinement des non-vaccinés. Concrètement, les deux millions de personnes concernées, âgées de plus de 12 ans, n'auront pas le droit de quitter leur domicile sauf pour faire leurs courses, du sport ou pour recevoir des soins médicaux, sans quoi ils seront soumis à une amende de 500 euros. 

Les contrevenants qui refusent de se soumettre aux inspections risquent trois fois plus, tandis que des contrôles inopinés "d'une ampleur sans précédent" seront effectués dans l'espace public, a déclaré le gouvernement qui va mettre en place des patrouilles supplémentaires de police. 

Selon The Guardian, les 356.000 personnes qui n'ont reçu qu'une seule dose pourront être exemptées de ce confinement, à condition de présenter un test PCR négatif. Depuis une semaine, les non-vaccinés n'avaient déjà plus accès aux restaurants, hôtels et salons de coiffure, à moins seulement de présenter une attestation de guérison de la maladie datant de moins de six mois. Cette frange de la population autrichienne ne pourra plus désormais se rendre dans les commerces non essentiels ou aux traditionnels marchés de Noël, note Le Monde

Quelques exceptions pour se rendre au travail et sortir "s'aérer"

Il leur sera en revanche toujours possible d'aller travailler, mais en présentant un test négatif. Ils ont aussi la possibilité de sortir "pour s'aérer physiquement et mentalement", une règle qui ne change pas puisque ces sorties ont toujours été autorisées en Autriche, où il n'existe aucune règle de périmètre de sortie ou d'attestation. The Guardian relève aussi que les non-vaccinés pourront se retrouver des proches et "satisfaire leurs besoins religieux fondamentaux", tandis que les élèves ne seront pas soumis à la mesure, étant régulièrement testés.

Le gouvernement évaluera l'effet de ces restrictions dans 10 jours, a précisé le ministre de la Santé Wolfgang Mückstein, appelant les réfractaires à se faire vacciner au plus vite. Une commission parlementaire a donné dimanche soir son feu vert à la mesure, avec le soutien du parti conservateur et des Verts, membres de la coalition au pouvoir, tandis que l'opposition a voté contre.

L'annonce a déclenché la colère de centaines de manifestants, réunis dans l'après-midi devant la chancellerie, arborant les mots "non à la vaccination obligatoire" sur des pancartes. "Bienvenue en apartheid", dénonçait lundi un collectif accusant le gouvernement de désigner des "bouc-émissaires". Une manifestation soutenue par le parti d'extrême droite FPÖ - dont le chef anti-vaccins vient d'annoncer être positif au Covid 19 - est prévue samedi prochain.

De leur côté, des experts ne cachent pas leur scepticisme quant à l'efficacité de telles mesures, même si le gouvernement a annoncé de nombreux contrôles et des sanctions. "Monsieur Schallenberg provoque de l’agitation, de la division et contraint les gens à une injection douteuse", estime le médecin Christian Fiala, actif dans un collectif nommé Initiative Corona Info.

Parallèlement, la capitale Vienne a instauré des restrictions supplémentaires entre ses murs, pour les vaccinés cette fois : pour assister à des événements festifs, culturels ou sportifs de plus de 25 personnes ou pour sortir dîner, il faudra désormais présenter un test PCR en plus du certificat de vaccination ou de guérison. La capitale s'est aussi distinguée au sein de l'Union Européenne en lançant un programme de vaccination des enfants de 5 à 11 ans avec le sérum Pfizer-BioNTech. 


Maëlane LOAËC (avec AFP)

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