Gaz russe : l'Europe sous pression

L'Espagne et l'Allemagne en veulent, la France s'y oppose : on vous explique le projet de gazoduc MidCat

J.F
Publié le 7 octobre 2022 à 15h42
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Source : JT 20h WE

L'Allemagne et l'Espagne font bloc pour relancer la construction d'un gazoduc entre la Catalogne et le sud de la France, baptisé MidCat.
Mais Paris s'y oppose, pour des raisons économiques et environnementales notamment.
Quid de ce projet, déjà initié mais stoppé depuis 2019 ?

L'Espagne et l'Allemagne main dans la main. Mercredi 5 octobre, lors d'une conférence de presse conjointe, le chancelier allemand, Olaf Scholz, et le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, ont réaffirmé leur soutien à la construction du MidCat, abréviation de Midi-Catalogne, un projet de gazoduc entre la Catalogne et le sud-est de la France. Idée à laquelle s'oppose Paris.

Le projet a été lancé en 2003. Il visait à relier les réseaux gaziers français et espagnol via un pipeline de 190 kilomètres allant d'Hostalric, au nord de Barcelone, à Barbaira, à l'est de Carcassonne, en passant par les Pyrénées. Son but était de faire remonter le gaz provenant d'Algérie vers le reste de l'Europe et de mettre fin à l'isolement énergétique de la péninsule ibérique, que seuls deux gazoducs de faible capacité relient à la France, et donc au reste de l'UE. 

Mais après plusieurs années de travaux, le projet a été abandonné début 2019 après l'avis défavorable des régulateurs français et espagnol pour son impact environnemental, dénoncé par les écologistes, et son manque d'intérêt économique. Une étude commandée par la Commission européenne avait en effet conclu, en 2018, qu'il ne pourrait pas être rentable.

Mais depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie, l'Espagne a réactivé l'idée d'un tel pipeline en pleine crise énergétique. En effet, avec un tel projet, l'Espagne souhaiterait renforcer son interconnexion gazière avec la France et l'indépendance énergétique de l'Union européenne à l'égard de la Russie. Ce qui intéresse l'Allemagne, pays le plus touché par le manque de gaz bon marché en provenance de Russie, affectant ainsi son industrie

Une nouvelle porte d'entrée de gaz en UE

Le MidCat permettrait à l'Espagne, qui dispose de 30% des capacités européennes de regazéification de gaz naturel liquéfié (GNL), d'exporter du gaz venu par bateau des Etats-Unis ou du Qatar, vers le reste de l'Europe. En effet, le pays dispose de six terminaux destinés à regazéifier le GNL, soit plus que n'importe quel autre pays européen. Ce réseau, auquel s'ajoute un port gazier au Portugal, pourrait faire de la péninsule une porte d'entrée de choix pour le gaz dans l'UE. 

La France s'oppose à ce projet pour plusieurs raisons. En premier lieu son coût, évalué en 2018 à 440 millions d'euros, et la durée des travaux, estimée à trois ou quatre ans. À ces obstacles s'ajoute le manque de connexions entre la France et l'Allemagne, principal pays intéressé par le gaz pouvant venir d'Espagne. "Je ne comprends pas pourquoi on sauterait comme des cabris des Pyrénées sur ce sujet pour expliquer que ça résoudrait le problème gazier : c'est faux", a estimé Emmanuel Macron il y a un mois. Selon lui il n'y a "pas un besoin de l'Espagne d'exporter ses capacités gazières vers la France" puisque la péninsule utilise actuellement les gazoducs la reliant à la France pour "importer" du gaz.

En mai dernier, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait estimé que le MidCat revêtait une importance "cruciale" pour "réduire notre dépendance aux énergies fossiles russes" et "mettre fin au chantage du Kremlin". L'Espagne compte sur le fait que l'UE déclare ce projet d'intérêt communautaire pour passer outre les réticences de la France. 

Ainsi, la relance (ou pas) de MidCat ne relève pas des seules "relations bilatérales" entre Paris et Madrid, avait estimé il y a un mois Teresa Ribera, ministre de la Transition écologique espagnole. "Par conséquent, le débat (sur son utilité) ne peut donc pas être clos par les déclarations d'un seul pays", avait-elle assuré. 

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Madrid compte aussi sur le fait que le gazoduc pourrait permettre à plus long terme de transporter de l'"hydrogène vert", énergie du futur produite grâce aux énergies renouvelables, dont l'Espagne veut être l'un des champions. Même si pour Emmanuel Macron, "tous les experts aujourd'hui le disent : il est faux de dire qu'un gazoduc pourra demain transporter de l'hydrogène, ça supposera des nouveaux travaux très lourds"


J.F

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