Pourquoi la frontière russo-ukrainienne en Crimée agite les diplomaties

A.P
Publié le 9 avril 2021 à 11h31, mis à jour le 9 avril 2021 à 13h58
Ces derniers jours, un regain de tension à éclaté à la frontière russo-ukrainienne.

Ces derniers jours, un regain de tension à éclaté à la frontière russo-ukrainienne.

Source : Presidency of Ukraine / Handout / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

CRISPATION - Depuis plusieurs jours, les heurts se multiplient avec les séparatistes prorusses. Alors que le président ukrainien était ce jeudi sur le front, Berlin a demandé au Kremlin de réduire sa présence militaire aux frontières de l'Ukraine.

Les Russes soufflent sur des braises. Ces derniers jours, Kiev accuse Moscou de masser des troupes à la frontière ukrainienne et en Crimée, péninsule annexée par la Russie, alors que les incidents armés meurtriers avec les séparatistes prorusses sont quasi-quotidiens. Jeudi, encore, un militaire ukrainien a succombé à ses blessures, ce qui porte à 26 le nombre de soldats tués depuis le début de l'année, selon le chef de l'Etat ukrainien Volodymyr Zelensky. Revêtu d'un treillis militaire et d'un gilet pare-balles, l'ancien comédien était présent sur le front du conflit où les violences se multiplient avec les séparatistes prorusses. 

Que se passe-t-il concrètement ? Après plusieurs mois placés sous le signe de la paix, des heurts ont éclaté à la frontière russo-ukrainienne depuis le mois de janvier. Selon les renseignements militaires ukrainiens, Moscou préparerait "l'entrée" de ses forces armées dans les territoires séparatistes de l’est de l’Ukraine. Les troupes russes pourraient "tenter de pénétrer plus loin dans le territoire ukrainien", a ajouté le service.

Ce regain de violence intervient alors que l'armée russe déplace effectivement de nombreux équipements militaires vers la Crimée et vers la frontière avec l’Ukraine. "Les Russes sont en train de travailler sur la compatibilité de leur armée" avec les troupes séparatistes, indique un haut responsable ukrainien dans les colonnes du quotidien Ouest France. En d'autres termes, Kiev retient son souffle et craint une nouvelle invasion de la part de son voisin russe. 

Berlin, Paris et Washington appellent à la "retenue"

Lors d'un entretien téléphonique, la chancelière Angela Merkel a réclamé le retrait de troupes au président russe Vladimir Poutine. Une demande à laquelle Moscou n'a pas répondu. Samedi, Berlin et Paris - qui ont un rôle de médiateur dans ce conflit - ont appelé "les parties à faire preuve de retenue et à procéder à une désescalade immédiate", tout en disant suivre "avec une grande vigilance la situation, en particulier les mouvements de forces russes". 

De l'autre côté de l'Atlantique, les États-Unis se sont ainsi dits jeudi "de plus en plus préoccupés par la récente escalade des attaques russes dans l'est de l'Ukraine". "Ce sont des signaux extrêmement inquiétants", a affirmé la porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki. Signe de ces tensions croissantes, Washington va envoyer "la semaine prochaine" deux navires de guerre en mer Noire via le détroit du Bosphore, a indiqué vendredi le ministère turc des Affaires étrangères, selon qui ils y resteraient jusqu'au 4 mai. 

Les Occidentaux tentent de siffler la fin de la partie, inquiets de voir la région s'embraser de nouveau. La guerre dans le Donbass a commencé en avril 2014, dans la foulée d'une révolution pro-occidentale en Ukraine qui avait aussi été suivie de l'annexion par Moscou de la péninsule ukrainienne de Crimée. Ce conflit a fait plus de 13.000 morts et près d'1,5 million de déplacés. Si l'intensité des combats a largement baissé après des accords de paix de Minsk conclus début 2015, les négociations patinent et ces regains de tension ne sont pas de bon augure. 

La Russie renvoie la responsabilité sur l'Ukraine

Si Berlin et Washington tirent la sonnette d'alarme, Moscou fait la sourde oreille. Selon le président russe Vladimir Poutine, c'est à l'inverse Kiev qui orchestre des "provocations" afin "d'aggraver volontairement la situation" sur le front. Le représentant de Moscou dans les négociations de paix, Dmitri Kozak, a prévenu que la Russie pourrait avoir à "défendre" des séparatistes en cas d'opération militaire ukrainienne d'envergure, évoquant la protection de la population locale à laquelle Moscou a distribué des passeports russes. 

Dmitri Kozak en a profité pour revenir sur un vieux dossier qui empoisonne les relations entre Kiev et Moscou. Le négociateur a estimé que l'entrée de l'Ukraine dans l'Otan "sera le début de l'effondrement" du pays, réagissant à la demande de Kiev d'accélérer son accession à l'organisation pour adresser un "signal" à Moscou. Une éventuelle adhésion ukrainienne à l'Alliance atlantique est un chiffon rouge pour la Russie depuis de longues années. De son côté, le président ukrainien a appelé ce mardi l'Otan à accélérer l'adhésion de son pays afin d'envoyer un "vrai signal" à la Russie.

Malgré ces tensions, Dmitri Kozak a annoncé des pourparlers entre des conseillers politiques de Kiev, Moscou, Berlin et Paris le 19 avril. Ces échanges verbaux musclés et la multiplication des affrontements cette année avec les séparatistes prorusses font suite à une période de trêve durant la deuxième moitié de 2020. Le Pentagone a annoncé la semaine dernière que les forces américaines en Europe avaient relevé leur niveau d'alerte à la suite des "récentes escalades d'attaques russes dans l'est de l'Ukraine". Le président Joe Biden a, lui, assuré  Volodymyr Zelensky de son soutien "indéfectible".


A.P