Gaz russe : l'Europe sous pression

L'Europe risque de manquer de gaz pour l'hiver 2023-2024

V. F
Publié le 3 novembre 2022 à 20h30
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

L'Agence internationale de l'énergie (AIE) alerte sur une possible pénurie de gaz en Europe pour l'hiver 2023-2024.
En conséquence, elle appelle les gouvernements à "agir immédiatement" pour réduire la demande.

"Il faut agir vite". L'Agence internationale de l'énergie (AIE) tire la sonnette d'alarme auprès des gouvernements européens et de la Commission européenne "pour éviter les risques d'un manque de gaz en 2023-2024". Environ 30 milliards de mètres cubes pourraient en effet manquer en 2023, en cas d'arrêt complet des livraisons venues de Russie, mais aussi du fait du rebond économique de la Chine qui viendrait absorber une large part du gaz naturel liquéfié (GNL), selon les calculs de l'Agence, créée par l'OCDE en 1974 pour conseiller les pays en matière énergétique.

Les réserves européennes ne seraient alors plus remplies qu'à 65% au début de l'hiver 2023-2024, contre 95% aujourd'hui, a lancé le directeur de l'AIE, Fatih Birol, lors d'une conférence en ligne avec quelques journalistes. "Le 'coussin' fourni par les niveaux de réserve actuels, de même que la baisse récente des prix du gaz et les températures inhabituellement douces, ne devraient pas conduire à des conclusions trop optimistes quant à l'avenir", met en garde l'AIE, qui souligne qu'à l'été 2023 les conditions géopolitiques et économiques mondiales pour s'approvisionner et remplir les réserves devraient avoir bien changé par rapport à 2022.

Les livraisons russes pourraient cesser totalement

À commencer par la position de la Russie, dont les gazoducs ont livré cette année des quantités quasiment normales au premier semestre, avant que les livraisons ne ralentissent, sur fond de guerre en Ukraine. In fine, le pays devrait avoir fourni en 2022 quelque 60 milliards de m3 à l'Union européenne. Ce qui sera "fortement improbable" en 2023, note l'AIE, relevant que les livraisons russes pourraient même cesser totalement.

En outre, les moindres besoins de la Chine en GNL cette année ont facilité les achats européens. La production mondiale de GNL doit augmenter, mais seulement de 20 milliards de m3, et si les importations chinoises retrouvaient en 2023 leur niveau de 2021, elles absorberaient l'essentiel de cette croissance, estime cette analyse, intitulée "Jamais trop tôt pour préparer l'hiver 2023-24".

Avec la détente des prix cet automne et une demande limitée par la météo clémente, "il y a un risque d'excès de confiance qui s'insinue sur le sujet de l'approvisionnement en gaz de l'Europe. Or, nous ne sommes en aucun cas au bout de nos peines", a commenté Fatih Birol.

Des mesures immédiates

Les gouvernements doivent donc "prendre des mesures immédiates pour accélérer dans l'efficacité énergétique, le déploiement des énergies renouvelables, des pompes à chaleur, et tout autre moyen de réduire structurellement la demande de gaz", souligne l'économiste, qui évoque aussi, "dans certains pays", la prolongation des centrales nucléaires. Selon lui, la hausse sans précédent de la production éolienne et solaire en 2022 en Europe aura permis à la région d'éviter de consommer 15 milliards de m3 de gaz.

À la question : "De combien l'Europe devrait-elle ainsi réduire sa demande de gaz pour être tranquille ?", Fatih Birol, qui doit rencontrer dès vendredi des représentants de gouvernements pour tirer "la sonnette d'alarme", a répondu qu'il "aimerait voir une baisse de 30 milliards de m3" avant même la fin de l'été.

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L'Agence prévoit de publier prochainement "une feuille de route", proposant une liste de ces actions concrètes qui "permettraient d'avoir des réserves remplies à 95% au début de la saison de chauffage 2023-24, et de réduire structurellement la consommation de gaz", a fortiori sur fond de prix toujours élevés.


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